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Par flore@up2school.com (Flore)

Le métier de Directeur d'école de management est souvent peu connu du grand public. Up2school a voulu s'intéresser à celles et ceux qui dirigent les écoles de commerce française, afin d'en savoir un peu plus sur leur quotidien et les défis auxquels ils font face. Aujourd'hui, c'est Sébastien Tran, Directeur de l'école de Management Léornard de Vinci depuis avril 2017, qui se prête au jeu.

 

  1. Pouvez-vous détailler votre parcours ?

J’ai un parcours universitaire classique, filière éco-gestion, que j’ai complété avec un Doctorat en économie industrielle à l’Université Paris-Dauphine puis j’ai eu une HDR (habilité à diriger des recherches) à l’université de Rouen. J’ai enchaîné avec un début de carrière en école de management : La Rochelle, l’EM Normandie puis l’ISC Paris et en 2017 j’ai rejoint l’EMLV en tant que directeur.

 

  1. Comment êtes-vous arrivé à la tête de l’EMLV ?

J’étais à l’ISC Paris, on venait de boucler l’accréditation internationale AACSB, j’avais structuré tous les process et relancé la recherche. Puis un cabinet de recrutement m’a contacté en me disant qu’il y avait un projet pédagogique assez innovant à l’EMLV, qui correspondait à mon parcours. J’ai été assez séduit par ce projet, qui consiste à mélanger les compétences d’étudiants en école d’ingénieur, de management et de web-design.

 

  1. Qu’est-ce-qui vous a le plus étonné lors de vos premiers jours ?

Ce qui m’a étonné c’est cette logique transverse, qui était très présente dans les équipes, notamment au sein de ce qu’on appelle les services supports : les relations entreprise, l’international, la communication, le marketing… Tout le monde pensait vraiment  “Pôle Léonard de Vinci = trois écoles”, il y avait déjà cette logique et cet ADN qui était bien présent. Même si on me l’avait présenté lors de mon recrutement, je ne pensais pas que c’était à ce point là et j’ai été agréablement surpris.

 

  1. Si vous deviez résumer votre école en 20 secondes :

L’EMLV c’est une école de management post-bac avec un grade de master. C’est une école qui s’appuie sur une différenciation avec quatre domaines : l’innovation, le digital, les soft skills et l’hybridation des compétences.

 

  1. Quel est le plus gros challenge auquel fait face l’EMLV aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le plus gros challenge c’est d’imposer la marque EMLV sur un marché post-bac arrivé à maturité, puisqu’il y a beaucoup d’écoles post-bac, des BBA, des Bachelors et des écoles en cinq ans. Finalement, le but est que l’école soit reconnue dans son positionnement et que ce dernier soit bien identifié auprès des étudiants.

 

  1. Comment voyez-vous l’école dans 5 ans ?

Pour moi ça doit être l’école de référence sur son positionnement, sur le marché français, voire européen. On a des ambitions internationales assez fortes. Par exemple lorsqu'on va chercher des partenaires, pas uniquement pour des échanges mais aussi pour des projets plus structurants, on essaie que cela soient des écoles qui nous ressemblent, sur le côté innovation, digital et hybridation des compétences. En fait, vous avez l’IESEG qui est l’école post-bac généraliste de référence, nous on doit être la même chose sur notre positionnement.

 

  1. Avez-vous un anecdote à propos de l’EMLV ?

Elle n’est pas propre à l’EMLV mais c'est une anecdote que je raconte souvent, car je pense qu’on ne se rend pas compte de la sensibilité des professeurs d’une école par rapport aux retours des étudiants.

J'avais deux collègues professeurs au sein d’une école, qui étaient de supers bons profs mais qui rendaient souvent leurs notes en retard. Ils avaient l’habitude d’afficher les notes sur la porte. Et un soir, lorsqu’il n’y avait plus personne dans les bureaux, j’ai écrit au stylo rouge “c’est inadmissible de rendre des notes aussi tard alors qu’on paye X milliers de frais de scolarité”. Le temps passe, je les revois quelques mois après, on discute de ça autour d’un verre et ils me disent “Ah, tu sais pas ce qu’il nous est arrivé, les étudiants on écrit ça sur notre porte”, je leur avoue que c’était moi, ce à quoi ils me répondent “Non, c’est pas vrai ? On a convoqué tous les étudiants du Programme Grande Ecole en amphi pour leur demander de se dénoncer.”

Le but c’était de les interpeller, en disant qu’on demande aux étudiants d’être très rigoureux sur les horaires, alors que certains profs peuvent prendre du temps pour corriger les copies. Je pense qu’on se rend pas compte, en tant qu’étudiant, de la sensibilité des profs. Certains se demandent si leurs examens sont vraiment regardé et bien oui, ils sont très très regardés, notamment le côté qualitatif.

