Corrigé Bac philo 2021 : l’analyse des sujets

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corrigé Bac philo 2021

Après une édition 2020 annulée par la pandémie de Covid-19, le baccalauréat 2021 commençait aujourd’hui. Cette année inaugure la nouvelle version du baccalauréat, modifié depuis la récente réforme Blanquer. C’est, comme à l’accoutumée, avec la philo que les candidats ont entamé les hostilités. Quatre sujets leur étaient proposés, trois sujets de dissertation et une explication de texte. Ces sujets permettaient ainsi de brasser de grandes notions du programme : la violence, la responsabilité, la conscience ou encore la morale. Tu souhaites savoir si ton épreuve s’est bien passée ? Nous te proposons dans cet article l’analyse des sujets et nos propositions de corrigé bac philo 2021 en voie générale ! 

Bien évidemment, les quelques éléments évoqués dans cet article ne sont donnés qu’à titre indicatif. Une copie qui traiterait les sujets de manière différente pourrait tout à fait obtenir une excellente note. Mais voici en tout cas quelques pistes de réflexion, qui peuvent s’apparenter à un corrigé, que tu pouvais explorer pour chaque sujet. 

Sujet 1 – Discuter, est-ce renoncer à la violence ? 

Les grandes idées à dégager

Ce premier sujet du bac philo 2021 convoquait et opposait deux notions importantes du programme de philosophie : la parole et la violence. L’intitulé sous-entendait que la première serait une manière d’échapper au conflit. En effet, la parole et son corollaire le débat sont le prélude de toute médiation, de tout compromis. Autrement dit, lorsque le conflit émerge, la parole semble s’imposer comme le seul moyen d’échapper à la violence physique. C’est d’ailleurs tout le sens du célèbre mot de Gilles Deleuze : « la violence est ce qui ne parle pas ».

Cette première thèse n’a pourtant rien d’évident. L’origine étymologique du verbe « discuter » – du latin discutere, abattre, fracasser – semble même indiquer le contraire. La violence des mots est parfois la pire de toutes : elle ne blesse pas le corps, mais le cœur. Lorsque ma parole veut s’imposer contre la parole de l’autre, alors la discussion écrase autrui au lieu de mener à la paix. 

Mais pourquoi l’abandon de toute violence devrait-il être un renoncement ? Habituellement en effet, on ne renonce qu’à un droit ou une jouissance, or la violence ne s’inscrit dans aucune de ces deux catégories. L’idée même d’un renoncement à la violence présuppose que celle-ci pourrait être légitime. Plus qu’elle ne permet de renoncer à la violence, la discussion permet donc surtout, tant qu’elle est éclairée, de préserver la paix. La nuance est fine, mais c’est précisément la parole et elle seule qui peut permettre de nommer et de protéger cette finesse. 

Les écueils à éviter

L’erreur majeure à ne pas commettre est de réduire la violence à sa dimension physique. L’idée de violence verbale permettait en effet d’éclairer la réflexion, en rappelant la part de violence qui existe également dans le débat. Plus largement, il fallait faire bien attention à s’arrêter sur l’intitulé exacte du sujet (discuter n’est pas rigoureusement synonyme de parler, de même que renoncer n’a pas toujours le même sens qu’éviter).

Exemples d’auteurs à mobiliser

Parmi les références les plus pertinentes, on pensera d’abord aux grands linguistes et sémiologues comme Saussure et Roland Barthes. En étudiant les différentes fonctions du langage, ceux-ci ont notamment démontré comment la parole permettait d’exprimer ce que le corps peinait à dire. Le langage est ainsi un moyen de remplacer l’acte, la discussion un moyen de remplacer la violence. Parmi les auteurs plus contemporains, pensons également à l’œuvre d’Éric Weil (1904-1977). Celui-ci rappelle que la parole étant propre à l’être humain, l’Homme est le seul-être capable de raison, c’est-à-dire de non-violence. 

