Gargantua, Rabelais : analyse de l’oeuvre

Avatar
Gargantua Gustave Doré ldd

Célèbre pour avoir donné naissance à l’adjectif « gargantuesque », signifiant la démesure, le roman de François Rabelais, Gargantua, est une œuvre unique par bien des aspects. Au programme du bac de français cette année, nous te proposons donc dans cet article d’étudier cette dernière sous le prisme du parcours proposé : rire et savoir.

 

Qui a écrit Gargantua ?

Gargantua est le deuxième ouvrage de François Rabelais, qui propose au lecteur de suivre l’éducation du personnage éponyme (se dit d’un ouvrage qui prend le nom de son personnage principal), ses aventures et son développement.

François Rabelais (1494-1553) est d’abord moine. Il fréquente des écrivains et humanistes qui incarnent ce courant de pensée apparu à la Renaissance. Sa principale caractéristique ? Il fait la synthèse de l’héritage gréco-romain et chrétien en insistant sur les capacités intellectuelles humaines et non plus sur l’observation du monde compris comme création divine. En effet, cette époque se traduit par la redécouverte de la culture antique notamment par le biais de l’imprimerie qui permet de diffuser plus facilement des textes.

Lire aussi : La liste des oeuvres au programme du baccalauréat de français 2022

Comment est née l’oeuvre ?

Rabelais commence des études de médecine à l’université de Montpellier. Vieille de 800 ans, elle est déjà très renommée à l’époque où Rabelais la fréquente, en 1530. Il est nommé médecin à Lyon deux ans après, avant de suivre l’évêque de Paris, Jean du Bellay (grand-oncle du poète Joachim du Bellay) auprès du pape à Rome. C’est à cette époque qu’il entame la rédaction de son autre œuvre phare : Pantagruel.

Gargantua, écrit en 1535, raconte ainsi l’histoire du père de Pantagruel, en décrivant la naissance extraordinaire du géant, sorti par l’oreille gauche de sa mère après onze mois de grossesse.

Quelles sont les caractéristiques de Gargantua ?

L’éducation de Gargantua

Le roman retrace trois étapes de la construction de Gargantua. Tout d’abord, celui-ci reçoit dans son enfance plusieurs formations qui ont pour objectif de l’éduquer, de l’élever. Cela commence par une éducation au sens physique du terme, c’est-à-dire l’apprentissage de la manière dont on se nourrit, dont on se vêt, etc. Puis ce dernier reçoit une instruction plus large, notamment pendant l’adolescence. Enfin, Gargantua suit une formation guerrière, qui le présente tout à la fois comme un prince défenseur et protecteur.

Le roman se développe en suivant un dynamisme ascensionnel : au début, les descriptions partent du bas (du vulgaire, du cru) pour s’élever progressivement jusqu’à l’affirmation du libre-arbitre du personnage principal qui se matérialise par la phrase « fait ce que tu voudras » à la fin du livre.

Les jeux de mots

La première remarque que l’on peut émettre à propos de Gargantua, en lien avec la thématique du rire, est que Rabelais est aussi connu pour son goût pour la langue française. Il a ainsi inventé de nombreux mots qui permettent d’illustrer sa pensée, dont certains participent de l’humour rabelaisien.

Dans cette perspective, on peut évoquer une technique employée dans Gargantua qui illustre cet appétit des mots : il s’agit de l’onomastique, qui se penche sur l’étude des noms propres. La construction des noms propres dans le roman est en effet essentielle car elle constitue une étape capitale dans la construction du personnage, premier facteur d’identification grâce auquel le lecteur va pouvoir reconnaître le personnage.

 

Les procédés qui suscitent le rire

Dans cette perspective, tout lecteur aura remarqué que le texte de Rabelais est emprunt de procédés divers qui déclenchent le rire. Ainsi, le prologue de cet ouvrage regorge d’illustrations de motifs qui entraînent le rire ; parmi eux, on peut noter le lexique ordurier, qui consiste à énoncer un grand nombre de mots vulgaires et scatologiques (qui ont rapport aux excréments). De la même manière, on peut évoquer le processus par lequel Rabelais ramène sans cesse l’homme à ses envies primaires et réduit le corps à ses fonctions physiologiques (manger, boire, dormir et se soulager).

