Manon couroux

Prépa littéraire : le témoignage de Manon, étudiante en khâgne

À la rentrée de septembre 2020, quelque 12 000 étudiants ont fait le choix de rejoindre les bancs d’une classe préparatoire littéraire, aussi connue sous le nom de prépa littéraire. Pour que tu aies une meilleure idée de cette formation, bien souvent qualifiée de très (trop ?) exigeante, nous avons rencontré Manon, étudiante en khâgne. La jeune femme s’est confiée sur son expérience et nous a parlé de son compte Instagram @study.with.sami, sur lequel elle livre ses conseils pour s’épanouir dans cette formation.

Nous te conseillons également de jeter un œil à notre article dédié à la prépa littéraire, tu y trouveras la réponse à toutes tes questions.

Le parcours scolaire de Manon

Bonjour, pourrais-tu te présenter pour nos lecteurs et nous en dire un peu plus sur ton parcours scolaire ? 

Bonjour à tous, je m’appelle Manon, alias @study.with.sami sur Instagram. J’ai obtenu un baccalauréat littéraire, lorsqu’il existait encore, et j’ai suivi la spécialité anglais en classe de première et de terminale, ainsi que l’option latin.

Une fois mon baccalauréat en poche, j’ai été acceptée en prépa littéraire A/L. En classe d’hypokhâgne (première année, ndlr.), j’ai choisi l’option grec et en khâgne (seconde année, ndlr.), la spécialité lettres modernes.

À l’issue de cette formation, j’aimerais faire une double licence lettres modernes et philosophie, et ensuite un double master dans ces mêmes domaines.

Quelle élève étais-tu au lycée ? 

Au lycée, j’étais l’une des meilleures élèves de ma classe, avec environ 16 de moyenne à chaque trimestre. J’ai toujours été dans les têtes de classe, mais il est important de préciser que nous n’étions que sept dans ma classe en première et en terminale. Je pense que cette configuration a joué en ma faveur parce que les professeurs avaient plus de temps pour s’occuper de chacun d’entre nous. En spécialité anglais, nous étions quatre ou cinq, les cours étaient donc personnalisés.

J’étais également très intéressée par les langues vivantes, les sciences humaines et les langues anciennes.

Comment as-tu fait ton choix d’orientation ? Pourquoi t’être orientée vers la prépa littéraire ? 

On m’a très rapidement parlé de la prépa littéraire, dès la seconde je crois. Je suis partie en Australie pendant plusieurs mois et une fois de retour, je me suis dit que je voulais enseigner à l’étranger. Je me suis un peu renseignée sur les études qui correspondaient, mais j’ai vite déchanté : il n’y avait que très peu de places en master FLE (français langue étrangère, ndlr.) à Nancy et l’accès était très sélectif. Je me suis donc dit qu’en faisant une prépa littéraire, je mettrais toutes les chances de mon côté pour être acceptée à l’Université de Nancy.

J’ai beaucoup hésité à faire une prépa littéraire, j’avais un peu peur que ce ne soit pas fait pour moi. Alors, j’ai demandé à faire une journée en immersion au Lycée Georges de la Tour, à Metz. Et c’est ce qui m’a convaincue.

Lire aussi : Parcoursup : les attendus de la prépa littéraire

Deux années intenses en prépa littéraire

Comment se sont passées ces deux années en prépa littéraire A/L ? 

Je dirais tout d’abord que, contre toutes attentes, c’étaient de très bonnes années. C’est une formation très exigeante, difficile, mais j’en garde un bon souvenir.

Il faut tout de même avouer que ma première année n’a pas été très facile : c’est la première fois que j’ai vécu loin de mes parents et je l’ai plutôt mal vécu au début, en plus du travail, d’une certaine pression, etc. Ce n’était pas toujours évident à gérer, mais finalement, tout s’est plutôt bien passé.

Ça peut paraître étonnant, mais je trouve l’année de khâgne plus facile que l’année d’hypokhâgne. La première année, il y a la découverte : on ne sait pas trop à quoi s’attendre, tout est nouveau et puis c’est aussi une petite chute après le lycée. Quand on a l’habitude d’être un bon, voire très bon élève au lycée, sans trop travailler, le passage en hypokhâgne fait un peu mal, on reçoit des notes très basses… Ça peut mettre un petit (voire très gros) coup au moral. Alors qu’une fois en khâgne, on ne se pose plus autant de questions : on sait à quoi s’attendre, on sait comment se présente le concours de l’ENS, on y est préparé. L’ambiance est aussi souvent meilleure dans la classe parce que tout le monde se connaît un peu mieux, les professeurs nous connaissent mieux aussi. Et pour ce qui est des notes, je pense qu’on se fait une raison : on sait que c’est dur et on relativise davantage. Ce qui ne nous empêche pas de tout donner pour obtenir de super notes, mais je pense qu’on sait mieux encaisser les « échecs ».

Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes journées en prépa ? À quoi ressemblait ton emploi du temps en hypokhâgne ? En khâgne ? 

En hypokhâgne, j’avais une trentaine d’heures de cours par semaine en comptant mon option grec. Certaines personnes de ma classe avaient un peu plus d’heures, en fonction des options et aussi de la préparation pour le concours d’entrée des IEP.

