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Les Fausses Confidences, Marivaux : résumé et analyse de l’oeuvre

Marivaux, célèbre pour son ton léger dans l’évocation de l’amour dans ses écrits, qui a donné naissance au terme de « marivaudage », est l’auteur de la pièce Les fausses confidences. Celle-ci est jouée pour la première fois en 1737. Il s’agit d’une oeuvre au programme du parcours « théâtre et stratagème » pour l’épreuve anticipée de français, que nous te proposons d’étudier dans cet article.

 

 

Quelques mots à propos de l’auteur

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, connu sous le nom de Marivaux, est né à Paris en 1688. Il grandit cependant à Riom avant de retourner à la capitale pour faire ses études de droit. Marivaux est un mondain raffiné, habitué des salons (réunion d’hommes et de femmes lettrés, bourgeois ou nobles à l’origine attirés vers les Belles-lettres et la poésie, la littérature et le théâtre, et souvent autrefois les arts et les sciences).

S’il écrit d’abord par plaisir, il doit toutefois rapidement en faire son gagne-pain et gagner les faveurs de mécènes (Personne riche et généreuse qui aide et soutient financièrement les écrivains, les artistes), ayant perdu sa fortune dans la banqueroute de Law. Il connaît le succès avec d’autres oeuvres, telles que la pièce Le Jeu de l’Amour et du Hasard (1730) ou les romans La Vie de Marianne (1731-1742) et Le paysan parvenu (1734).

 

Contexte d’écriture de la pièce

Au XVIIIe siècle, si les genres littéraires classiques sont encore en vogue, ceux-ci tendent cependant à évoluer. En effet, Marivaux en particulier se libère de la tradition de la comédie de Molière en élaborant une formule nouvelle de théâtre comique. Il y donne ainsi le rôle principal à l’analyse nuancée des sentiments amoureux et à la ruse.

Cette pièce dénonce également la hiérarchie sociale à travers une réflexion sur les préjugés : le valet se révèle plus habile, adroit et malin que les personnages d’extraction noble et plus aisée, qui ont reçu une éducation.

L’enjeu de la pièce est par ailleurs de faire émerger la vérité, à partir d’une situation initiale dans laquelle tout est dissimulé.

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Résumé succinct de l’œuvre

Divisée en trois actes, cette pièce est écrite en prose. Il y est raconté l’histoire de Dorante, le personnage au centre de la pièce, un jeune homme issu d’une bonne famille, mais ruinée. Il est amoureux d’une jeune veuve très riche, du nom d’Araminte. L’ancien valet de Dorante, prénommé Dubois, conseille à ce dernier de s’introduire chez elle en qualité d’intendant. Dubois lui-même s’est fait embaucher par Araminte et il en profite pour glisser à sa maîtresse que Dorante est épris d’elle.

Dubois, très fin et rusé, emploie le stratagème suivant : il conseille à sa maîtresse Araminte de ne pas tenir compte de l’amour de Dorante. Cette dernière, par cette suggestion, va être intriguée par cette déclaration et la passion de Dorante. Son intérêt se transformera en amour, qui n’aurait certainement pas existé en l’absence de ces « fausses confidences ».

Marivaux, à la différence de Molière, n’étudie pas l’homme en lui-même, mais l’amour avec ses nuances. Les personnages recourent souvent à des artifices, tels que le déguisement, afin de mieux contrôler les sentiments de leurs partenaires.

 

Différents stratagèmes mis en œuvre

Confidences et stratagèmes : deux notions en étroite relation

Il semble intéressant tout d’abord d’étudier le terme de « stratagème ». Celui-ci est issu du grec στρατη ́γημα (strategema) qui signifie « la ruse de guerre ». Par suite, le stratège désigne toute personne se distinguant par son aptitude et son habileté à concevoir des plans qui vont lui permettre de maîtriser une situation, et d’en tirer profit. Dans cette perspective, le stratagème devient une ruse permettant à une personne de parvenir à ses fins. Le stratagème est un motif récurrent du théâtre comique. Il est l’un des rouages essentiels de la mécanique de la comédie et assure incontestablement à l’intrigue une progression dramatique.

Par ailleurs, une confidence, dans son acception (sa définition) première, est un secret que l’on communique verbalement à une autre personne. Le titre Les Fausses Confidences souligne dès l’entrée de jeu la place prépondérante qu’occupe le langage dans la pièce, que nous développons plus loin. De plus, la confidence suppose également une relation de confiance entre le locuteur et son destinataire.

Ce rapport fiduciaire (se dit de valeurs fictives, fondées sur la confiance à celui qui les émet) est par ailleurs indispensable à tout acte de communication. Il s’agit de la nécessité de croire en la parole de l’autre qui donne à celle-ci tout son pouvoir. Ainsi, le mécanisme de la « fausse confidence » ne peut arriver à ses fins sans l’entière confiance de la victime envers le manipulateur.

