Sidonie-Gabrielle Colette

Sidonie-Gabrielle Colette, dite Colette (1873-1954)

Colette est une femme de lettres, une journaliste, ainsi qu’une comédienne, une actrice et une mime française. Elle est principalement célèbre pour ses romans.

La vie de Colette en quelques mots…

Gabrielle Colette a eu une éducation hors du commun pour l’époque. Sa mère, Sidonie Landoy, était une femme féministe et athée. Colette grandit à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans un cadre plutôt rural, et est très vite encouragée à avoir un esprit critique et observateur sur ce qui l’entoure. Très jeune, elle lit déjà les grands classiques et pratique des exercices de style en français.

C’est tout d’abord grâce à son mari, Henry Gauthier-Villars dit “Willy”, que Colette entre dans le monde littéraire et publie ses premières oeuvres. Celui-ci possède une partie de la maison d’édition Gauthier-Villars et écrit des romans populaires. La majeure partie de ses romans sont écrits par des nègres (des écrivains dans l’ombre qui écrivent pour lui). Pendant quelques temps, Colette sera le nègre de son mari. Jusqu’en 1923, Colette publiera sous le nom de “Colette Willy”. En 1895, elle commence à rédiger la série des Claudine (Claudine à l’école, Claudine à Paris, Claudine s’en va et d’autres), oeuvres qui relatent ses souvenirs d’enfance. Ils sont d’abord publiés sous le nom de “Willy”, puis “Colette” après le divorce de celle-ci.

En parallèle de ces écrits, Colette devient mime en 1906 (jusqu’en 1912) pour gagner sa vie. Elle sera aussi actrice de théâtre. Elle dévoile à cette période sa bisexualité, ce qui fait scandale. Des oeuvres comme La Vagabonde et En Tournée évoquent cette période de sa vie. Dans les années qui suivent, ses romans s’inspirent très largement de ses expériences : Le Blé en Herbe évoque sa liaison avec le fils de son mari lorsqu’elle a quarante ans, Chéri fait référence à un fantasme qu’elle exaucera avec cette liaison et Julie de Carneilhan est une oeuvre vengeance contre Henry de Jouvenel après qu’ils aient divorcé.

En 1919, alors qu’elle est directrice littéraire du journal Le Matin, elle commence à mettre en place les adaptations théâtrales de certains de ses romans comme Chéri ou La Vagabonde.

Colette aura aussi une fonction de critique littéraire : en 1922 elle préside le jury du prix littéraire “La Renaissance” afin de récompenser “l’auteur du meilleur ouvrage” et en 1945 elle est élue à l’Académie Goncourt. Elle ne sera présidente en 1949. Après sa mort en 1954, Sidonie-Gabrielle Colette sera la seconde femme de l’histoire de France à obtenir des obsèques nationales.

Ce que l’on retient de Colette et de ses oeuvres est son originalité en terme d’objets d’étude. Son style recherché sublime sa région natale, la Bourgogne. De plus, ses écrits sont sensuels et synesthésiques. Elle est aussi considérée comme une pionnière de l’autofiction, elle qui s’est toujours mise en scène dans ses romans.

Les œuvres majeures de Colette

Parmi ses nombreuses œuvres, nous pouvons citer la série des Claudine entre 1900 et 1907, La Vagabonde (1910), Chéri (1920), Le blé en herbe (1923), La fin de Chéri (1926), La Naissance du Jour (1928), et La Jumelle Noire (Quatre tomes de recueil de critiques littéraires et cinématographiques publiés entre 1934 et 1938).

La série des Claudine (1900-1907) – romans

Les Claudine racontent l’histoire d’une adolescente de 15 ans. Dans le premier tome, Claudine à l’école, elle vit à Montigny. Elle est rusée et malicieuse. Son père s’occupe très peu d’elle, la jeune fille grandit donc sans réelle figure paternelle à travers ses rencontres à l’école qu’elle fréquente et ses expériences au fil des romans.

Au fur et à mesure des romans, Claudine grandit, fait des rencontres et s’épanouit en tant que femme. Dans le deuxième tome (Claudine à Paris), Claudine et son père déménagement à Paris. Elle explore Paris, y rencontre une partie de sa famille et fait al connaissance de son futur mari Renaud (le père de son neveu Marcel). Elle explorera ensuite sa bisexualité avec une femme nommée Rézi. L’avant-dernier tome (Claudine s’en va) est unique car Claudine n’y est pas le personnage principal. Elle laisse la place à Annie, une femme dont le mari autoritaire est parti. Elle s’affirme peu à peu et retrouve sa liberté. Le dernier tome (La Retraite Sentimentale) clôt la série en liant les destins de Claudine et d’Annie. Tandis que Claudine apprend à accepter une vie de solitude dans la nature, Annie mène une vie aventureuse.

