Jean-Paul Sartre : vie et oeuvre

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Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre est un écrivain et philosophe français qui appartenait au courant existentialiste. Il fut l’une des personnalités majeures de la seconde moitié du vingtième siècle. Il est autant connu pour ses idées, pour ses oeuvres que pour son engagement en politique.

 

La vie de Jean-Paul Sartre

Jeunesse et formation

Jean-Paul Sartre naît dans une famille bourgeoise. Il découvre très jeune la littérature grâce à la grande bibliothèque familiale dans la maison de ses grands-parents. C’est une passion qui le dévore, au point que sa mère tente de l’obliger à sortir et à réduire ses heures de lecture.

Il lit donc en cachette. Cette période de découverte artistique intense est relatée dans son autobiographie intitulée Les Mots (1964) et centrée sur son enfance.

Dans sa classe au lycée Henry-IV, il s’illustre vite comme le professionnel de la satire alors qu’il a à peine 16 ans. Il intègre l’Ecole Normale Supérieure de Paris en 1924 et développe son esprit de provocation et de contestation : il sera par exemple l’un des signataires de la pétition contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour les temps de guerre en 1927 car elle supprime toute liberté intellectuelle et d’opinion.

Entre 1924 et 1928, il travaille énormément, lie des centaines de livres par an, écrit sans arrêt et élargit sa notoriété au sein de son petit groupe.

En 1928, il rate l’Agrégation (était-ce une erreur du jury ?) mais rencontre sa future femme : Simone de Beauvoir. L’année suivante, il arrivera premier à l’Agrégation de philosophie, suivi par sa compagne.

 

 

Les débuts de la gloire de Jean-Paul Sartre

Les années à venir sont fondamentales pour saisir les écrits et la philosophie de Sartre. Lorsqu’il découvre la Théorie de l’intuition dans la phénoménologie d’Husserl en 1930, il y retrouve toutes ses idées.

La phénoménologie sera la méthode de travail de Sartre, tant dans ses romans que dans ses essais philosophiques. Peu de temps après, il lit le Voyage au Bout de la Nuit de Cécile, une autre influence majeure du jeune Sartre.

Entre 1933 et 1934, il travaille à Berlin et approfondit sa connaissance de la phénoménologie d’Husserl. Il y fait une autre découverte : Être et Temps de Martin Heidegger. C’est avec la publication de son premier roman, La Nausée (1938), un roman philosophique (d’orientation phénoménologique) et en partie autobiographique, qu’il atteint la gloire tant recherchée.

 

Jean-Paul Sartre, figure de résistance

Cependant, la seconde Guerre Mondiale marque une rupture.

Mobilisé en tant que soldat météorologiste et fait prisonnier en 1940, l’homme individualiste et narcissique va laisser place à un individu engagé pour la communauté. C’est un tournant dans sa vie individuelle et professionnelle. Relâché en 1941, il aurait fondé un mouvement de résistance (“Socialisme et liberté”) avec Simone de Beauvoir (aucune preuve écrite ne l’atteste toutefois).

Malgré sa position ambiguë par rapport aux autorités de Vichy (il gagne un poste laissé par un professeur juif), Jean-Paul Sartre s’engage contre l’oppresseur allemand et les collaborationnistes avec sa pièce jouée en 1943, Les Mouches.

C’est un appel symbolique à la résistance. Il publie par la suite L’Être et le Néant (essai philosophique) et Huis Clos (pièce de théâtre existentialiste). Peu de temps avant la libération, il s’engagera dans la résistance et se rendra aux Etats-Unis.