Le thème de l’ivresse, de la boisson, du vin ainsi que les nombreuses images régressives et parodies font également partie des éléments qui invitent le lecteur à rire. En outre, les premiers mots que prononcent Gargantua sont « À boire ! », ce qui ne manque pas de faire sourire le lecteur. Ces registres sont à mettre en relation avec toutes les formes d’excès qui sont mentionnées, souvent traduites par des hyperboles (figure de style qui consiste à exagérer, grossir les traits de quelque chose).

Par ailleurs, Rabelais entend se moquer de la scolastique, une école médiévale au service du religieux uniquement, en se moquant des discours dogmatiques prononcés par l’Église, interprétations souvent hasardeuses et bancales dont la vérité reste discutable. Il se moque ainsi des « glossateurs », ceux qui utilisent par exemple des expressions latines inventées qui ne veulent rien dire (comme dans le chapitre XIX). Il y caricature ainsi ceux qui proclament détenir le savoir, incarnés par Janotus, un faux-savant.

Lire aussi : Alcools, Apollinaire : analyse de l’oeuvre

 

La transmission du savoir par le rire : « Rire est le propre de l’homme »

Dans cette œuvre très imagée, Rabelais utilise le rire afin d’éduquer le lecteur. Les personnages du livre eux-mêmes sont joyeux : Grandgousier est décrit comme « bon raillard », c’est-à-dire grand rieur. L’auteur tourne en dérision les pseudo-savants, qui utilisent souvent leur savoir pour avoir de l’autorité et ainsi obtenir ce qu’ils veulent. Rabelais présente ici une éducation princière mais qui vaut pour tout le monde, en proposant de bâtir une société vertueuse.

Rabelais tourne en dérision ses héros en les mettant dans des situations risibles (qui provoquent le rire) et burlesques par leur caractère comique. Dès lors, on peut évoquer dans le chapitre XXI le moment où il lui est demandé de faire du sport dans son lit, ce qui apparaît comme complètement contre-productif et inutile, ainsi que l’absence de réflexion à propos de l’adaptation des vêtements à la saison.

Néanmoins, un tournant s’opère au chapitre XXIII, dans lequel Gargantua prend progressivement connaissance de la notion de pudeur, d’une certaine hygiène de vie, avec la mise en place d’une diète et d’activités physiques qui contrebalancent la première partie du roman dans laquelle tous les excès semblaient être permis. Ce changement de cap peut se traduire par la locution grecque « meden agan » qui signifie : « rien de trop », et valorise dès lors le sens de la mesure.

De plus, il occupe désormais son temps d’une façon rationnalisée, avec l’aménagement d’un emploi du temps, d’heure dévolues à certaines activités de l’esprit notamment. Rabelais couche ici sur papier les principes issus des observations médicales de l’époque, qui associent la santé du corps à celle de l’esprit et dont il se réclame.

 

Quelle est la morale de Gargantua ?

On l’a dit, Rabelais utilise le rire pour faire passer des messages à ceux qui lisent le roman. Celui que l’on peut retenir avant tout est bien de chercher à comprendre le monde qui nous entoure, respecter certains principes afin que celui-ci ne verse pas dans le chaos. L’auteur mêle dans son écriture plusieurs registres de lecture, qui oscillent entre plaisant et sérieux.

À l’issue du chapitre XXI par exemple, le roi est représenté de façon burlesque transporté par une charrette à bœufs, afin de rappeler que les rois sont des organismes parasites qui ne sont au pouvoir que parce qu’ils sont nés et non parce qu’ils ont les compétences pour gouverner. Par cette image, Rabelais alerte le lecteur sur la nécessité de réformer à la fois l’éducation ainsi que le système politique.

Enfin, les nombreuses hyperboles, employées en particulier dans l’évocation de l’éducation, invitent le lecteur à réfléchir sur l’enseignement du vide, c’est-à-dire la présentation d’un inventaire de connaissances qui fait de la conception de l’éducation une mesure quantitative, une accumulation sans sens de savoirs. Cette idée est formulée par la formule « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » dans Pantagruel.

Pour plus d’informations sur les oeuvres au programme du bac de français 2022, n’hésite pas à consulter nos ressources juste ici. Rejoins la team sur Instagram et TikTok !

Total
0
Shares
Previous Post
Parcoursup : la rubrique activités et centres d'intérêt

Bien rédiger sa lettre de motivation Parcoursup 2022

Next Post
contrôle continu

Notation du bac : le contrôle continu, c’est quoi ?

Related Posts