Ce sont tous des romans semi-autobiographiquestransparaît déjà l’écriture épurée et élégante de Colette. Les thématiques abordées : l’enfance, la nature, l’amour, les relations scandaleuses et la liberté sexuelle ; seront sa marque de fabrique tout au long de sa carrière de romancière. Bien qu’elle ne les ait pas tous signé de son propre nom, les romans de la série des Claudine signent bel et bien la naissance d’une auteur.

La fin de Chéri (1926) – roman

La suite de Chéri (publié en 1920) est un des romans les plus originaux de Colette. Il se distingue de ses autres romans par son ton mélancolique et noir.

Chéri relatait la vie de Léa de Lonval, une courtisane cinquantenaire qui a pour amant un jeune homme appelé Fred Peloux, ou “Chéri”. Toutefois, l’intérêt du jeune homme décroissant, il épouse une jeune femme appelée Edmée et Léa voit sa liaison détruite avec tristesse et amertume. “Chéri” regrettera son choix a postériori mais les amants ne reprendront pas leur relation.

La Fin de Chéri, dont le titre même signale la noirceur et le caractère macabre du roman, reprend le récit après la première guerre mondiale en 1918. “Chéri”, de retour du front et profondément marqué par ce qu’il y a vu, est un homme mélancolique et perdu. Il n’a plus envie de rien faire. Sa femme Edmée, infirmière sur le front pendant la guerre, s’éloigne de lui. Sa mère, inquiète par l’état émotionnel de son fils, l’encourage à retrouver Léa. Cependant, cette visite signera l’arrêt de mort de Fred : la femme qu’il découvre n’a plus rien de ce qu’il connaissait, c’est une vieille et grosse femme asexuée. Sa beauté et sa joie de vivre ont disparu. Après son départ, “Chéri” rencontre une amie de Léa qui lui montre des vieilles photos de l’époque où Léa et lui étaient amants. Ce retour en arrière brutal en terme d’émotions finira de le convaincre qu’il ne peut plus vivre dans un monde où celle qu’il aimait n’est plus. Désespéré et seul, il se tire une balle dans la tête.

Ce roman triste – le plus triste de tous les romans de Colette – et profondément ancré dans le passé sublime des sentiments comme la mélancolie ou les regrets avec une écriture élégante et épurée. La force des mots et la beauté des phrases font de ce roman un moment de sublime désespoir. C’est l’oeuvre d’une femme vieillissante à l’écriture très expressive et sensitive.

La naissance du jour (1928) – roman

Finalement, La Naissance du Jour se distingue par la beauté de son style. Ce roman a un caractère poétique très marqué. Ce roman est aussi caractéristique par le savant emboîtement de l’autobiographie et de la fiction.

La protagoniste, une femme d’un âge plutôt avancé, semble avoir trouvé un équilibre de sagesse et de quiétude. Seule avec ses chats et ses livres, elle vit dans le Midi près de Saint-Tropez. Le quotidien à cet endroit et à ce moment de sa vie est paisible : elle jardine, discute avec des vieux voisins et profite de sa solitude. Cette retraite est aussi synonyme de liberté pour elle. Pourtant, elle n’aura cette vie de renoncement que peu de temps. L’amour vient la trouver alors qu’elle ne l’attendait plus. C’est la naissance du jour.

Au moment de la rédaction de ce roman, Colette a cinquante-cinq ans. Après des années de relations amoureuses et sexuelles sulfureuses et inconstantes, elle recherche un équilibre. C’est aussi un moment où elle se plonge dans ses correspondances avec sa mère, synonyme de stabilité, de maturité et de sagesse. Avec La Naissance du Jour, elle acte ce moment charnière de sa vie où elle passe de la “jeunesse” à la maturité.

En terme de style, cette oeuvre est très intéressante et moderne. L’écriture est sensuelle, synesthésique. Les phrases harmonieuses et sonores résonnent comme de la poésie. Cette beauté, cette élégance de l’écriture de Colette sont des éléments qui marquent le lecteur et le touchent. Le choix des thèmes et l’impression de tranquille sagesse contribuent à cette poésie de l’oeuvre : le goût de la nature, la solitude et la tranquillité d’esprit sont propices à l’écriture harmonieuse et poétique. De plus, c’est une autofiction savamment construite. Les éléments autobiographiques sont nombreux : le goût pour la nature, la sagesse, la quiétude, l’intérêt pour les livres et les animaux font partie du caractère de Colette à ce moment-là. Elle va même jusqu’à introduire des extraits des lettres de sa mère dans des digressions au sein du récit. La narration est faite à la première personne et certains personnages portent des noms historiques. Toutefois, il y a aussi une part d’invention : certains personnages sont inventés par exemple. Selon les propres mots de Colette, elle dépeint ici “son modèle” et non “son portrait”. Ce roman, touchant par son style et par sa forme, est donc une preuve de plus de l’originalité et du talent de la romancière Colette.

Retrouve aussi la biographie de Margueritte Duras ici.