En khâgne désormais, j’ai un peu moins d’heures de cours : une vingtaine je dirais. Je suis en khâgne Lyon (khâgne dite « moderne », qui prépare au concours de l’ENS de Lyon, ndlr.), j’ai donc abandonné les langues anciennes cette année, ce qui me libère un peu de temps. On a aussi un peu plus de temps pour travailler et réviser pour le concours.

Comment as-tu géré la pression pendant ces deux années intensives ? 

Je suis dans une petite prépa très familiale et bienveillante, les professeurs nous ont tout de suite mis à l’aise. Et surtout, grande différence, je suis arrivée en prépa sans le moindre espoir d’intégrer l’ENS et je pense que ça change la donne. Je n’avais pas beaucoup de pression sur les épaules car je savais qu’à l’issue de ma prépa j’irais à l’université, donc quoi qu’il arrive, je ne louperais rien.

J’ai toujours été une grande stressée, alors forcément avant un DS ou une khôlle je n’étais pas bien du tout, mais je n’avais pas de pression par rapport au concours, puisque je ne les voulais pas.

Le seul moment où j’ai un peu ressenti la « pression » de la prépa si on peut dire, c’est après le second concours blanc (entraînement au concours de l’ENS, ndlr.) d’hypokhâgne, parce que je voulais faire mes preuves pour passer en khâgne. Cette année, ce qui me stresse le plus, c’est d’obtenir d’assez bons résultats pour pouvoir intégrer une bonne université : j’aimerais beaucoup être admise à La Sorbonne. Mais c’est vrai que quand on ne veut pas rentrer à l’ENS, on a vraiment une pression en moins sur les épaules.

Et puis, il faut aussi retenir que la pression ne nous aide pas du tout ! Certaines personnes de ma classe n’ont même pas réussi à passer les concours tellement ils étaient angoissés.

Lire aussi : Quelle moyenne pour intégrer une classe préparatoire littéraire ?

Le concours de l’ENS

Comment s’est passé le concours de l’ENS, en avril dernier ? 

Au niveau des horaires, je ne vais pas mentir, c’était plutôt (très) intense ! Les épreuves duraient six heures chacune, sauf l’histoire-géo qui durait cinq heures donc on faisait 9h-15h ou 9h-14h tous les jours. J’étais assez épuisée. Mais j’étais bien préparée donc finalement, je voyais plutôt ça comme un énième DS, même si c’était beaucoup plus épuisant.

Quels conseils donnerais-tu à un(e) étudiant(e) qui souhaiterait intégrer une prépa littéraire A/L ? 

Mon premier conseil, ce serait de ne pas se limiter à ce qu’on croit ou ce qu’on pense croire. Tu crois que tu n’en es pas capable ? Et pourquoi pas ?

Le prépa nous ouvre tellement de portes pour plus tard, c’est une expérience académique et humaine très intéressante. Dans le lycée où j’étudie, mes professeurs nous répètent : « La prépa est l’ombre sans quoi vous ne verriez pas la lumière », et c’est bien vrai !

Il ne faut pas croire tous les clichés autour de la prépa, et puis surtout, toutes les prépas ne sont pas les mêmes. Que ce soit dans une petite ou dans une grande prépa, les deux années peuvent être très sympas, il peut y avoir une très bonne ambiance.

Mon deuxième conseil : n’hésite pas à faire une (ou plusieurs) journée d’immersion. Il n’y a rien de mieux pour voir ce qu’il en est vraiment. Ça m’a beaucoup aidée quand j’hésitais encore.

Et, last but not least, dernier conseil : tente ! Parce que même si tu te rends compte que tu n’es pas fait pour la prépa, tu peux toujours aller à l’université. Il existe des passerelles dès la première année.

Que comptes-tu faire désormais ? Quel choix d’orientation après ces deux années intenses ? 

Je ne sais pas encore exactement, j’ai abandonné mon idée de FLE. J’aimerais bien khûber (faire une seconde année de khâgne, ndlr.) pour obtenir les crédits ECTS suffisants pour intégrer l’université directement en master à Nancy ou à La Sorbonne. Je suis justement en attente des mes résultats pour la khûbe : je croise les doigts !

Et sinon, je partirais en double licence lettres modernes et philosophie, ensuite en master double licence aussi et pourquoi pas un doctorat, si jamais l’envie est encore présente.

Lire aussi : Prépa B/L (hypokhâgne, khâgne) : matières, concours et débouchés

Une communauté Instagram qui grandit

Tu as, par ailleurs, un compte Instagram sur la prépa littéraire, comment t’es venue cette idée ? 

J’ai ouvert mon compte Instagram @study.with.sami en 2020, pendant le confinement. J’ai commencé par parler de littérature et ensuite, de fil en aiguille, de la prépa et j’ai vu que ça intéressait beaucoup donc j’ai continué. Nous sommes aujourd’hui un peu plus de 2 200 sur mon compte.

Comment trouves-tu le temps pour gérer cette activité et la prépa littéraire ? 

Je suis une personne qui a besoin d’être tout le temps active, je m’ennuie très vite donc ce compte Instagram me permet de me détendre et de m’occuper l’esprit par la même occasion. Et puis, si je peux aider des lycéens ou des étudiants, c’est encore mieux. Je reçois souvent des messages d’hypokhâgnes qui sont un peu perdus, qui ont besoin d’être rassurés, etc. Je suis un peu comme une grande sœur. J’aime beaucoup ce rôle.

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