Les Fourberies de Scapin

Les Fourberies de Scapin, Molière : commentaire détaillé de l’œuvre

Les épreuves anticipées du baccalauréat de français approchent à grands pas et il est temps pour toi d’entamer tes révisions. Le commentaire d’un extrait de pièce de théâtre est un grand classique auquel il faut que tu sois préparé(e). Dans ce nouvel article, nous te proposons un commentaire détaillé d’une œuvre emblématique de Molière, Les Fourberies de Scapin. Nous avons choisi de nous intéresser à la scène 2, acte III. N’hésite pas à prendre quelques notes, les éléments que nous évoquerons dans cet article pourraient t’être très utiles le jour de l’épreuve écrite et/ou orale. 

 

Le Malade imaginaire est cette année au programme du baccalauréat de français, nous avons d’ailleurs rédigé un article dédié, dans lequel tu retrouveras un résumé et une analyse de l’œuvre en question. Pour l’heure, nous nous intéresserons à une autre pièce culte du célèbre Jean-Baptiste Poquelin, Les Fourberies de Scapin

 

Les fourberies de Scapin, Molière (acte III, scène 2)

Pour ce commentaire de texte de théâtre, nous avons fait le choix d’un extrait de la scène 2 de l’acte III des Fourberies de Scapin. Dans cette scène, Scapin fait croire à son maître, Géronte, qu’on vient pour le tuer et il l’a alors persuadé de se cacher dans un sac. 

 

Auparavant, Géronte a demandé si son fils était sauvé des tracas qui le menaçaient. Scapin lui a dit que oui (il lui a pris 500 écus à cette occasion) mais que le père était à présent en danger de mort après une affaire de mariage. C’est de nouveau une arnaque du valet.

 

GÉRONTE.- Que ferai-je, mon pauvre Scapin ?

(…)

SCAPIN.- Attendez. Voici une affaire que je me suis trouvée fort à propos pour vous sauver. Il faut que vous vous mettiez dans ce sac et que…

GÉRONTE, croyant voir quelqu’un.- Ah !

SCAPIN.- Non, non, non, non, ce n’est personne. Il faut, dis-je, que vous vous mettiez là dedans, et que vous gardiez de remuer en aucune façon. Je vous chargerai sur mon dos, comme un paquet de quelque chose, et je vous porterai ainsi au travers de vos ennemis, jusque dans votre maison, où quand nous serons une fois, nous pourrons nous barricader, et envoyer quérir main-forte contre la violence.

GÉRONTE.- L’invention est bonne.

SCAPIN.- La meilleure du monde. Vous allez voir. (À part.) Tu me payeras l’imposture.

GÉRONTE.- Eh ?

SCAPIN.- Je dis que vos ennemis seront bien attrapés. Mettez-vous bien jusqu’au fond, et surtout prenez garde de ne vous point montrer, et de ne branler pas, quelque chose qui puisse arriver.

