Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges : analyse de l’oeuvre

Avatar
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, publiée en 1791 par Olympe de Gouges, est un texte au programme du bac de français, qui figure dans le parcours « Écrire et combattre pour l’égalité ». La  présentation que nous te proposons, suivie d’une analyse de cette déclaration, te permettra d’envisager efficacement ce document à l’aune des enjeux que pose le thème proposé.

 

Présentation générale : auteure et contexte d’écriture

Tout d’abord, notons que tout au long de l’article, nous emploierons le terme d’« auteure » pour désigner Olympe de Gouges, acception la plus répandue et préconisée par l’Académie française.

Lire aussi : La liste des oeuvres au programme du baccalauréat de français 2022

 

Eléments biographiques

Olympe de Gouges, de son vrai nom Marie Gouze, est née enfant naturelle (se dit d’une naissance hors mariage) à Montauban en 1748 et est morte guillotinée en 1793. C’est une femme de lettres, qui a bénéficié d’une solide éducation ainsi que d’enseignements de qualité qui lui ont permis de rivaliser avec l’élite culturelle et sociale plus tard à Paris dans les salons (réunion d’hommes et de femmes lettrés, bourgeois ou nobles, à l’origine attirés vers les Belles-lettres et la poésie, la littérature et le théâtre, et souvent autrefois les arts et les sciences).

Mariée très jeune et veuve presque immédiatement à dix-huit ans, elle monte à la capitale avec son fils. C’est à partir de cette période qu’elle côtoie philosophes et comédiens et commence à s’essayer à l’écriture, entretenue par son amant Jacques Biétrix pendant presque vingt ans, qui lui proposa de l’épouser. Cette dernière refusa, souhaitant garder sa liberté, et notamment celle de publication. En effet, la loi française interdisant à une femme auteure de publier un ouvrage sans le consentement de son mari.

 

Pensée et postérité

Considérée comme l’une des fondatrices du féminisme et des mouvements en faveur de la cause des femmes et de l’égalité avec les hommes, elle est également connue pour avoir mené des combats afin d’abolir l’esclavage et pour son indépendance d’esprit et sa position avant-gardiste, érigés en modèle de nos jours encore. Longtemps délaissée, voire oubliée, la figure d’Olympe de Gouges et son apport dans le combat des droits des femmes ont été redécouverts dans les années 1970.

Olympe de Gouges et, par suite ses écrits, ont fortement été inspirés par les Lumières. Ce mouvement culturel, philosophique, littéraire et intellectuel, qui émerge dans la seconde moitié du XVIIe siècle, marque le début d’un engagement contre les oppressions religieuses et politiques, œuvrant pour un progrès du monde, et se traduisant par une production littéraire et artistique particulièrement développée. Combattant l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la « superstition » des siècles passés, ce mouvement a procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique. L’influence de leurs écrits a été déterminante dans les grands événements de la fin du XVIIIe siècle, en particulier dans la Déclaration d’indépendance des États-Unis et la Révolution française.

 

Genèse de la Déclaration

La Déclaration écrite par Olympe de Gouges, est calquée sur le modèle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclamée le 26 août 1789. Cette version est publiée dans la brochure Les Droits de la femme, adressée à la reine Marie-Antoinette d’Autriche, alors reine de France. Il s’agit du premier document à évoquer l’égalité juridique et légale des femmes par rapport aux hommes, qui a été rédigé dans le but d’être présenté à l’Assemblée législative le 28 octobre 1791 pour y être adoptée.

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne constitue un pastiche critique de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui énumère des droits ne s’appliquant qu’aux hommes. Ce texte est d’autant plus marquant que lorsqu’il est rédigé, les femmes ne disposaient pas du droit de vote, ni de l’accès aux institutions publiques, ni aux libertés professionnelles et encore moins aux droits de propriété. Olympe de Gouges y défend avec une ironie dirigée à l’encontre des préjugés masculins, la cause des femmes, écrivant ainsi que « la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits ».

Lire aussi : Alcools, Apollinaire : analyse de l’oeuvre

 

Structure et contenu

Composée de dix-sept articles, la Déclaration des droits de la femme et des citoyennes est un texte juridique qui comprend également un préambule, adressé à la reine, ainsi qu’un postambule, qu’il est utile d’étudier pour comprendre le contexte à la fois historique et de rédaction.

 

Préambule et postambule

Dans cette mesure, voici les principaux éléments à retenir qui figurent dans ce préambule : il s’agit d’une introduction, qui exhorte ses « sœurs », c’est-à-dire ses semblables (elle se place sur un pied d’égalité avec les autres femmes qui pâtissent de leur condition d’infériorité par rapport aux hommes) à outrepasser la condition et la situation qui leur sont imposées, en formant une « Assemblée nationale ». Elle met en exergue les droits dont les femmes doivent bénéficier au même titre que les hommes.

