Troisième confinement : les ratés de l’enseignement à distance

Emma Poesy
© Magnet.me

Alors que la France entame un troisième confinement depuis le mardi 6 avril, l’enseignement à distance connaît déjà des difficultés. Grande lassitude du côté des élèves déjà confrontés au même problème un an plus tôt. Le Ministère de l’Éducation dénonce des « cyberattaques venues de l’étranger ». 

Lors de sa précédente allocution, le président de la République enjoignait les élèves du primaire et du secondaire à reprendre les cours à distance. Les collèges et lycées seront fermés pendant les quatre prochaines semaines. Les cours se poursuivront en hybride sur deux semaines, succédées de deux semaines de vacances. Les cours auraient dû reprendre via l’enseignement à distance le mardi 6 avril, lendemain du week-end de Pâques. Mais c’était sans compter sur des bugs informatiques qui ont empêché un grand nombre d’élèves de se connecter. 

De nombreux espaces numériques de travail (ENT) n’ont pas fonctionné pendant trois jours consécutifs. Une panne qui vient faire écho aux difficultés de mise en œuvre de l’enseignement à distance à la même époque l’an dernier. Un an plus tard, même combat, les bugs subsistent. La principale plateforme mise en cause serait « Ma classe à la maison ». Il s’agit d’un espace numérique de travail développé par le CNED. Ces plateformes destinées aux écoliers, collégiens et lycéens ont été victimes d’anomalies. Tout particulièrement dans le Grand Est, les Hauts-de-France, en Île-de-France et en Normandie. 

Des cyberattaques venues de l’étranger

Face aux nombreuses plaintes d’étudiants et de professeurs, le Ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a pris la parole pour expliquer les bugs et ralentissements. Celui-ci a évoqué plusieurs pistes parmi lesquelles des « cyberattaques venues de l’étranger. » « Vous avez des attaques informatiques. C’est le cas de ce qu’il se passe pour le CNED ce matin où vous avez des attaques informatiques, apparemment venues de l’étranger pour (…) empêcher les serveurs de fonctionner. Le travail technique est en train d’être fait pour rétablir cela. Fort heureusement, cela ne touche pas tout le monde partout. » expliquait-il sur France Info la semaine dernière.

De son côté, le CNED a d’ores et déjà indiqué qu’il allait porter plainte. L’institution va également transmettre « l’ensemble des éléments techniques liés à ces cyberattaques » à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’informations (ANSSI). 

Mais que veut-on dire par « cyberattaque » ? Ici, il s’agit d’une saturation artificielle des services d’éducation à distance par des individus mal intentionnés. Entre autre, trop de connexions simultanées. Le directeur général de cybermalveillance.gouv.fr, Jérôme Nottin, interrogé par France Info, a émis l’hypothèse d’une attaque « idéologique ». D’après lui, il se pourrait que des étudiants ou collégiens se soient ligués afin d’attaquer (se connecter massivement et en même temps ) sur les serveurs du CNED. Le parquet de Paris a ouvert une enquête afin d’éclairer le sujet. 

Des serveurs mal adaptés à l’enseignement à distance

Une autre piste serait que les bugs sont simplement liés à la taille des serveurs qui hébergent ces différentes plateformes. En effet, ces plateformes n’ont pas été pensées pour l’enseignement à distance de tous les étudiants de France simultanément. Sans les aménagements nécessaires pour les améliorer, on imagine sans peine que celles-ci soient débordées au moindre afflux massif de connexions. Pas besoin d’aller chercher à l’étranger pour cela. 

Jean Planet, le directeur de Kosmos Éducation, une entreprise qui couvre 3600 établissements scolaires à travers le pays, a été interviewé sur le sujet dans Les Échos. Il a affirmé que le « dimensionnement » avait bien été anticipé par les différentes collectivités et académies. Il admet pourtant, quelques lignes plus tard, que c’est la défaillance d’un de ses serveurs qui a été à l’origine de la panne d’un espace numérique de travail d’établissements du Grand Est. 

L’incendie OVH

Jean-Michel Blanquer, pour justifier ces pannes, a également évoqué l’incendie des DataCenters OVH, survenu quelques semaines plus tôt. Selon lui, cet incident pourrait être l’une des causes des bugs survenus dans les premiers jours de l’enseignement à distance. Une accusation rapidement démentie par le dirigeant de l’entreprise lui-même, Michel Paulin, qui indiquait dans un tweet que « OVHcloud n’est pas responsable des dysfonctionnements de certains services d’éducation à distance. » Il a par ailleurs surligné que les régions des espaces numériques de travail affectées n’étaient pas hébergées par OVH. 

En définitive, si le CNED a bien été victime de cyberattaques ponctuelles, cette explication est loin de suffire à expliquer la défaillance générale des services d’enseignement à distance dans les régions touchées. On garde en tête la fameuse citation de Michel Rocard : « Toujours privilégier l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante, le complot demande un rare esprit. » 

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