france 1974 à 1988

Un tournant social, politique et culturel, la France de 1974 à 1988

Le programme d’histoire-géographie de terminale est (très !) dense, c’est pourquoi nous souhaitons revenir avec toi sur chacun des chapitres que tu verras en classe. Dans ce nouvel article, nous traiterons de la France des années 1974 à 1988 : un tournant social, politique et culturel. N’hésite pas à prendre quelques notes, cette fiche de révisions pourrait t’être très utile pour à quelques mois du baccalauréat. 

 

Introduction

En 1974, la France sort de la période dorée dite des « Trente Glorieuses » (Jean Fourastié), notamment à la suite de la crise pétrolière de 1973. Depuis la sortie de la guerre, l’Hexagone connaissait une croissance sans précédent, à la fois démographique, économique, technologique ou plus globalement du point de vue du niveau de vie. Pourtant, la mort de Pompidou semble sonner le glas d’une période d’insouciance encore aujourd’hui largement fantasmée. L’arrivée au pouvoir de Valery Giscard d’Estaing (VGE) marque définitivement la fin de cette période de reprise de l’après-guerre.

Pourtant, il ne faut pas voir la période qui va suivre jusqu’en 1988, date de la réélection de Mitterrand à la présidence, comme une époque de crise ou d’effondrement. Il s’agit plutôt d’un temps de mutation, de tassement et de ralentissement de la croissance. Surtout, au cours de cette quinzaine d’année, on observe une recomposition progressive du paysage social français, moins marqué par des fractures de classes que d’autres formes de discrimination qui apparaissent progressivement.

Dès l’analyse du sujet, ces quelques années peuvent être divisées en deux grandes périodes, la première, courant jusqu’en 1981, correspond au septennat de VGE. La seconde voit l’arrivée au pouvoir, par l’intermédiaire de François Mitterrand, de la gauche pour la première fois sous la Vème république.

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I. Jusqu’en 1981, une France entre continuité et mutation

La mort de Georges Pompidou entraîne une modélisation nouvelle du paysage politique français. Les deux candidats qui accèdent au second tour, Mitterrand et Valery Giscard d’Estaing, assument leur volonté de rompre avec le Gaullisme et d’entrer dans une spirale nouvelle de modernisation et de rupture d’avec le conservatisme qu’incarnait Pompidou, ancien premier ministre de Charles de Gaulle. Le candidat gaulliste, Jacques Chaban-Delmas, échoue en effet à se qualifier pour le second tour.

 

A. Le septennat de Valery Giscard d’Estaing : des tentatives de modernisation et de libéralisation

Valery Giscard d’Estaing est élu de justesse, avec 50,8% des voix. Il apparaît comme un président jeune et dynamique (48 ans) au parcours exemplaire (Polytechnique, ENA puis ministère des Finances) et semble même être un Kennedy à la française. Il sait jouer avec les codes modernes, mène une campagne avant-gardiste, et parvient à marquer les spectateurs lors du débat d’entre-deux-tours avec sa fameuse phrase lancée à Mitterrand : « Vous n’avez pas le monopole du cœur ».

Ses débuts à l’Elysée semblent particulièrement réussis et minimisent la période difficile que vivent les Français. Mais la démission bruyante de son premier ministre gaulliste Jacques Chirac marque une première fissure dans un mandat jusqu’alors relativement maîtrisé. Les retombées de la crise du choc pétrolier en France, notamment l’augmentation du chômage chez les jeunes, participent alors à la remise en cause de la solidité de son bilan. Sans doute l’affaire des diamants de Bokassa, le sulfureux dictateur centrafricain, joue-t-elle en la défaveur du président au moment de sa réélection.

Enfin, comment ne pas évoquer l’importance de l’Europe dans la politique de Giscard, et notamment avec l’aide du chancelier allemand Helmut Schmidt, la création du premier « système monétaire européen » en 1979, après le sommet d’Aix-la-Chapelle.

 

B. Un pays qui connait de grands bouleversements sociaux

Valery Giscard d’Estaing mène une politique sociale moderne, en rupture avec le conservatisme qu’incarnait Pompidou. Il prend, dès son arrivée au pouvoir, la mesure forte d’abaisser l’âge de la majorité de 21 à 18 ans et engage la réforme sur l’avortement portée par sa ministre de la Santé Simone Veil. La légalisation de l’IVG est notamment portée par une pétition qui fait grand bruit, publiée dans le Nouvel Observateur et signé par une multitude de grands noms féminins (Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve ou encore Marguerite Duras) : il s’agit du Manifeste des 343 Salopes.