 

 

Mensonges, dissimulation et cachoteries

Ce qui est paradoxal ici est que le stratagème, qui repose initialement sur une forme de tromperie, permet l’émergence de la vérité des sentiments. Dubois se comporte tel un metteur en scène : il orchestre les interactions entre les différents protagonistes de l’histoire. Il incarne en effet le valet d’intrigue, un personnage classique de la Comedia dell’arte (genre théâtral d’origine italienne né au XVIe siècle, reposant sur l’improvisation d’acteurs souvent masqués. Ingéniosité, naïveté, ruses et travestissements en sont les principaux éléments), qui utilise sa ruse et son intelligence pour servir la passion de son maître.

L’action est orchestrée du début à la fin par Dubois, l’ancien valet de Dorante, fin calculateur qui rivalise d’ingéniosité. Celui-ci fomente, organise et enfin déploie tout le long de la pièce des stratagèmes afin de mener à bien ses projets.

Presque tous les personnages ont recours au moins une fois à la fausse confidence. Araminte feint de vouloir épouser le comte pour tromper Dorante, Marton trompe sa maîtresse en lui conseillant d’épouser le comte, et enfin Dorante dupe Marton en lui laissant croire qu’il l’aime.

 

Le rôle des apartés : les confidences faites au lecteur/spectateur

Ironie, double énonciation, quiproquos (acte 2, scène 9) avec la confusion de Marton à propos du tableau adressé à Dorante et apartés (acte 1, scène 15 par exemple) : voici quelques-uns des ingrédients les plus notable constituant la recette mettant en œuvre les stratagèmes de la pièce. L’écriture de Marivaux tournée sans cesse vers le lecteur/spectateur, permet d’inclure ce dernier et rendre l’histoire vivante, dynamique et fait de ce dernier un acteur à part entière de la pièce. En effet, on s’adresse directement à lui, et celui-ci devient complice des manipulateurs : le lecteur/spectateur est dans la confidence.

 

Le langage au cœur de la mise en place des stratagèmes

Une illustration de l’extrême puissance du langage en tant qu’instrument de manipulation et de stratagème

En fin connaisseur de la puissance du langage, Dubois prend plaisir à distiller de manière ingénieuse ses paroles à l’oreille d’Araminte dans le but d’éveiller en elle un intérêt empreint de tendresse pour Dorante. Relatant les circonstances dans lesquelles Dorante se serait épris d’elle, il recourt notamment au topos (tous les thèmes, situations, circonstances ou ressorts récurrents de la littérature) de la rencontre à l’Opéra, où s’efforce de rendre son récit vraisemblable. Il insiste par exemple sur un jour de la semaine ! « C’était un vendredi, je m’en ressouviens ; oui un vendredi » (Acte I, scène 14).

 

Silences et instrumentalisation des mots

Cependant, il parvient habilement à passer sous silence la date exacte de cette rencontre. Cela lui permet de rendre cet événement vraisemblable et romanesque pour Araminte, qui n’y voit que du feu. Ainsi, ce récit dont la véracité est invérifiable ne peut que flatter Araminte qui s’y laisse prendre. De la même manière, Dubois use de tous les artifices possibles pour exalter ses sentiments, comme la jalousie, en lui inventant une rivale (toujours lors de la scène 14 de l’acte premier). Il utilise également la connivence (Entente secrète ; accord tacite) en lui faisant croire qu’elle détient le secret de la passion de Dorante contre sa volonté (I, 14).

De la même manière, Dubois évalue tellement bien le poids de sa parole qu’il n’hésite pas à en mettre en avant la valeur. On peut dès lors noter l’exemple de la scène 10 de l’acte II dans laquelle on le prie pour dire « un mot ». Araminte, qui est au fil de la pièce de plus en plus consciente du pouvoir que les paroles de Dubois ont sur elle, tente de s’en protéger en les anticipant. Elle lui dit ainsi : « tais-toi donc, tais-toi » à l’acte II de la scène 12, avant de répéter plus loin cette supplique (II, 16 et III, 9).

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Apprentissage et appropriation de la manipulation verbale par les protagonistes

En dépit de son démenti, Araminte a déjà consommé tout le poison de ses discours et a fini par s’éprendre de Dorante. Cependant, en tant que fine observatrice, elle a appris en observant son valet, maniant les mots à son avantage, à tel point qu’elle va elle-même « tendre un piège » (II, 12) à Dorante. Ceci va se produire au moment où elle va dicter une fausse déclaration au Comte afin de le forcer à lui avouer son amour. Toutefois, Dorante, malgré le fait qu’il soit au silence sur sa passion, du moins seulement en apparence, se révèle lui-même très adroit avec les mots.

 

En conclusion

Pour conclure, cette pièce met en oeuvre divers procédés et stratagèmes, qui rendent le véritable sens de cette dernière difficile à saisir. En réalité, le masque n’est jamais totalement levé sur le réel et toutes les pistes de lecture restent ouvertes. En ce sens, on peut affirmer que caractère fuyant, sans cesse en mouvement, de la pièce tient à son ambiguïté fondamentale entre l’être et le paraître, car peut-être est-ce l’essence-même du marivaudage : un art du trompe-l’œil, où, dans un jeu infini de reflets entre le vrai et le faux, la réalité n’est plus discernable du mensonge.

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