philosophie absolu relatif

Philosophie : L’absolu et le relatif

Dans ce nouvel article, nous revenons avec toi sur les notions d’absolu et de relatif, très importantes en philosophie. De quoi t’apporter de très bonnes références pour tes futures copies. 

Qu’entend-on, lorsque l’on parle d’absolu ? Quelle est la différence entre relativité et relativisme ? L’absolu et le relatif sont-ils contraires, ou au contraire se requièrent-ils l’un l’autre ?

L’absolu et le relatif sont à première vue deux contradictoires : toute chose est soit absolue, soit relative. Ils sont en outre ordinaux, dans la mesure où ils inaugurent un ordre : ce qui est absolu est premier (ou, comme on va le voir, dernier), et ce qui est relatif dépend de l’absolu, soit en tant que conséquence (si l’absolu est conçu comme une cause efficiente, dont le relatif découle), soit en tant que moment préparatoire (si l’absolu est conçu comme cause finale, à laquelle le relatif conduit). L’ordre construit est donc un ordre de dépendance.

Absolutus et relativus

L’on comprendra mieux ce qu’il faut entendre par “absolu” et “relatif” si l’on s’intéresse à leur étymologie. “Absolu” vient du latin absolvo, qui signifie “détacher, dégager, libérer, dénouer”, mais aussi “acquitter”. C’est ce qui explique le français “absoudre”, qui signifie “libérer de ses fautes”, “pardonner”. L’absolu peut ainsi être étudié dans plusieurs domaines : non seulement celui de la métaphysique (le discours sur la réalité et sur l’être) ou de l’épistémologie (le discours sur la connaissance et les sciences), mais aussi celui de la morale, puisque l’absolution est une façon de rendre “absolu”, c’est-à-dire libre, amnistié. En outre, par extension, absolvo a le sens de “parfaire, achever”, car ce qui est détaché et libéré ne dépend de rien d’autre que de lui-même, et est ainsi complet, sans imperfection. Dans absolvo, deux préfixes marquent ce détachement : ab-, d’abord, qui dénote l’éloignement et l’achèvement, et se- (so-, ici), qui dénote la séparation. Ce qui est absolu, c’est donc ce qui est sans lien, sans dépendance, achevé, parfait.

“Relatif”, lui, vient du latin relativum, supin de refero, composé de re- et de fero (porter), et correspondant exactement au français “rapporter”. Ici, le préfixe dénote à l’inverse une dépendance vis-à-vis d’une origine, d’un fondement, vers lequel il serait possible de régresser. Ce qui est relatif ne porte donc pas son être ou sa réalité en lui-même : on ne la trouvera que dans ce qui le précède ou le cause, bref, en retournant en arrière, ce que désigne le préfixe “re-“. Ce qui est relatif, c’est donc ce qui est lié, dépendant, et, par extension, imparfait, car sa réalité se trouve ailleurs qu’en lui.

Pour cette raison, l’absolu est le plus souvent en soi et par soi, car il ne dépend de rien d’autre que de lui-même. Le relatif, au contraire, n’est rien de tout cela, car il a son être en autre chose que lui-même. Il en va ainsi de la substance et de ses modes chez Spinoza : la substance est absolue, elle est en soi et conçue par soi, tandis que ses modes, ou affections, ne sont que relativement à la substance.

Lire aussi : Nature naturante et nature naturée chez Spinoza

Relativité et relativisme

On appelle “relative” toute chose qui n’est pas telle qu’elle est sous tous les rapports. Par exemple, l’homme le plus grand du monde n’est pas absolument grand, car il est grand relativement aux autres hommes, mais petit par rapport à d’autres animaux plus grands. On fait ainsi la distinction entre les superlatifs relatifs (“le plus grand”, “le moins facile”…) et les superlatifs absolus, introduits par “très”. On appelle ainsi Dieu “le Très-Haut”, et non pas “le plus haut”, car sa hauteur est absolue, tandis que dire de lui qu’il est “le plus haut” impliquerait nécessairement de préciser ce relativement à quoi il est le plus haut.

La relativité est au fondement de toute connaissance mathématique, c’est-à-dire de toute connaissance reposant sur le comptage et la mesure. La mesure est en effet rapport entre une unité (ce par quoi l’on mesure) et un phénomène quantifiable (par exemple la hauteur d’un homme). Plus largement, elle est au centre de la science physique à partir de Galilée, car la science s’intéresse aux rapports quantitatifs entre les phénomènes (par exemple, la force en fonction de la masse et de l’accélération). Comme le souligne Schopenhauer, la science n’examine jamais ce que sont les choses en soi, absolument, mais toujours leurs rapports entre elles, selon le principe de raison.