Pour autant, les contradicteurs de cette théorie ne manquent pas dans l’histoire de la philosophie. Barthes lui-même évoque dans Fragments d’un discours amoureux la scène de ménage, où la parole est un moyen d’avoir raison de l’autre, pour ne faire triompher non pas la vérité mais son propre égo. Barthes retrouve ainsi l’intuition des sophistes du Gorgias qui affirment que la parole permet d’asseoir son autorité sur l’autre.  

Pierre Bourdieu ajoute à cela, dans Ce que parler veut dire, que la parole reflète et maintient les structures de dominations sociales, creusant dès lors cette sorte de violence diffuse dont les plus pauvres seraient les victimes. La pensée Nietzschéenne pouvait enfin être convoquée, notamment dans Ainsi Parlait Zarathoustra : « Mais, pareille au boutoir du sanglier, ma parole doit déchirer le fond de vos âmes »

Sujet 2 – L’inconscient échappe-t-il à toute forme de connaissance 

Les grandes idées à dégager

Ce troisième sujet du bac de philo 2021 en voie générale faisait appel à la notion de conscience. Ou, plus précisément, à la notion d’inconscient. 

Une définition assez banale de l’inconscient en fait l’exact contraire de la conscience. L’inconscient serait le lieu où se manifeste l’ensemble des représentations et des affects qui nous échappent, une sorte de zone grise hors du contrôle de soi. Or à l’inverse, la connaissance d’une chose suppose la conscience éclairée de celle-ci. En ce sens, la définition même de l’inconscient voudrait qu’il échappe à toute connaissance.

Pour autant, si l’inconscient peut être nommé, c’est qu’il peut être connu et donc compris. La pensée freudienne a ainsi mis en évidence les manifestations de cet inconscient. Le rêve par exemple, en serait l’une des démonstrations les plus symboliques. 

Plus qu’une connaissance parfaite, l’inconscient peut donc être saisi par touches, comme une forme d’intuition. Il apparaît à nous plus que nous le découvrons. Il faut donc penser la connaissance non pas comme un savoir fixe et absolu, mais comme une réalité dynamique. L’inconscient peut donc être saisi voire compris, mais jamais dans son entièreté. 

Les écueils à éviter

Là encore, il fallait être subtil au moment de définir les termes du sujet. La connaissance devait être explorée dans ses différentes modalités, soit comme un savoir intangible, soit comme une compréhension dynamique. Idem pour la conscience qui devait être correctement définie. Elle ne se résume pas à la connaissance spontanée d’une chose, mais aussi à la relation intériorisée qu’un être entretient avec lui-même. Attention donc à ne pas penser la conscience sous un angle moral : il n’était pas ici question de bonne ou de mauvaise conscience, simplement de « moi » au sens kierkegaardien du terme. Le philosophe danois nous rappelait en effet que « le moi est un rapport qui se rapporte à lui-même ». (Traité du désespoir).

Exemples d’auteurs à mobiliser

Comme toujours lorsqu’il est question de conscience, la pensée freudienne est presque incontournable. La distinction traditionnelle entre le moi, le ça et le surmoi était ici essentielle pour saisir les subtilités entre les différentes strates de la conscience. Nietzsche a également brillé par ses intuitions sur le sujet. On retiendra ainsi sa célèbre phrase : « Une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas quand moi je le veux. » Si la pensée peut se dérober à nous, c’est alors qu’il existe une forme de déterminisme inconscient qui nous soumet à notre propre loi. 

Sujet 3 – Sommes nous responsables de l’avenir ?