La société aussi se modifie en profondeur, notamment en raison de l’immigration. Alors que le gouvernement commence à contrôler l’immigration, la France atteint les trois millions et demi d’étrangers en 1976, sur une population de 53 millions d’habitants. La création de l’ONPCI (Office national pour la promotion des cultures immigrées) ne parvient pas à arrêter l’impression que les fractures socio-culturelles se renforcent, notamment à cause de la ségrégation socio-spatiale qui s’accentue dans certaines banlieues.

Ces fractures se ressentent aussi à travers le rapport des Français au travail. Sous le septennat Giscard, on compte en moyenne quatre millions de journées de grève par an, un record historique. Cela montre bien le fossé qui semble se creuser entre les élites et les autres catégories sociales. Le président incarne malgré lui de plus en plus cette classe supérieure hautaine voire prétentieuse et les catégories populaires se tournent à gauche pour chercher un renouveau politique. Le chômage passe d’ailleurs de 4 à 6% sous le septennat Giscard.

 

C. Une culture à deux vitesses

L’éducation est un des premiers domaines que transforme Giscard, avec notamment le loi Haby qui, dès 1975, favorise la mixité scolaire. Elle s’appuie sur trois piliers, justice, égalité et diversité et cherche à garantir l’égalité des chances et de traitement de tous les enfants. Un exemple marquant est sans doute la généralisation de la gratuité des manuels scolaires.

Le septennat Giscard voit aussi le développement d’une nouvelle culture, dont une partie a vu ses prémices dans mai 68 et les mouvements hippies aux États-Unis. Cette culture « rouge », qui connait une véritable apogée après 1981, commence cependant déjà à se structurer. Elle s’implante par exemple durablement dans le monde de l’Art et de la culture, notamment avec l’aide des médias.

Les nouveaux médias voient leur influence augmenter rapidement. Ils connaissent une évolution massive depuis mai 68 et plus globalement le début des années 1970, avec ce que l’on appelle l’âge d’or de la télévision. Entre 1970 et 1980, on passe de 10% des foyers disposant d’une télévision à 90% dix ans plus tard. L’ORTF, qui gérait l’ensemble de la radiodiffusion et de la télévision publique, éclate en 1974 et 1975 selon les ordres de Giscard d’Estaing. Plusieurs chaînes de radio et de télévision, qui restent pour l’instant toutes publiques, la remplacent alors.

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II. Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’accentuation de la recomposition du pays

L’arrivée au pouvoir de Mitterrand, en 1981, marque un tournant majeur dans l’histoire politique française : l’Union des gauches conquiert nettement le pouvoir pour la première fois depuis février 1936. Cette conquête se réalise derrière un homme politique aguerri, dans le paysage national depuis plus de 40 ans, onze fois ministre, François Mitterrand.

Cette première alternance politique ouvre la porte à quatorze ans de socialisme en France, puisque Mitterrand est réélu en 1988, et il apparaît un peu artificiel de diviser son mandat au milieu comme le demande le chapitre du cours.

 

A. Une politique de gauche contrebalancée par une droite toujours influente

Dès son arrivée au pouvoir, Mitterrand dissout l’Assemblée nationale afin de pouvoir gouverner avec une majorité de gauche et disposer du maximum de pouvoir. Cette manœuvre politique est un succès et Mitterrand peut se lancer dans plusieurs grandes réformes. Élu avec une union des gauches, il n’hésite pas à nommer quatre ministres communistes. Il nationalise massivement et décide par exemple de lutter contre le chômage en relançant la consommation. Ces mesures, qui coûtent beaucoup à l’État, sont financées par une augmentation des impôts.

À la suite de ces lourdes dépenses, Mitterrand est obligé de mener une politique de rigueur et d’austérité en matière économique. La lutte contre l‘inflation chronique est mise en avant, mais le chômage ne peut être endigué et on atteint rapidement les deux millions de chômeurs.

Après les élections législatives de 1986, l’Assemblée nationale bascule à droite : on arrive dans la période de la cohabitation. Mitterrand doit choisir un premier ministre de droite car la droite est en majorité à l’Assemblée : Jacques Chirac retrouve Matignon jusqu’en 1988, année où il se présente face à Mitterrand aux présidentielles. Réélu, Mitterrand dissout l’Assemblée nationale pour reprendre la majorité parlementaire relative et désigne alors Michel Rocard, un ténor de la gauche, comme premier ministre.

 

B. Une mutation rapide de la société, accélérée par un président « progressiste »

1. Les mesures présidentielles entraînent des changements sociétaux majeurs

Mitterrand se présente comme un homme de gauche depuis des années et, à ce titre, apparaît souvent comme un progressiste. Il fait voter le remboursement de l’avortement par la Sécurité Sociale en 1982 et, dès le début de son mandat, permet à l’Assemblée nationale de voter pour l’abolition de la peine de mort (Loi Badinter). Il fait aussi voter quelques mesures sociétales marquantes, comme le passage de la majorité sexuelle à 15 ans pour tous ou la régularisation massive d’étrangers en situation irrégulière.  On peut aussi noter la création des ZEP (Zones d’éducations prioritaires) en 1981, qui vise à réduire les ségrégations socio-spatiales et éducatives par l’investissement économique prioritaire dans certains quartiers.

