Notre-Dame de Paris : la restauration inspire les Compagnons du Tour du France et les Grandes Écoles

Leur chef-d’œuvre représente 3 500 heures de travail. Yann, Valentin et Armand, tous jeunes Compagnons du Tour de France, ont planché sur cette maquette au 1/20 de la charpente de Notre-Dame de Paris soirs et week-ends entre septembre 2019 et mars 2020. Après avoir été exposée au Carousel du Louvre, elle trône aujourd’hui dans l’une des salles qui accueille l’expérience immersive « Éternelle Notre-Dame », au pied de la Grande Arche de la Défense. L’équipe d’up2School Bac s’est rendue sur place.

 

S’ils ne sont pas certains de faire partie des professionnels qui participeront à la réfection de la toiture de la Cathédrale la plus célèbre du monde, partie en fumée lors de l’incendie des 15 et 16 avril 2019, Yann, Valentin et Armand garderont à vie la trace de ce travail qui signe la fin de leur aventure d’aspirants Compagnons du Tour de France. Cette maquette a en effet validé leur passage au statut de Compagnons.

Cette forme d’apprentissage, héritée de plusieurs siècles, promet à ceux qui veulent progresser dans la maîtrise de leur savoir-faire une expérience forte, visant l’excellence dans leur discipline, aux côtés d’anciens Compagnons « passeurs de savoir ». On t’explique les grandes lignes du fonctionnement des Compagnons du Tour de France.

 

Devenir Compagnon du Tour de France

L’entrée au sein des Compagnons du Tour de France n’est pas conditionnée par un niveau académique ou limitée à un âge maximum. Après le collège, après le bac ou plus tard dans la vie : les candidatures sont ouvertes. Environ 7 000 stagiaires suivent chaque année une formation aux côtés d’anciens « Compagnons », dont 500 comme itinérants dans le cadre du « Tour de France ». Les apprentis deviennent des aspirants compagnons une fois une première maquette validée. Ils évoluent ensuite pendant plusieurs mois/années dans différentes villes de France à mesure qu’ils poursuivent leur apprentissage.

Les Compagnons du Tour de France forment principalement à des métiers manuels, en majorité dans l’univers de la construction (maçonnerie, charpente, serrurerie…) mais aussi décorateurs d’art ou encore boulangerie pâtisserie. En parallèle de leur formation, les aspirants sont des employés (CDI ou CDD) au sein de l’une des 15 000 entreprises partenaires. En suivant leur compagnonnage soirs et week-ends, ils préparent un CAP, une mention complémentaire (MC), un brevet professionnel (BP), un bac pro, un Brevet des métiers d’arts (BMA), un BTS, une licence pro. Des masters 1 et 2 sont également en projet… Après, ils deviennent ouvriers qualifiés, conducteurs de travaux, chefs de chantier mais aussi artisans, ingénieurs, entrepreneurs et aussi enseignants ou formateurs.

Ce n’est pas une expérience « simple » pour tout le monde, elle implique d’être ouvert à la mobilité, très engagé dans sa formation mais aussi capable de s’épanouir dans une vie en communauté avec des règles strictes. Lors de leur Tour de France, les aspirants Compagnons du Tour de France vivent en hébergement collectif. Il en existe 22 en France. Yann Férotin, compagnon charpentier qui a travaillé sur la maquette de Notre-Dame, est passé par plusieurs d’entre eux !

De gauche à droite : Valentin, Armand et Yann, devenus Compagnons du Tour de France après avoir présenté leur chef-d’œuvre : une maquette au 1/20 de la charpente de Notre-Dame de Paris.

 

L’expérience de Yann, charpentier Compagnon du Tour de France

Comme la majorité de ses camarades Yann a passé 6 ans à se former sur les routes de France, aux côtés d’anciens compagnons. Après son CAP, qu’il a décroché à Grenoble, il part à Toulouse, puis Annecy, Arras, Anglet, Orléans et Agen. « La première année, j’ai découvert le fonctionnement du Tour. J’ai ensuite présenté une maquette pour être ‘adopté’ comme aspirant. Ensuite, j’ai engrangé du savoir, grandi dans le métier, puis passé une autre année sur le travail de la maquette de la charpente qui est celle que nous avons soumise comme chef-d’œuvre pour être reçus comme compagnons ». Sur cette dernière, c’est la flèche dont Yann s’est occupé en particulier. Valentin et Armand se sont concentrés sur la charpente. À leurs côtés pour finaliser la maquette, d’autres aspirants compagnons sont intervenus : menuisiers et peintres pour l’estrade, serruriers pour le coq et la pointe, d’autres charpentiers pour les tréteaux.

Après, chacun continue de s’investir dans la vie des aspirants Compagnons pendant deux années complètes. « Ce sont deux années de transmission active, au siège. Ensuite, je vais me sédentariser », explique Yann. Il restera Compagnon toute sa vie, mais suivra d’un peu plus loin l’actualité. Et s’il avoue une petite « overdose » après les 500 heures qu’il a consacrées au travail de la maquette, Yann admet la retrouver avec plaisir et apprécier qu’elle intéresse au-delà des initiés. Elle a effectivement tapé dans l’œil du président de l’association « Restaurons Notre-Dame ».

 

Notre-Dame : une restauration qui mobilise aussi grandes écoles et étudiants

« Le monde entier a découvert la charpente de Notre-Dame de Paris au moment où elle a brûlé. Et une fois que les travaux de réfection seront achevés, que la charpente sera terminée, avec l’ouvrage de couverture, plus personne ne pourra y accéder. Cette maquette en constituera un témoignage précieux », souligne Pascal Jacob. Le président de l’association qui a vu le jour au lendemain du terrible incendie des 15 et 16 avril 2019 avait aussi à cœur de partager une image « positive » de cette charpente, montrée en boucle en train de bruler par les médias. Parmi les 500 membres qui la composent, l’association « Restaurons Notre-Dame » compte de nombreux spécialistes de la restauration et de la conservation de monuments et œuvres historiques.

L’association, reconnue d’intérêt général, s’est aussi rapprochée de plusieurs Grandes Écoles, dont l’ENSA de Nancy, l’ESB de Nantes, l’ENSTIB d’Epinal, l’INRA de Toulouse. « Avec elles, nous pilotons un programme universitaire et scientifique à l’échelle européenne. Nous avons travaillé sur des cas d’école et avons créé d’un master 2 Architecture et construction dont les premiers étudiants ont été diplômés récemment. » Avec des écoles d’ingénieurs partenaires, plusieurs problématiques liées à la réfection de la Cathédrale sont étudiées dont l’assemblage de la future charpente, son impact carbone, ou encore l’hydromécanicité de la flèche.