 

La consécration de Jean-Paul Sartre

Enfin, la dernière période de sa vie est une période de notoriété et de gloire. Il fonde la revue “les Temps Modernes” en 1945 avec plusieurs autres écrivains. Il adopte et clame la posture de l’écrivain engagé dans son temps. Jean-Paul Sartre publie L’Existentialisme est un Humanisme (1945), soit un condensé de sa philosophie existentialiste et phénoménologique et un manifeste de l’existentialisme. Selon lui, le fondement principal, central, de l’homme est la liberté. Elle le rend pleinement responsable de ses actes. Il adopte l’idéologie marxiste mais rejette le “stalinisme”, soit le Parti Communiste russe autoritaire. Son engagement politique (contre la guerre d’Indochine ou le gaullisme) est tel qu’il fonde un parti politique, le RDR (Rassemblement démocratique révolutionnaire). On voudra lui décerner le Prix Nobel de Littérature et la Légion d’Honneur, ce qu’il refusera au nom de sa liberté individuelle. En terme de politique internationale, il s’engagera contre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie (il signe le Manifeste des 121 en 1960). Il sera l’un des appuis intellectuels des manifestations de Mai 68. Il restera engagé jusqu’à sa mort en 1980.

 

Jean-Paul Sartre en bref

Finalement, ce que l’on retiendra de cette biographie de Jean-Paul Sartre est tout d’abord sa vie en deux phases. Choyé depuis petit et fier de sa pensée, Sartre était un homme narcissique et individualiste. La guerre le fera changer, il deviendra engagé pour la communauté et solidaire. A partir du moment où il assuma son engagement sur la scène publique, il fut total et sans faille ; tant en littérature qu’en politique. Ensuite, c’est un esprit libre et provocateur. Et enfin, ce fut le chef de file du mouvement existentialiste et un philosophe qui a marqué son époque avec des concepts forts.

 

Les oeuvres majeures de Jean-Paul Sartre

Parmi la production de Jean-Paul Sartre, nous pouvons citer La Nausée (1938, roman), Les Chemins de la Liberté (1945, une trilogie de romans formée de L’Âge de Raison, Le Sursis et La Mort dans l’Âme), Les Mouches (1943, pièce de théâtre), Huis Clos (1944, idem), Les Mains Sales (1948, idem), Les Mots (1964, autobiographie), L’Être et le Néant (1943, essai philosophique existentialiste) et L’Existentialisme est un Humanisme (1945, essai philosophique). Pour des raison évidentes, je me concentrerai sur ses oeuvres romanesques et dramatiques, bien que sa philosophie soit des plus intéressantes.

Viens découvrir l’oeuvre Les Mains Sales de Jean-Paul Sartre ici.

 

La Nausée (1938) – roman de Jean-Paul Sartre

Il s’agit d’un roman philosophique et en partie autobiographique. C’est le livre qui fera connaître Sartre à l’échelle nationale et internationale. En 1950, il sera classé parmi les meilleurs romans du demi-siècle (dans le cadre d’un prix).

 

La Nausée, le résumé

Dans une cité imaginaire appelée Bouville, Antoine Roquentin travaille pour le marquis de Rollebon et réalise un ouvrage sur sa vie. Antoine a trente-cinq ans et est célibataire, il vit de ses rentes car il a quitté l’Indochine et l’emploi qu’il avait là-bas.

C’est une prise de conscience qui l’a fait partir : ce qu’il croyait être des voyages n’en étaient pas vraiment et le lassaient. Antoine est le narrateur et du récit et ce que nous lisons est présenté comme le contenu de son journal. Le titre La Nausée est dû au fait que, peu à peu, son rapport à ce qui l’entoure et à lui-même évolue jusqu’à lui donner la nausée. Il se dégoûte et est dégoûté par les objets, la réalité qui l’entoure. Il prend ses distances.

Le récit est aussi philosophique. Dans un passage, il oppose l’humanisme à l’individualisme désengagé (sa posture), il raconte ensuite sa “révélation” quant à l’existence et à l’être (après avoir été dégoûté par tout ce qui l’entoure et décidé d’arrêter d’écrire). La fin du roman le montre seul (son ex-femme Anny est partie) et sans existence réelle. L’imagination et l’écriture sont ses remèdes contre la chute existentielle et la nausée.

 

 

La Nausée, une fiction philosophique et romanesque

Ce roman qui mêle philosophie et fiction romanesque a représenté un énorme travail pour Sartre. Le projet de départ était l’étude philosophique de la conscience et de la contingence. L’existentialisme est omniprésent dans l’oeuvre, comme on peut le voir avec les allusions à l’être, à l’existence et au néant.