 

2. De nombreux problèmes socio-économiques persistent

Pourtant, la société souffre notamment d’un point de vue économique, avec une augmentation massive du chômage. Alors qu’auparavant le diplôme était une protection quasi garantie contre le chômage, on voit les profils de manifestants sociaux se diversifier, témoignant d’un chômage qui se diffuse à toutes les catégories socio-professionnelles. On voit aussi apparaître une catégorie de « nouveaux pauvres », les travailleurs précaires, des personnes qui ont un emploi, mais ne parviennent pas, à cause notamment de salaires trop bas, à vivre convenablement. Les Restos du Cœur, créés par Coluche en 1985, ne visent d’ailleurs pas seulement à aider les chômeurs et les sans-abris, mais toutes les personnes dans le besoin, ce qui concerne une partie non négligeable des travailleurs.

 

3. L’épidémie du Sida en France

Enfin, les années 1985 voient l’arrivée de l’épidémie du Sida en France, qui tient une place particulière dans les bouleversements socio-culturelles de ces années. D’abord massivement visible dans les milieux homosexuels, cette MST qui se transmet aussi par le sang apparaît comme un enjeu majeur de santé publique et entraîne la démocratisation des politiques de prévention sexuelle, notamment autour de l’usage du préservatif. Le Sida fait notamment de nombreux ravages dans le milieu de la culture, aux mœurs traditionnellement plus libérées, et entraîne la mobilisation de nombreux artistes et intellectuels pour lever des fonds pour la recherche médicale.

 

C. Le tournant culturel

Les années 1980 sont l’occasion de voir l’accentuation en France du multiculturalisme. On parlait précédemment de la régularisation par Mitterrand en 1981 de 130 000 étrangers clandestins. Un chiffre marquant pour évoquer cette mixité culturelle grandissante est par exemple celui des mariages mixtes, c’est-à-dire entre deux personnes d’origines géographiques différentes. Alors qu’ils ne représentaient que 5% des mariages en France au début du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, ils sont, à la fin du premier septennat de Mitterrand, deux fois plus nombreux. Mais l’intégration et le mélange culturel n’en reste pas moins difficile, en témoigne le fait que les enfants d’immigrés redoublent en moyenne deux fois plus à l’école que les enfants de parents « français de souche ».

Rapidement après son élection, Mitterrand fait voter la loi du 29 juillet 1982, qui affirme la « liberté de la communication audiovisuelle » et permet la libéralisation des chaînes de Radio et de Télévision : Canal+, première chaine de télévision privée, ouvre en 1984, alors que les radions périphériques, qui émettent depuis l’étranger, se multiplient.

Enfin, le premier septennat de Mitterrand est aussi inévitablement marqué par l’importance qui y est fait à la culture et aux Arts, notamment à ce que l’on appelle l’avènement de « la culture de masse ». Mitterrand lance une série de grands travaux pour soutenir la culture, comme la construction de la BNF ou l’ouverture, en 1985 et 1986, du Musée Picasso puis du Musée d’Orsay. Une grande partie de ces innovations culturelles sont dues au grand homme de la culture mitterrandienne, qui tient le ministère pendant quatorze ans, Jack Lang. Le but affirmé de ce dernier est la « démocratisation culturelle », contre l’idée de hiérarchisation des arts, en témoignent la création de la fête de la musique ou encore celles des journées du patrimoine.

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Conclusion

Les quinze années que connaissent la France entre 1974 et 1988 sont donc un véritable tournant dans l’Histoire française moderne. Elles marquent en effet la fin des Trente Glorieuses et le début d’un tassement généralisé des courbes de développement. Pourtant, que ce soit sous Giscard ou Mitterrand, la France continue de se développer constamment. Elle se recompose aussi sous de nombreux aspects, non seulement politiques et économiques, mais aussi socio-culturels. L’année 1981 apparaît comme un basculement majeur en France, avec le retour de la Gauche au pouvoir pour deux septennats. S’ils participent à la recomposition en profondeur le pays, ils ne peuvent stopper sa perte d’influence chronique sur le plan international.

Finalement, la place massive accordée à la culture sous l’égide de Jack Lang apparaît sous bien des aspects comme le terrible cache-misère de la transformation inéluctable de la France dans l’échiquier diplomatique mondial. En effet, celle-ci passe progressivement d’un rôle de grande puissance diplomatique mondiale à celui de pôle culturel et touristique majeur, mais sans influence palpable dans les grandes décisions planétaires qui se jouent à la fin des années 1980.

 

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