GÉRONTE.- Laisse-moi faire. Je saurai me tenir…

SCAPIN.- Cachez-vous. Voici un spadassin qui vous cherche. (En contrefaisant sa voix.) “Quoi ? Jé n’aurai pas l’abantage dé tuer cé Geronte, et quelqu’un par charité né m’enseignera pas où il est ?” (À Géronte avec sa voix ordinaire.) Ne branlez pas. (Reprenant son ton contrefait.) “Cadédis , jé lé trouberai, sé cachât-il au centre dé la terre.” (À Géronte avec son ton naturel.) Ne vous montrez pas. (Tout le langage gascon est supposé de celui qu’il contrefait, et le reste de lui.) “Oh, l’homme au sac !” Monsieur. “Jé té vaille un louis, et m’enseigne où put être Géronte.” Vous cherchez le seigneur Géronte ? “Oui, mordi ! Jé lé cherche.” Et pour quelle affaire, Monsieur ? “Pour quelle affaire ?” Oui. “Jé beux, cadédis, lé faire mourir sous les coups de vaton.” Oh ! Monsieur, les coups de bâton ne se donnent point à des gens comme lui, et ce n’est pas un homme à être traité de la sorte. “Qui, cé fat dé Geronte, cé maraut, cé velître ?” Le seigneur Géronte, Monsieur, n’est ni fat, ni maraud, ni belître, et vous devriez, s’il vous plaît, parler d’autre façon. “Comment, tu mé traites, à moi, avec cette hautur ?” Je défends, comme je dois, un homme d’honneur qu’on offense. “Est-ce que tu es des amis dé cé Geronte ?” Oui, Monsieur, j’en suis. “Ah ! Cadédis, tu es de ses amis, à la vonne hure.” (Il donne plusieurs coups de bâton sur le sac.) “Tiens. Boilà cé que jé té vaille pour lui.” Ah, ah, ah ! Ah, Monsieur ! Ah, ah, Monsieur ! Tout beau. Ah, doucement, ah, ah, ah ! “Va, porte-lui cela de ma part. Adiusias.” Ah ! diable soit le Gascon ! Ah !

En se plaignant et remuant le dos, comme s’il avait reçu les coups de bâton.

GÉRONTE, mettant la tête hors du sac.- Ah, Scapin, je n’en puis plus.

SCAPIN.- Ah, Monsieur, je suis tout moulu, et les épaules me font un mal épouvantable.

GÉRONTE.- Comment, c’est sur les miennes qu’il a frappé.

SCAPIN.- Nenni, Monsieur, c’était sur mon dos qu’il frappait.

GÉRONTE.- Que veux-tu dire ? J’ai bien senti les coups, et les sens bien encore.

SCAPIN.- Non, vous dis-je, ce n’est que le bout du bâton qui a été jusque sur vos épaules.

GÉRONTE.- Tu devais donc te retirer un peu plus loin, pour m’épargner…

SCAPIN lui remet la tête dans le sac.- Prenez garde. En voici un autre qui a la mine d’un étranger. (…)

GÉRONTE, sortant sa tête du sac.- Ah ! je suis roué.”

 

Commentaire rédigé des Fourberies de Scapin

Introduction

Comme toute introduction qui se respecte, le début de ton commentaire doit contenir les éléments suivants :

  1. Le titre et la date de publication de l’œuvre dont est extrait le texte ainsi que sa nature ;
  2. Le thème, le type de narrateur, le registre et les outils majeurs de l’argumentation ;
  3. La structure du texte, le plan et la problématique de ton commentaire.

Dans notre cas, il s’agit d’un extrait d’une comédie intitulée Les Fourberies de Scapin, de Molière (paru en 1671). Les intrigues amoureuses se mêlent aux fourberies du valet Scapin, personnage inspiré de la commedia dell’arte. C’est un extrait comique et carnavalesque. Il traite de la relation entre le maître Géronte et son valet Scapin, une relation qui est inversée dans ce passage. Scapin trompe Géronte en lui faisant croire à une menace qui planerait sur lui et le bat tandis qu’il est caché dans un sac.

Le registre est léger, tout est fait pour rendre la scène comique. Le texte contient deux parties : la mise en place du piège de Scapin et la tromperie effective de Géronte.

Nous étudierons tout d’abord les figures principales de ce passage, puis les outils du comique à l’oeuvre ici.

Notre problématique sera la suivante : dans quelle mesure ce passage carnavalesque dans lequel les rôles du valet et du maître sont inversés présente de manière comique les rôles sociaux ?

Lire aussi : Commenter un texte de théâtre : le guide ultime

 

Les personnages principaux dans les Fourberies de Scapin

I. 1. Le maître

Géronte est le père du maître de Scapin (qui se prénomme Léandre). Il fait donc partie du clan des maîtres.

