enfance Nathalie Sarraute

Enfance de Nathalie Sarraute : résumé et analyse

Dans cet article, nous faisons le point avec toi sur une œuvre au programme du bac de français 2023, Enfance de Nathalie Sarraute. Nous te proposons un résumé du roman ainsi que des pistes de réflexion sur les grands thèmes abordés.

Enfance est un roman autobiographique de Nathalie Sarraute. Auteure du XIXème siècle, elle est une des cheffes de file du nouveau roman. Pour en savoir plus sur cette œuvre incontournable, nous t’invitons à poursuivre la lecture de cet article !

Qui a écrit Enfance ?

Le véritable nom de Nathalie Sarraute est Natalia Tcherniak. D’origine russe, elle est née en 1900 dans ce pays avant de le quitter après le divorce de ses parents lorsqu’elle n’a encore que deux ans. Sa mère l’emmène vivre en Suisse avant de s’installer à Paris, vite rejointe par son ex-mari. Avant de devenir avocate au barreau de Paris, elle fait des études dans plusieurs pays d’Europe. Tour à tour à Londres, à Berlin et à Paris, elle étudie l’histoire, l’anglais, la sociologie et enfin le droit.

Elle a trois enfants, nés de son union avec un avocat, Raymond Sarraute, dont elle divorce en 1941 après seize ans de vie commune. En raison des lois anti-juives de 1940, elle ne peut plus exercer son métier et est radiée du barreau de Paris. Elle décide par conséquent de se consacrer à l’écriture.

Elle bouleverse alors littéralement les codes d’écriture en vogue jusqu’alors. Figure de proue du nouveau roman (voir la définition plus bas), avec également Alain Robbe-Grillet et Michel Butor, elle est notamment connue pour son essai intitulé L’Ère du soupçon qu’elle écrit en 1956. Il s’agit d’un texte qui rejette les codes romanesques en prônant une approche plus libérée de l’écriture, détachée des conventions classiques. Elle entend modifier à ce sens les enjeux de l’écriture.

L’œuvre de Nathalie Sarraute

En 1983, seize ans avant sa mort, Nathalie Sarraute publie Enfance. Cette autobiographie retrace comme son nom le laisse deviner son enfance, de sa naissance jusqu’à ses onze ans. Plusieurs décors se succèdent, passant de sa Russie natale à Paris en passant par Genève en Suisse.

Dans ce recueil de scènes isolées, l’auteure s’efforce de retrouver ce qui constitue sa personnalité, s’attachant en particulier à reconstituer ses premières rencontres avec les mots, le plaisir de la lecture et l’activité introspective de l’écriture. Ce texte se présente sous la forme d’un dialogue entre l’écrivain et ce que l’on peut considérer comme son double, qui soumet l’entreprise autobiographique à un contrôle critique et rigoureux de manière constante.

Ainsi, l’une des originalités de ce récit réside dans ce dédoublement de la narratrice. Deux « voix » dialoguent, qui représentent l’une et l’autre l’auteure, mais qui incarnent des postures différentes à l’égard du travail de mémoire. La première est chargée de raconter sa vie, les événements qui ont marqué son enfance et la seconde tend à avoir davantage de recul sur ces faits. Elle invite l’auteure à s’interroger sur ces faits, à proposer de les interpréter avec distance, objectivité et sans affects (sans que les sentiments n’interviennent). On peut dire en ce sens que son « je » de narratrice est mis sous le contrôle de son « je » adulte et critique.

Qu’est-ce que le nouveau roman ?

Le nouveau roman est mouvement littéraire initié au milieu des années 1950.  Il propose de renouveler en profondeur les conventions romanesques héritées du réalisme (incarné en particulier par Balzac ou Stendhal) et du naturalisme avec notamment Zola ou Maupassant.

Concrètement, cela se manifeste par le rejet de la notion de héros, de l’omniscience de l’écrivain (le fait que l’auteur connaisse tout sur ses personnages et l’intrigue à tout moment). De la même manière, toute vraisemblance dans un texte semble vouloir être bannie, rendant parfois ces derniers un peu obscurs car particulièrement elliptiques.

Résumé Enfance de Nathalie Sarraute

Pour commencer, la mère de Nathalie Sarraute dans le récit qu’elle fait des premières années de sa vie, qui écrit des nouvelles, vit avec son compagnon Kolia. Quant à son père, il est ingénieur chimiste et vit avec sa compagne Véra. Depuis Moscou, Nathalie fait le voyage vers Paris avec sa mère. Puis cette dernière décide de retourner en Russie, laissant sa fille en compagnie de son père, qui s’est installé en France pour des raisons politiques.

Nathalie se sent particulièrement seule et abandonnée. Seulement, si cette solitude la fait souffrir, elle ne peut le dire car elle craint le pouvoir des mots. En effet, elle soupçonne le fait suivant : celui qui fait que dire, mettre des mots sur les choses, conduit à les faire réellement exister. Or, elle veut faire exister une mère aimante, tendre, attentive, douce, conforme à l’image classique que l’on peut se faire d’une mère.

