Marguerite Donnadieu, dite Marguerite Duras (1914-1996)

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Marguerite Donnadieu

Marguerite Duras est une femme de lettres, dramaturge, scénariste et réalisatrice française du XXe siècle. Elle a marqué le champ de la littérature par la richesse et la diversité de ses productions artistiques. Jouant avec les règles du genre romanesque, du théâtre et du cinéma, Marguerite Duras est devenue une voix singulière dans le monde artistique.

La vie de Marguerite Duras en quelques mots

Elle est née en Indochine française et a vécu de nombreuses années au Cambodge avec sa mère et son grand frère (jusqu’à la fin de son adolescence). Après avoir vécu une vie de nomade, sa mère avait décidé d’acheter un terrain au Cambodge pour s’y installer avec ses enfants. L’administration coloniale lui avait assuré que les terres étaient cultivables et qu’ils pourraient en vivre. Toutefois, ce sont en réalité des terres incultivables et sans cesse inondées. La mère de Françoise, ruinée, doit reprendre l’enseignement. Cette période de pauvreté extrême, de précarité, de saleté et de faim a profondément marqué la jeune fille.

Durant la guerre, son mari et elle sont d’abord alliés au gouvernement de Vichy mais s’en détournent très vite. Face aux campagnes raciales et antisémites de celui-ci, ils prennent leurs distances et s’engagent dans la résistance avec François Mitterrand et d’autres. Les deux en réchapperont malgré l’internement de son mari, libéré après la libération.

Marguerite Duras fut une femme de lettres engagée. Elle soutenait la cause communiste (elle a été membre du PCF jusqu’à sa rupture avec le Parti en 1950), le féminisme, le droit à l’avortement et la lutte contre la guerre d’Algérie. Elle fut l’une des signataires du Manifeste des 121 en 1960.

En ce qui concerne sa production littéraire, Marguerite Duras fut une écrivaine prolifique et de succès. Son premier roman, Les Impudents (1943), passe plutôt inaperçu dans le cadre de la guerre. En revanche, Un Barrage contre le Pacifique (1950) connaît un franc succès et rate de peu le prix Goncourt. Et parmi ses trente romans, deux gagneront des prix : le Prix de Mai en 1958 pour Moderato Cantabile et le Prix Goncourt en 1984 ainsi que le Prix Ritz-Paris-Hemingway en 1986 pour L’Amant.Cette dernière oeuvre correspond à l’apogée de sa carrière. Il nous faut signaler que ses oeuvres sont très largement inspirées de ses expériences, de ce qu’elle a vécu en tant qu’individu et femme. Ses recueils, pièces de théâtre et productions cinématographiques sont aussi très nombreuses : Marguerite Duras était très présente dans le paysage artistique du XXe siècle et a su laisser ses traces en produisant des oeuvres intimes et originales.

Les oeuvres majeures de Marguerite Duras

Parmi les très nombreuses oeuvres de Marguerite Duras, nous pouvons citer Un Barrage contre le Pacifique (1950), Moderato Cantabile (1958), La Maladie de la Mort (1982), L’Amant (1984), La Douleur (1985), L’Amant de la Chine du Nord (1991). Je ne cite ici que des romans car c’est le genre dans lequel l’écrivaine s’est le plus illustrée mais ces autres oeuvres des autres genres ne sont évidemment pas à dénigrer.

Un Barrage contre le Pacifique (1950) – roman

Ce roman, bien que fictif, est largement inspiré de sa vie en Indochine française lorsqu’elle était jeune. Selon elle, c’est la période de sa vie qui a le plus compté et la seule qui a vraiment été utile. Elle l’écrit et le publie en pleine guerre d’Indochine.

Le cadre est le suivant : en 1931, dans le sud de l’Indochine française, une femme veuve vie avec ses deux enfants âgés de 17 et 20 ans (Suzanne et Joseph). Ils vivent dans un bungalow près d’un marécage à proximité de Ram (un village). Ils sont très pauvres et mangent peu. Leur seule possession est une vieille voiture. La mère, ancienne pianiste, a acheté ces terres en pensant qu’elles étaient arables. Mais elles sont inondées tous les ans par la Mer de Chine, détruisant tout sur son passage comme le ferait l’océan Pacifique.