C’est un personnage riche, cupide et ingénu. L’élément le plus visible ici est son ingénuité. Après avoir été trompé une fois déjà au sujet de son fils (Scapin lui a raconté qu’il s’était mis dans une affaire dangereuse et que cinq cent écus étaient nécessaires pour le sortir d’affaire, de l’argent que Géronte a donné à Scapin sans sourciller), il l’est de nouveau par le même valet Scapin.

Celui-ci lui raconte qu’il est en danger, que pour une certaine affaire de mariage on lui en veut et le menace de mort. Mort de peur et plutôt lâche, Géronte se cache ainsi dans un sac pour être protégé de ses assaillants et, dupé par Scapin, il se fait rouer de coups de bâton par le valet qui feint une bagarre avec des étrangers. Il découvre la tromperie à la fin du passage, quelques temps après être entré dans le sac, parce qu’il a mal, se plaint de la douleur à Scapin et ne parvient pas à rester caché dans le sac.

Il apparaît donc ici ingénu, lâche et sensible.

 

I. 2. Le valet 

Scapin, en revanche, est plutôt victorieux et dominant dans ce passage. C’est un as des pièges et des tromperies, un art qu’il met en application pour tromper Géronte et se venger.

Le personnage de Scapin est largement inspiré de celui du valet de la commedia dell’arte : il est astucieux, doué dans l’art de la tromperie et sert ses propres intérêts. Il a aussi une grande portée comique, ses actes et ses paroles font beaucoup rire le spectateur. C’est par exemple le cas lorsqu’il bat Géronte qui est caché dans son sac pour échapper à d’éventuelles menaces.

Mais ce qui m’intéresse particulièrement ici est le fait que Scapin joue plusieurs personnages dans ce passage. Pour faire croire à Géronte qu’on l’attaque, il joue les assaillants : “SCAPIN.- Cachez-vous. Voici un spadassin qui vous cherche. (En contrefaisant sa voix.) “Quoi ? Jé n’aurai pas l’abantage dé tuer cé Geronte, et quelqu’un par charité né m’enseignera pas où il est ?” (À Géronte avec sa voix ordinaire.) Ne branlez pas. (Reprenant son ton contrefait.) “Cadédis, jé lé trouberai, sé cachât-il au centre dé la terre.” (À Géronte avec son ton naturel.) Ne vous montrez pas. (Tout le langage gascon est supposé de celui qu’il contrefait, et le reste de lui.) “Oh, l’homme au sac !” Monsieur. “Jé té vaille un louis, et m’enseigne où put être Géronte.” Vous cherchez le seigneur Géronte ? “Oui, mordi ! Jé lé cherche.” Et pour quelle affaire, Monsieur ? “Pour quelle affaire ?” Oui. “Jé beux, cadédis, lé faire mourir sous les coups de vaton.” Oh ! Monsieur, les coups de bâton ne se donnent point à des gens comme lui, et ce n’est pas un homme à être traité de la sorte. “Qui, cé fat dé Geronte, cé maraut, cé velître ?” Le seigneur Géronte, Monsieur, n’est ni fat, ni maraud, ni belître, et vous devriez, s’il vous plaît, parler d’autre façon. “Comment, tu mé traites, à moi, avec cette hautur ?” Je défends, comme je dois, un homme d’honneur qu’on offense. “Est-ce que tu es des amis dé cé Geronte ?” Oui, Monsieur, j’en suis. “Ah ! Cadédis, tu es de ses amis, à la vonne hure.” (Il donne plusieurs coups de bâton sur le sac.) “Tiens. Boilà cé que jé té vaille pour lui.” Ah, ah, ah ! Ah, Monsieur ! Ah, ah, Monsieur ! Tout beau. Ah, doucement, ah, ah, ah ! “Va, porte-lui cela de ma part. Adiusias.” (l 17-34). Le valet joue les spadassins étrangers en reprenant leurs manières de parler, leurs accents, intonations et expressions. Il est plusieurs personnages dans ce passage.