 

  1. Si vous ne deviez retenir qu’une seule oeuvre, quelle serait-elle ?

Je ne vais pas être très original je pense mais, ce qui m’a marqué c’est quand même toute l’épopée des premiers Star Wars. C’est, pour moi, une oeuvre cinématographique culte et majeure. J’ai beaucoup de souvenirs liés autour de ça, de l’ambiance.

D’ailleurs j’ai des collègues qui travaillent sur comment les oeuvres de science-fiction peuvent influencer la manière dont on pense et la manière dont les entreprises conçoivent leurs produits. Pour moi c’est une oeuvre cinématographique un petit peu avant-gardiste, et tout de même un petit peu intello, contrairement à un autre passion que j’ai : être supporter de l’Olympique de Marseille.

 

  1. Quel est le personnage ou la personnalité qui vous inspire le plus ?

Encore un fois, je vais vous faire une réponse un peu perso mais je dirais un entraîneur de foot. Car le métier de directeur d’école, il est un peu comme le métier d’entraîneur, je pense qu’effectivement des personnes comme Didier Deschamps sont des références dans leurs domaines et nous, directeurs, nous pouvons nous en inspirer. On parle toujours du mercato des directeurs et on peut aussi parler du mercato des professeurs.

 

  1. Quel est votre défaut inavouable ?

J’ai pas beaucoup de défauts mais j’ai de gros défauts, surtout un : je ne suis vraiment pas du tout patient. Globalement, dans ma vie, pour moi plein de choses ne vont pas assez vite… et cela peut poser des problèmes, notamment en termes de management d’équipe. Donc c’est un vrai défaut.

Et comment faîtes-vous pour combattre ce défaut ?

Je vieillis ! *rire*

Non, plus sérieusement, je suis quelqu’un qui essaye d’écouter les personnes ayant plus d’expériences que moi, donc j’essaye de relativiser beaucoup plus. Je suis quelqu’un qui vit à fond les évènements, positifs ou négatifs, donc je m'efforce de travailler ma réflexivité par rapport à l’action.

 

  1. Pour finir, quel aurait-été votre métier dans une toute autre vie ?

C’est une très bonne question puisque jusqu’à mes 22 ans, je ne savais pas quoi faire, et je voulais tout faire. J’étais complètement perdu, donc comme quoi cela peut arriver tard !

J’ai voulu faire tellement de métier que c’est compliqué de choisir…  j’aurais peut être fait quelque chose dans l’entreprenariat et la création d'entreprise. D’ailleurs souvent les gens m’ont posé la question de savoir si j’aurais pas été mieux à créer ma boîte… j’ai toujours été attiré par les secteurs de la technologie, l’innovation donc ça aurait tourné autour de ça j’imagine.

J’aime beaucoup l’industrie aussi, je trouve cela hyper intéressant de visiter des usines : lorsque j’ai visité Alstom à La Rochelle, j’avais trouvé cela très riche d’enseignement.

 

  1. Est-ce-que vous auriez un dernier mot ? Par rapport à ce qu’on a dit ou sur un autre sujet que nous n’avons pas évoqué ?

On a un discours très politiquement correct en France au sein de l’enseignement supérieur, il y a une véritable dichotomie puisqu’on dit “Ah ben oui mais faire un CAP, ce n’est pas si grave que ça, il faut revaloriser ces filières là” mais dans les faits, on s’écarte totalement de ça, je pense notamment aux prépas privées.

On voit que l'ascenseur social fonctionne de moins en moins bien, pour différentes raisons, et je pense qu’il y a un véritable enjeu. Il faut en effet redorer l’alternance, les apprentis et les filières courtes mais dans les faits tout le monde veut faire bac+5, donc il y a une forme d’hypocrisie. Il va quand même falloir travailler là dessus car on repousse de plus en plus les échéances de diplomation mais ce n’est pas pour autant que les étudiants acquièrent les compétences qu’il faut pour les enjeux de demain. C’est aussi le retour que l’on a des entreprise, qui constatent qu'aujourd'hui tout le monde a un bac+5, et qui commencent à prendre en compte d’autres critères de sélection, d’autres paramètres. Cela avantage encore plus les étudiants qui viennent de milieux sociaux favorisés, ou qui ont des stratégies de parcours plus élaborées… Par exemple on voit déjà fleurir des classes de maternelles bilingues.

Aujourd’hui il y a un vrai questionnement sur notre rôle, par rapport aux jeunes. Je pense que cela doit être très difficiles pour les parents, et très anxiogène. Il y a un réel décalage entre le discours et ce qui se passe.

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