Aux principaux personnages se rajoute rapidement M.Jo, un jeune planteur aisé rencontré dans la ville de Ram. Voyant qu’il porte une bague avec un diamant et sachant son attirance pour Suzanne, la mère lui propose de l’épouser. Celui essaye tant bien que mal de voir Suzanne nue mais la mère ne tolère que le mariage et l’offre de la bague à sa fille. Cependant, en découvrant que le diamant a un défaut (un crapaud), M.Jo est rejeté par la famille. Cet épisode est le début de la fin pour cette famille misérable : la mère sombre dans la folie, les enfants s’émancipent, Suzanne finit par perdre sa virginité et partir, Joseph tombe amoureux d’une femme mariée avec qui il va partir aussi, puis la mère meurt au moment de leur départ. Respectant la volonté de sa mère, Joseph donne les fusils aux habitants pour qu’ils aillent tuer les hommes du cadastre qui ont causé la pauvreté de sa famille. La fin, plutôt tragique, est à l’image de l’histoire d’une famille misérable durant ses années de vie dans le bungalow.

Ce récit est celui du malheur, de la désillusion et de l’existence tragique. Susan est l’archétype même de la jeune fille frustrée par sa condition et l’image qu’elle renvoie. Elle rêve de la vie des jeunes femmes belles et riches qu’elle voit dans les films romantiques. Joseph aussi rêve de s’échapper de ce bungalow, symbole de pauvreté et d’isolement social. La mère, appauvrie et faible, représente l’évasion de tout rêve et de tout espoir face à une situation qu’on ne peut arranger. Elle lutte longtemps contre “le Pacifique” mais finit par renoncer ; la désillusion est le sentiment qui la dépeint le plus, d’où sa chute dans la folie et sa mort à la fin du récit. De plus, la violence est omniprésente autour des trois personnages, le danger permanent.

Le style est cru, les mots parfois violents et choquants. C’est un des marqueurs de l’écriture de Marguerite Duras. De même que l’inspiration autobiographique du récit.

L’Amant (1984) – roman

Ce roman est lui aussi d’inspiration autobiographique. Sa réception a été glorieuse : l’oeuvre a valu le prix Goncourt à Marguerite Duras en 1984 et les ventes ont explosé. Ce fut un véritable succès littéraire. De plus, l’auteur a affirmé que la période la plus importante de sa vie était celle décrite dans Un Barrage contre le Pacifique et L’Amant. Cette oeuvre est donc très importante pour elle.

En terme de contenu, le récit est essentiellement basé sur des éléments autobiographiques. L’auteur raconte l’époque de son enfance et de son adolescence en Indochine française. Plusieurs marqueurs structurent le récit : la traversée du Mékong en direction de Saïgon, la vie de la jeune fille en Indochine française et la rupture de la digue près de l’endroit où vit sa famille. L’espace principal où se déroule l’intrigue est donc cet endroit du Mékong où vit la famille de la protagoniste. Les intrigues principales rappellent des thématiques déjà présentes dans Un Barrage contre le Pacifique : la relation de la jeune fille à sa famille est compliquée, elle est frustrée par la situation de celle-ci et tombe amoureuse d’un Chinois riche plus âgé qu’elle (elle a 15 ans et lui 27). Ce sera son premier amour. Il financera son départ de l’Indochine française vers la France et la rappellera bien des années plus tard. Leur amour est le noeud, le coeur de cette autofiction.

Bien loin d’être un simple roman d’amour, cette oeuvre est un roman d’apprentissage pour l’auteur. La protagoniste est une jeune fille en passe de devenir une femme. Les épreuves qu’elle affronte servent à la construction de son identité, de sa volonté pour sa propre vie : sa famille, le père de son amant, la société coloniale sont des opposants à son amour et à sa liberté d’action. Elle doit les affronter pour expérimenter l’amour. Elle apprend aussi le sexe, qui sera une composante essentielle de sa vie de femme à l’avenir. Cette histoire d’amour non autorisée socialement est donc le moment de son émancipation, de sa constitution en tant que femme.

Finalement, ce qu’on retiendra principalement de cette oeuvre est son message transgressif. La relation que la protagoniste de quinze ans entretient avec un riche Chinois de douze ans son aîné est interdite par la société coloniale. Les moeurs et les normes sociales n’admettent pas ce genre de relations. Et pourtant, c’est bien ce que fait la protagoniste. De surcroît, la transgression est un élément qui la caractérisera à l’avenir. La profondeur du roman réside dans l’apprentissage, la construction identitaire et la transgression de normes sociales établies dans la société coloniale. Et c’est justement pour mettre en avant ces aspects que Marguerite Duras réécrira L’Amant sous le titre de L’Amant de la Chine du Nord en 1991 après l’adaptation cinématographique de son livre par Jean-Jacques Annaud en 1992. Le film ne lui convenait pas, n’avait pas la profondeur du roman.

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