De la même manière, elle apostrophe les femmes en s’adressant directement à elles (« Femme, réveille-toi ») dans le postambule, qui sert de conclusion, les invitant à se « réveille[r] » pour « reconna[ître] [leurs] droits ». L’emploi du “Ô” vocatif dans cette dernière partie permet à l’auteure de renforcer son appel, sa supplique envers les femmes. Le combat qu’elle souhaite mener doit être entrepris pour acquérir un meilleur statut, une meilleure reconnaissance de la valeur des femmes.

De ce fait, elle interroge ses congénères par la formule suivante : “Qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ?”, signifiant par là que ces dernières n’ont rien à perdre en s’y engageant. Elle critique enfin l’absence d’accès des femmes à l’éducation, à la reconnaissance du mérite ainsi qu’à la justice, accès d’autant plus contraint lorsque l’on est pauvre. Olympe de Gouges achève son propos en évoquant la question du mariage, défini comme “le tombeau de la confiance et de l’amour”, phrase célèbre qui souligne la position de dépendance de la femme à l’égard de son mari.

 

Registre et idées générales

Le ton employé dans l’ensemble des articles, est factuel, impersonnel et surtout solennel car il s’agit d’une déclaration officielle et juridique, qui se présente sous la forme d’un texte de loi. Le format adopté permet de conférer davantage de force au combat qu’elle défend.

Elle affirme le droit des femmes à la sécurité, à la liberté (« celui de monter à la tribune » dans l’article X), à la propriété, à la résistance, à l’oppression et à la protection. Ces droits sont résumés dans l’article 2 et doivent bénéficier aux femmes dans les mêmes proportions que pour les hommes.

 

L’égalité des sexes au cœur de la Déclaration

Il est intéressant de remarquer qu’Olympe de Gouges a remplacé dans de nombreux endroits « l’homme » par « la femme et l’homme », de façon à rendre claire la concordance entre les deux sexes. Olympe de Gouges était profondément convaincue de l’égalité entre hommes et femmes. Elle considérait que ces dernières étaient en mesure de réaliser les mêmes tâches que leurs homologues masculins.

Dans cette perspective, les articles VII à X sont consacrés à la mise en évidence de cette égalité de traitement devant la loi en cas de manquement à la loi. Celle-ci doit en effet être la même pour tous et s’appliquer identiquement à tous les sujets, quel que soit leur sexe.

En outre, en tutoyant ses homologues, femmes ou hommes, Olympe de Gouges reprend l’idéal révolutionnaire d’égalité des citoyens entre eux. Cela se manifeste par l’abandon du pronom « vous » qui marque le respect à une personne occupant un rang supérieur. Tout le monde se tutoie, peu importe son extraction, et donc sa condition sociale.

Lire aussi : Gargantua, Rabelais : analyse de l’oeuvre

 

La justice : un élément central

Par ailleurs, l’auteure ne revendique pas de droits spécifiques ou supplémentaires (des dérogations ou passe-droits) pour les femmes (voir à cet effet l’article VII : « Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée et détenue dans les cas déterminés par la loi »). Dès lors, ces dernières doivent pouvoir jouir des droits et des devoirs dont elles disposent, tout comme les hommes. En d’autres termes, l’identité des devoirs doit entraîner celle des droits et inversement. Elle affirme ainsi dans l’article IX que « Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la loi ».

 

La participation de la femme dans le fonctionnement de la société

Olympe de Gouges réclame que les femmes puissent collaborer à la vie politique en tant que citoyennes et non comme spectatrices. Elles doivent pouvoir prendre part au processus d’élaboration des lois qui s’appliquent aux citoyens, et parle de « contribution publique » (article XIV). Elle affirme en ce sens que « La Loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation » (article VI) : pour être soumis(e) à la loi, il faut l’avoir acceptée au préalable.

 

Conclusion

Pour finir, Olympe de Gouges émet dans cette déclaration un certain nombre de propositions jugées avant-gardistes pour l’époque. Elle enjoint et plus que cela, exhorte les femmes à balayer et dépasser les idées préconçues, les stéréotypes qui enferment ces dernières à la maison, les restreignant, les entravant, les muselant. Olympe de Gouges s’est engagée par les mots dans un combat contre l’inégalité : il ne s’agit donc plus seulement d’opposer écriture et combat, mais de les lier ensemble pour conférer à la cause défendue encore plus de force et de puissance, synthèse dont la portée subsiste encore de nos jours. Finalement, l’auteure propose une entraide entre femmes, une bienveillance féminine mutuelle et généralisée, que l’on peut traduire aujourd’hui par le terme de « sororité ».

Pour plus d’informations sur les oeuvres au programme du bac de français 2022, n’hésite pas à consulter nos ressources juste ici. Rejoins la team sur Instagram et TikTok !

Total
0
Shares
Previous Post
prépa commerciale ECG

Tout savoir sur la prépa ECG, nouvelle version des prépas HEC

Next Post
prépa littéraire

Prépa littéraire : matières, concours et débouchés

Related Posts