« Libres ! » : La websérie qui démolit les diktats sexuels

Emma Poesy
Libres!
© Arte France

La documentariste Ovidie et la journaliste Sophie-Marie Larrouy ont adapté pour Arte une bande-dessinée éponyme qui égrène les diktats autour de la sexualité. Un format court, qui aborde avec humour et bonne humeur des tabous qui nous concernent tous : du succès de 50 nuances de Grey à l’invisibilité des menstruations féminines en passant par l’injonction à la minceur et à rester jeune. 

 

Après s’être intéressée à de nombreuses questions concernant le corps et la sexualité féminine dans des documentaires (un sur la prostitution en 2017 puis sur l’accouchement plus récemment), Ovidie revient sur le devant de la scène avec cette websérie. Directement adaptée de sa propre bande-dessinée éponyme, son contenu a été remaniée à l’aide de la journaliste Sophie-Marie Larrouy pour faire gagner la série en légèreté et avec humour. Tout ce travail afin d’obtenir ces dix épisodes de quatre minutes, drôles et instructifs, à découvrir sur les plateformes Arte et YouTube. 

 

Omniprésence du sexe dans notre société

La websérie part d’un constat simple : aujourd’hui, les références à la sexualité sont omniprésentes dans nos sociétés. Un changement plutôt radical, par rapport à une époque, pas si lointaine, où la sexualité était un tabou absolu. C’est désormais l’inverse. Tu as toi-même déjà probablement vu une publicité affichant une femme dénudée pour vendre des objets en tous genre (et sans aucun rapport avec les femmes), allant de la grosse voiture aux bouteilles de soda. 

Les femmes sexualisées ne sont pas présentes seulement dans la publicité. On retrouve ce phénomène dans les clips musicaux (ai-je besoin de donner un exemple ?) et maintenant sur les réseaux sociaux. Ces corps de femmes affichés partout, qui sont souvent très minces et sans défauts apparents, sont à l’origine de beaucoup d’injonctions. Ces injonctions sont notamment relayées par la presse féminine et leurs traditionnels dossiers « Comment perdre cinq kilos ? » qui pullulent à l’approche de l’été. 

 

© ARTE France, Magneto Presse, 2 Minutes

 

Déculpabilisez !

L’injonction à la minceur – parmi tant d’autres – est traitée par Ovidie avec légèreté. Elle-même raconte être au régime « depuis l’âge de six ans » et se demande comment apprendre à aimer son corps lorsque la société tout entière nous enjoint à nous battre pour un idéal de beauté souvent impossible à atteindre. 

Libres ! est une websérie qui fait du bien. D’abord parce qu’elle montre que les injonctions qui pèsent sur les femmes sont souvent contradictoires, voire totalement absurdes. Mais aussi parce qu’elle décortique les origines de ces injonctions, qui sont bien souvent teintées de misogynie. 

Ovidie revient aussi sur certains tabous, comme celui des menstruations féminines. Toutes les filles du monde ont leurs règles. Comment expliquer que ce phénomène pourtant tout ce qu’il y a de plus naturel soit encore honteux en 2021 ? Que les règles soient représentées en bleues dans les publicités pour les protections hygiéniques ? Des questions qui font écho à l’actualité, puisque récemment encore, des milliers de téléspectateurs horrifiés appelaient au retrait de la publicité d’une marque de protection hygiénique. Celle-ci montrait de « vraies » menstruations plutôt que le traditionnel liquide bleu qu’on a l’habitude de voir à la télé. 

Libres! la websérie d'Ovidie
© ARTE France, Magneto Presse, 2 Minutes

 

Comprendre d’où ça vient

On se souvient tous de la saga Cinquante nuances de Grey, inspirée d’un roman, dans lequel une jeune femme sans expérience se faisait initier à la sexualité par un milliardaire aux airs ténébreux. Succès planétaire des romans, puis des films. La saga a elle-même propulsé les ventes d’outils sadomasochistes en tout genre qui sont devenus à la mode pendant un temps. 

Un succès qui s’explique par son schéma archétypal. Un scénario initiatique « usé jusqu’à la corde », dans lequel le seul idéal masculin serait celui du rêve américain. Self-made man, beau, riche, musclé. Et paternaliste, puisqu’il fait découvrir la vie à une jeune parvenue sans expérience. Un cliché ultra-répandu dans notre société, repris par le film 365 days sorti en 2020 sur Netflix. 

Ovidie se penche sur la question. Et tente d’expliquer pourquoi ce genre de film fonctionne aussi bien, malgré leur aspect caricatural et souvent répétitif. Un épisode qui invite à déconstruire les schémas préconçus, « comprendre d’où ça vient », pour à la place, imager des possibles plus riches et attrayants.

Libres ! est à retrouver gratuitement sur Arte.tv et Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=5BKNaFvp-ms
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