Les grandes idées à dégager

Comme dans toute épreuve du bac de philo, y compris donc pour celle de 2021, il est fondamental de bien suivre une méthode précise :

  • Introduction où je définis les termes du sujet et où je le problématise
  • Développement construit, argumenté et illustré
  • Conclusion où je rappelle ma démarche de réflexion ainsi que les éléments majeurs de mon développement

Il est toujours absolument primordial de définir les différents concepts explicites ou sous-jacents dans l’introduction pour problématiser le sujet. L’avenir se définit comme ce qui n’est pas encore et se caractérise donc par son caractère incertain. L’avenir peut être compris comme une temporalité proche (dans une heure) mais aussi éloignée (dans plusieurs générations). Le Larousse définit ensuite l’adjectif “responsable” comme “ce qui doit rendre compte devant une autorité de ses actes ou des actes de ceux dont il a la charge” , mais aussi comme “ce qui est à l’origine d’un mal”. En effet, le terme de responsable, de responsabilité renvoie à la notion de morale, de devoir. Le pronom “nous” du sujet pourrait renvoyer quant à lui à l’Homme, à l’humanité.

Le sujet étant une question fermée (par laquelle on peut répondre par Oui ou par Non), il peut sembler pertinent de faire un plan dialectique (Thèse / Antithèse / Synthèse) pour y répondre mais ce n’est en aucun cas une obligation (un plan dialectique mal ficelé pourrait obtenir une mauvaise note au contraire d’un autre plan mieux construit).

Cette brève analyse des mots clés du sujet nous amène à dégager des pistes de réflexion qu’il peut être intéressant d’aborder dans sa dissertation :

Comment peut-on être responsable de quelque chose que, par nature, nous ne pouvons pas prévoir, contrôler ? En effet, dans tout ce que nous entreprenons il y a toujours une part de hasard dans la vie, sauf si l’on se place d’un point de vue d’une philosophie déterministe comme celle de Spinoza. Rappelons qu’une philosophie déterministe se caractérise par l’idée selon laquelle aucun événement n’est le fruit du hasard mais simplement expliqué par un rapport de causalité avec des événements qui l’ont précédés. Ceci peut nous amener à nous interroger sur la notion de la liberté de l’Homme.

L’avenir est-il véritablement incontrôlable ? Peut-on influer sur l’avenir ? On peut ici invoquer l’idée de prudence. On prend parfois des risques en tant qu’individu ou en tant que nation et ainsi, nos actions ont indéniablement un effet sur l’avenir. Ainsi, il est parfois préférable de se montrer prudent et ne pas confondre témérité et courage.

Quelle est la responsabilité de l’homme dans telle ou telle construction de l’avenir ? On peut notamment illustrer ce propos avec l’actualité et la question du changement climatique. L’inaction de l’homme, ou du moins des politiques, sur cette question mènera inévitablement à la destruction de la planète et a fortiori pourrait même remettre en cause l’existence même d’un avenir pour l’Homme.

Les écueils à éviter

Ainsi, dans l’analyse de ce sujet, il ne fallait pas omettre la dimension éminemment morale du terme “responsable”. Sommes nous responsables de notre avenir ? Sommes nous responsables de nos actes, qui peuvent en un sens, influencer l’avenir, bien que celui-ci conserve un caractère incertain majeur ? Il serait intéressant aussi de confronter à cette dimension morale, la notion de liberté.

Exemples d’auteurs à mobiliser

Tout d’abord, pour illustrer le caractère incertain de l’avenir, on peut illustrer notre propos avec des exemples très factuels de la vie de tous les jours : que serai-je dans 10 ans ? Vais-je réussir mon permis que je passe dans une semaine ?

Ensuite, pour argumenter sur le fait que l’on peut influer sur l’avenir, que nos actions sont le résultat de nos choix, on peut penser à Spinoza et sa philosophie déterministe. On peut aussi penser à l’importance de la prudence pour atteindre par exemple le bonheur si l’on se réfère à Epicure dans sa Lettre à Ménécée.

Enfin, en ce qui concerne la responsabilité des hommes sur l’avenir – terme que l’on peut entendre de manière négative – on peut se référer à l’actualité (changement climatique, inaction des politiciens), à la vision de la morale selon Kant “Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de nature” et par extension au Principe de responsabilité de Hans Jonas dans lequel il écrit “Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre”.

Ces références sont données à titre indicatif : une bonne copie peut contenir des références complètement différentes. On espère que ceci t’aidera dans ton analyse du sujet 3 du bac de philo général 2021 !