A contrario, elle entretient avec son père une relation complice, qui correspond davantage à ce qu’elle attendait de son père. Les non-dits, les silences volontaires leur servent souvent de langage. En effet, il semble s’agir de leur forme de communication privilégié, si paradoxal que cela puisse être puisque que ce n’est pas un langage verbal. Son père préfère depuis son remariage ne pas entretenir une trop grande proximité avec sa fille, sans pourtant cesser de l’aimer. Sa fille comprend et partage cet amour non verbal, sur lequel on ne peut poser de mots.

Par conséquent, Nathalie Sarraute a très tôt conscience qu’il lui faut construire sa place dans cette famille recomposée entre son père, sa belle-mère et sa demi-sœur, Hélène. Le récit s’achève à l’entrée en sixième de Nathalie, qui conclut en ces mots : « C’est peut-être qu’il me semble que là s’arrête pour moi l’enfance… ».

Alors que l’auteure est encore particulièrement jeune, elle fait néanmoins une première tentative d’écriture d’un roman. Elle semble ressentir les mots qu’elle emploie, de manière presque physique. Ce sont en quelque sorte ses compagnons, qu’elle va à la fois chercher loin d’elle-même et au plus profond de son âme, étrangers et malhabiles. Elle dit qu’elle ne connaît pas « leurs habitudes », c’est comme s’ils avaient une existence propre, qu’ils constituaient des éléments indépendants, autonomes, que l’on ne fait qu’emprunter pour traduire ce que l’on ressent. Son oncle la « délivre » de cette tentative en lui déclarant qu’il faut apprendre l’orthographe avant d’écrire.

Les thèmes d’Enfance

Impressions et souvenirs

Il s’agit donc pour l’auteure d’explorer des sensations éprouvées pendant son enfance, restées informulées (l’expression « hors des mots » dans les premières pages de l’œuvre) et qui lui paraissent utiles pour comprendre ce qu’elle a vécu profondément dans les premières années de sa vie.

Toute son œuvre romanesque est faite de l’analyse de ces mouvements intérieurs qu’elle n’a pas formulés, volontairement ou non, et les appelle des « tropismes » (terme qui donneront son nom à une autre de ses œuvres phares, Tropismes, paru en 1939). Dans Enfance, ces mouvements intérieurs sont souvent la répercussion de paroles maladroites ou brutales qui révèlent à Nathalie Sarraute, ou lui font pressentir, la réalité de ses rapports avec ses proches, notamment avec sa mère.

Une approche critique et méfiante vis-à-vis de la déformation du temps sur ses souvenirs

Mais avant toute chose, elle cherche à éviter dans ce travail autobiographique tout élément qui viendrait enjoliver son enfance, en lui appliquant un filtre que le temps lui aurait permis de façonner. Elle ne veut pas édulcorer son histoire, ni la construire en y incorporant des événements, sensations, souvenirs fabriqués de toutes pièces pour que celui-ci soit plus « parfait ». Elle veut transcrire la vérité des faits et son double critique y contribue en cela grandement. Elle n’hésite pas à faire part de ses doutes et veut éviter de déformer le passé, aussi bien volontairement qu’involontairement.

Elle cherche sans cesse à contrôler, vérifier ses souvenirs, afin que son récit soit le plus exact possible. Nathalie Sarraute veut fuir le spectre de la déformation de son passé, tendant presque à faire de l’écriture de son histoire une démarche scientifique, dépourvue de toute subjectivité.

L’importance des mots

Dans un dernier temps, il est primordial de noter que Nathalie Sarraute s’intéresse beaucoup à la force des mots qui sont pour elle des entités vivantes qui ont un pouvoir particulier. Ce pouvoir est lié aux conséquences que ceux-ci peuvent avoir : leur banalité, aussi bien que leur violence, sont susceptibles de blesser l’interlocuteur. Le silence apparaît en revanche plus réconfortant, apaisant et beaucoup moins porteurs de solitude. Naïve, mais réfléchie, l’auteure qui se remet dans la peau de son moi enfant accorde aux mots une puissance presque magique. Les mots ont une matérialité, ils agissent sur la narratrice et la poussent à agir.

Pour conclure, Enfance est une tentative d’autobiographie de Nathalie Sarraute. Elle y partage sa jeunesse en tant que fille d’immigrés russes. À travers cette œuvre, elle mène un processus d’interrogation profonde à propos de ses souvenirs et de sa mémoire. Toute l’originalité de son récit, et plus largement de son écriture, se manifeste par son jeu d’écrivain avec la matérialité des mots, qui sont pour elle des outils lui permettant d’exprimer précisément ce qu’elle ressent et cherche à transmettre comme sensations. En se contrôlant ainsi, de même que son texte, ses mots, elle met en avant la volonté d’être la plus exacte possible, la plus objective également. Nathalie Sarraute pose ainsi la question de ce qu’est le souvenir : est-il en parfaite conformité avec les faits ou sont-ils le fruit d’une recomposition subjective de la réalité ?

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