Lire aussi : Pour une brève histoire du théâtre

 

Les outils de la comédie dans Les Fourberies de Scapin

II. 1. Le comique de parole 

Scapin est le personnage qui apporte le comique de parole.

Tout d’abord par ses mensonges (que le spectateur connaît en tant que mensonges) : “Il faut, dis-je, que vous vous mettiez là dedans, et que vous gardiez de remuer en aucune façon. Je vous chargerai sur mon dos, comme un paquet de quelque chose, et je vous porterai ainsi au travers de vos ennemis, jusque dans votre maison, où quand nous serons une fois, nous pourrons nous barricader, et envoyer quérir main-forte contre la violence.” (l 5-9).

Puis par la tromperie explicite pour le lecteur : “SCAPIN.- La meilleure du monde. Vous allez voir. (À part.) Tu me payeras l’imposture. / GÉRONTE.- Eh ? / SCAPIN.- Je dis que vos ennemis seront bien attrapés.” (l 11-13).

Et enfin, par son jeu avec les accents lorsqu’il joue les spadassins étrangers : “”Quoi ? Jé n’aurai pas l’abantage dé tuer cé Geronte, et quelqu’un par charité né m’enseignera pas où il est ?” (À Géronte avec sa voix ordinaire.) Ne branlez pas. (Reprenant son ton contrefait.) “Cadédis, jé lé trouberai, sé cachât-il au centre dé la terre.”” (l 16-19). Grâce au personnage de Scapin, le discours provoque le rire du spectateur.

 

II. 2. Le comique de geste 

Le comique de geste est aussi très important car ce passage présente un jeu scénique basé sur l’action comique.

Comme c’est souvent le cas, le comique de geste est présent par le biais de la ruse et de la violence. Lorsque Géronte se glisse dans le sac pour se cacher, le lecteur/spectateur qui sait qu’il s’agit d’une ruse ne peut s’empêcher de rire. De même, lorsque celui-ci est battu par un valet qui fait semblant d’être agressé et battu par des étrangers. Dans le théâtre comique, les coups sont une source essentielle du rire. Et enfin, l’alternance entre la vision d’un Géronte dans le sac, puis la tête hors du sac et de nouveau dans le sac (Scapin la lui remet dedans) donne du relief à cette scène comique. Ce type de jeu d’acteur où un des deux personnages est en mauvaise posture face à un autre qui le malmène (souvent avec une certaine humiliation) est très caractéristique de la comédie. Le comique de geste est donc bien présent dans ce texte.

 

II. 3. L’inversion carnavalesque des rôles dans Les Fourberies de Scapin

Dans ce passage, Scapin et Géronte inversent leurs rôles, ce qui a une portée tout à fait comique. C’est ce qu’on appelle une inversion carnavalesque. Les fonctions du maître sont les suivantes : protéger ses sujets et les punir, les battre en cas de nécessité. Or, ici Scapin promet à Géronte de le protéger en l’aidant à se cacher dans le sac et il le punit en le battant. Tandis que les rôles du valet sont l’obéissance et la soumission. Géronte est obéissant car il suit le plan de Scapin et soumis par sa position et les offenses qu’il subit sans broncher (à part à la fin quand il sort sa tête). Les rôles sont donc inversés, ce qui donne d’autant plus de comique à la scène.

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Conclusion

Conseil méthodologique : synthétiser les grandes idées du commentaire de manière chronologique.

Ici, revenir d’abord sur les descriptions des personnages du passage, essentielles pour saisir la portée de ce texte. Ensuite, développer sur les outils de la comédie auxquels a recours Molière afin de donner un caractère comique à la scène.

Voici donc un exemple de commentaire linéaire d’un passage des Fourberies de Scapin de Molière qui pourra te servir d’exemple et d’entraînement pour le baccalauréat, tu as désormais toutes les cartes en main pour décrocher la meilleure note !

 

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