Pourquoi la France est-elle en retard sur la vaccination des professeurs ?

 

Coronavirus - un danger pour le bac

La vaccination des enseignants a du mal à décoller et malgré les dires, ne semble toujours pas être une priorité. En effet, le retard de la vaccination des professeurs est consternant. Les chiffres de l’OCDE sont révélateurs ; la France avance à tâtons. Distancée par 19 autres pays qui galopent en terme de valorisation des politiques éducatives, la campagne d’immunisation française reste brouillonne. Quelles sont les raisons de cette apathie ? 

 

Une vaccination au compte-goutte, bastion de forts mécontentements 

Une mise en route compliquée engendrant un trouble déconcertant… 

La France a misé sur la pédagogie plutôt que sur la précipitation. Elle enregistre un net retard par rapport à ses voisins Italiens et Allemands. Ces derniers ont vaccinés plus de 500 000 personnes contre 76 000 en France, début janvier. La décision de prioriser la campagne en Ephad n’a pas contribué à accélérer la cadence, l’acheminement se faisant des vaccins aux personnes.

Alors que certains pays intègrent le corps professoral au calendrier vaccinal de la population générale ( comme c’est le cas au Japon ou encore de l’Angleterre ), la France n’a même pas établit un calendrier précis de prise en charge. En contrepartie, un ciblage de la vaccination aux enseignants en contact avec les enfants handicapés et de très bas âges est envisagé. L’échéance demeure néanmoins trouble. 

« Les bons élèves de l’OCDE » ont entrepris des campagnes de vaccination massives dès le premier trimestre de l’année 2021. Quant à elle, la France peine à rattraper le train en marche. Le Ministère de l’Éducation prévoit une vaccination à la mi-avril. De son côté, le Président retarde l’échéance à la mi-juin, lors de l’ouverture des centres de dépistage aux quinquagénaires. L’adage selon lequel « il ne serait jamais trop tard » semble caduc aux regards de l’urgence sanitaire. 

Les raisons d’un piétinement 

Le retard de la vaccination des enseignants va de pair avec le décalage général de la France vis-à-vis des autres pays. Soucieuse de négocier les vaccins à des prix avantageux et d’encadrer juridiquement le processus pour prévenir les effets secondaires, la France est en marge par rapport aux autres pays. « L’Europe a une gestion de bon père de famille mais pas une gestion de temps de guerre » souligne Antoine Flahault, docteur en médecine. De surcroît, se cache la question du manque de doses dont l’approvisionnement a essuyé plusieurs retards dans l’hexagone. On se souvient des paroles de Jean-Michel Blanquer juste après Noël. Il estimait “souhaitable” que la vaccination des enseignants ait lieu «au mois de mars au plus tard» ? Plusieurs milliers de morts plus tard et un nouveau confinement après, les enseignants attendent toujours leur tour.

Un manque de cohésion, vecteur de frustration et d’injustices ? 

Les professeurs souhaitent vivement un calquage du dépistage sur le calendrier de réouverture des établissements scolaires. Il est prévu dans deux à trois semaines. Mais jusqu’à présent, le rendez-vous vaccinal des professeurs n’est pas acté. Il est d’autant plus pressant de recourir à la situation que le format hybride engendre des ratés.

Il est paradoxal que la stratégie de vaccination relègue ouvertement les enseignants au second plan. En effet, souvent désignés comme ciments de la nation dans les discours publics, les professeurs sont délaissés. Les soignants âgés de plus de 50 ans, les résidents en Edpad, les pompiers et les aides à domicile peuvent privilégier d’une vaccination immédiate. À leur plus grand désarroi, les professeurs, très exposés, sont oubliés. Guislaine David, représentant des enseignants du primaire, dénonce ce déroulement trop long et incohérent. « Nous sommes exposés au public avec des classes chargées, avec des élèves – pour les enseignants de maternelle – qui ne sont pas masqués », déplore-t-elle. Alors qu’Emmanuel Macron se revendiquait d’avoir maintenu l’«exclusivité française», avec les écoles ouvertes aussi longtemps, il est paradoxal qu’une plus grande prise en compte du corps professoral et de ses attentes n’aient pas été actée. 

Il ne faut cependant pas se laisser désemparé par le retard engrangé. Les enseignants devraient arriver en troisième phase du calendrier avec « les professions essentielles à la vie économique ». Espérons que le dépistage des professeurs soit mis en place avant la rentrée scolaire post-confinement !