Sujet 4 – Explication du texte d’Emile Durkheim

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Les grandes idées à dégager

Comme dans toute épreuve du bac de philosophie, y compris donc pour celle de 2021, il est fondamental de bien suivre une méthode précise :

Premièrement, on a une introduction où on dégage le thème principal du texte en le confrontant aux éléments biographiques de l’auteur (si on en a, mais ce n’est pas une obligation !) et aux connaissances que l’on peut avoir de l’oeuvre étudiée. Il s’agit aussi de faire ressortir une problématique de ses lectures et de l’analyse du texte.

Vient ensuite un développement construit, argumenté et illustré. En effet, bien qu’il s’agisse d’une explication de texte et non d’une dissertation, il faut structurer son explication par rapport aux différents moments, aux différentes parties que l’on peut percevoir dans l’extrait. De plus, il est souvent pertinent de confronter la vision de Durkheim avec celle d’autres auteurs sur les thématiques qu’il aborde. On peut aussi illustrer avec des exemples issus de l’actualité.

Finalement, on rédige une conclusion où on rappelle notre démarche de réflexion ainsi que les éléments majeurs de notre développement.

Durkheim est souvent considéré comme le père de la sociologie française et son ouvrage De la division du travail social a joué un rôle majeur et a influé de nombreux penseurs après lui.

Tout d’abord, l’auteur rappelle que la morale est propre, est spécifique à chaque société et qu’elle régit son organisation.

Ensuite, Durkheim s’interroge : Mais la morale de chaque société, prise en elle-même, ne comporte-t-elle pas un développement indéfini des vertus qu’elle recommande ? Il se questionne ici sur la finalité des actions des hommes. Un homme peut-il véritablement agir en ayant constamment comme but la promotion d’une valeur morale. Le sociologue français montre que le fait de répondre par oui à cette question impliquerait évidemment de grands problèmes d’un point de vue économique, l’activité économique étant avant tout régie par des intérêts égoïstes. Selon lui, les individus se doivent de respecter les règles morales sans pour autant être continuellement animés par des prérogatives morales comme celle de contribuer à rendre meilleure la société. En se donnant trop aux autres, ceci mènerait indubitablement les individus à leur propre perte : “on ne peut se donner trop complètement à autrui sans s’abandonner soi-même”.

Pour servir l’intérêt commun et la société, l’individu se doit de poursuivre son travail et son activité. Il ne faut pas entraver la liberté d’entreprendre de l’individu.

Dans la fin de cet extrait, Durkheim poursuit son propos en l’illustrant avec l’exemple de la richesse. En tant qu’individu, personnellement, nous dit-il, on peut condamner la richesse. Cependant, on ne peut ériger cette opinion en règle collective, car sinon l’activité économique ralentirait, ce qui serait préjudiciable pour l’ensemble de la société.

Les écueils à éviter

L’explication de texte du bac de philosophie 2021 comprend surtout des écueil généraux à éviter, c’est-à-dire des écueils qui s’appliquent à tout exercice d’explication de texte. Le premier écueil à éviter est celui de ne pas structurer son argumentation. On a souvent l’image des élèves qui choisissent l’explication de texte “par défaut” car ce serait plus facile. Or ce n’est absolument pas vrai car cet exercice obéit à des codes, à une méthodologie précise. De plus, il faut bien penser à ne pas seulement paraphraser le texte mais bien à l’expliciter en l’illustrant par des exemples clairs et précis.

Exemples d’auteurs à mobiliser

Tout d’abord, la notion de morale étant très présente dans le texte de Durkheim, on aurait pu confronter sa vision à celle de Kant “Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de nature”.

Ensuite, il est intéressant d’illustrer son explication par des exemples factuels du quotidien et de l’actualité.

Rappelons que tout ce que nous vous avons dit constitue seulement des pistes de réflexion pour l’analyse des sujets du bac de philosophie 2021 mais ne sont en aucun cas des corrigés à proprement parler. On espère que ça t’aura aidé !

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