Il décide ensuite de l’insérer dans une oeuvre romanesque qui mêle plusieurs influences majeures : Céline, Kafka et George Duhamel. Il doit retravailler son brouillon entre 1936 et 1938 afin d’être publié car son éditeur le juge parfois trop provocant. Sartre en a fait un savant mélange d’argumentation philosophique et d’écriture romanesque. Et il nous faut aussi signaler un autre aspect de cette oeuvre hybride : l’importance de l’Histoire.

Le protagoniste est historien et adopte la même méthode de l’historien pour ses travaux. Et la toile de fond du roman est celle d’une Europe où les régimes autoritaires montent (janvier-février 1932) après la crise économique de 1929 et l’auteur y évoque même la période de la Première Guerre Mondiale.

Ainsi, ce roman fameux se distingue par son caractère hybride et sa portée intellectuelle. Sartre y introduit sa philosophie existentialiste, ses concepts, ainsi que des données historiques et une intrigue romanesque.

 

Huis Clos (1944) – pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre

Huis Clos est une des pièces de théâtre les plus connues de Sartre. La première représentation eut lieu au théâtre du Vieux -Colombier, à Paris, en 1944. Fondamentalement existentialiste, elle montre l’être humain dans un huis clos palpitant avec une touche d’ironie. Bien que pouvant être vue comme tragique, cette pièce a été pensée pour être drôle.

 

Huis Clos, le résumé

En voici un résumé. Trois personnages sont rassemblés dans une même salle à leur mort : Garcin (journaliste), Inès (employée des Postes) et Estelle (mondaine et riche). Très vite, les trois personnages se jugent les uns les autres sur leurs actes effectués au cours de leur vie. C’est un moment de “torture” collective, ce que résume la phrase si célèbre “L’enfer, c’est les autres.”. Sartre prouve ainsi que nous vivons et nous réalisons à travers les autres. Ces autres, bien qu’ils représentent l’enfer, sont nécessaires à notre existence.

 

Huis Clos, l’analyse

La forme est plutôt atypique. La pièce est constituée d’un seul acte décomposé en cinq scènes. Les quatre premières scènes amorcent la présentation des personnages à leur arrivée dans la pièce. Mais c’est la cinquième qui est décisive : après avoir affirmé qu’ils étaient irréprochables et ne méritaient pas d’aller en enfer, les trois personnages dévoilent leurs fautes. Le lecteur apprend ainsi que Garcin était un déserteur et un mauvais mari avec sa femme, Inès trompait son mari avec la cousine de ce dernier et l’a tué, et Estelle a tué le bébé dont elle venait d’accoucher et a engendré le suicide du père du bébé. Après ceci, ils sont pris de visions, essayent de sortir et se rendent finalement compte qu’ils ne pourront jamais le faire. Ils découvrent une torture pire que la torture physique : la torture psychologique qu’ils s’infligent entre eux. Cette pièce en enfer devient ainsi une représentation hyperbolique de ce que nous vivons au quotidien sur Terre sans réellement nous en rendre compte.

 

Huis Clos, une pièce philosophique

Finalement, cette pièce de théâtre est intéressante, tout d’abord, pour son fond philosophique. Sartre y mène une expérience existentialiste et phénoménologique sur les comportements humains en société et sur leur manière de définir leur existence. De plus, Jean Paul Sartre utilise un style très recherché : le registre y est autant tragique que comique, le grotesque s’invite dans la pièce par le biais des hyperboles dans les gestes et les paroles, et le style évolue au fil de la pièce. De dialogues polis au début, nous passons à des échanges d’insultes et de reproches. Enfin, le dramaturge parvient subtilement à monter son argumentation. Le huis clos représente symboliquement la société et la mise à l’écart des sujets d’étude permet de mener à bien sa démonstration du fait que nous existons et nous définissons à travers les autres.

Jean-Paul Sartre est un écrivain majeur de la littérature française qu’il faut impérativement connaître pour le baccalauréat.

À lire aussi: La biographie de Simone de Beauvoir

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