Est-ce à dire qu’il n’y a que du relatif dans le monde ? Cette thèse implique une difficulté. En effet, la science s’intéresse aux rapports entre les choses, mais elle n’affirme pas pour autant que les choses ne sont rien en soi, absolument. S’il n’y avait que du relatif, cela impliquerait non seulement que, si l’on remonte des choses à ce dont elles dépendent, l’on atteindrait jamais de terme absolu, stable et fixe, mais, en outre, que les choses relatives elles-mêmes ne seraient pas des choses prises absolument, mais qu’elles seraient elles-mêmes des relations. Les choses reliées ne seraient elles-mêmes que des liens entre d’autres choses, qui elles-mêmes ne seraient que des liens, à l’infini. Cette conception décompose la réalité en une constellation de rapports, au risque de tomber dans une conception sophistique de la réalité. Dans le Théétète de Platon, Socrate expose ainsi la doctrine de Protagoras, qui est un relativisme. Pour Protagoras, rien n’existe en soi et par soi, mais tout est un flux constant de relations sans rien de stable et de fixe. Rien n’est jamais identique à soi-même, puisqu’il n’y a pas de soi absolu, mais seulement des rapports à autre chose. Selon cette doctrine relativiste, il n’y a pas de vérité objective, mais toute sensation, toute opinion porte une vérité. Relativement à moi, le chocolat est doux ; relativement à toi, il est amer : nous avons tous les deux raisons, car le goût du chocolat n’est rien en soi, mais seulement en relation avec autre chose.

Lire aussi : Le soulagement de l’art chez Schopenhauer

Le paradoxe de l’absolu

Relativité de l’absolu et absoluité du relatif

L’on a dit que le relatif et l’absolu étaient contradictoires. Mais, si l’on n’admet pas la doctrine relativiste de Protagoras, l’on est contraint de considérer qu’il y a de l’absolu. Or, si l’on va de relatif en relatif jusqu’à atteindre l’absolu, dont dépend tout ce qui est relatif, l’on doit en même temps admettre que l’absolu est relatif. En effet, le relatif et relatif à l’absolu ; par symétrie, la relation entre le relatif et l’absolu est aussi une relation entre l’absolu et le relatif. Dès lors, l’absolu est relatif. Comment comprendre cela ? Réciproquement, cela signifie aussi que le relatif a quelque chose d’absolu : puisque son être est dérivé de celui de l’absolu, il participe en quelque sorte de l’absolu. C’est ainsi que, chez Plotin, toutes les choses sont unes, en tant qu’elles participent de l’Un, qui est le principe absolu : en cela, les choses ont quelque chose de l’absolu, justement parce qu’elles sont relatives à l’absolu. Mais, en même temps, l’Un maintient son absoluité, en se retranchant de son rapport aux autres choses, en se maintenant comme unité pure, tandis que les choses restent partiellement multiples.

L’absolu comme produit du relatif

On peut comprendre encore le rapport du relatif à l’absolu de la façon que propose Hegel dans la Science de la Logique, selon sa méthode dialectique : pour lui, toute chose est d’abord posée comme absolue, mais cette absoluité est immédiate, pauvre, unilatérale, et se renverse dans son contraire. Par exemple, l’être est pur être, pris comme absolu, mais, étant donné qu’il est seulement être, sans aucune qualité ni aucun attribut, il s’avère en fait être le néant, et l’être et le néant deviennent dès lors relatifs l’un à l’autre. Cependant, dans leur relation contradictoire, l’être et le néant produisent une synthèse qui est le quelque chose. De ce point de vue, le quelque chose est un premier moment de l’absolu : il contient et comprend la relation en lui-même, tout en étant lui-même relatif à rien d’autre. Ainsi, pour Hegel, contrairement à Plotin, l’absolu n’est pas au départ, mais il est construit progressivement, par le jeu des relations embrassées et dépassées les unes après les autres. Le dernier moment de l’absolu, qui contient tous les autres moments, est le savoir absolu, c’est-à-dire la philosophie, qui contient tous les moments relatifs qui la précèdent.

Lire aussi : Le langage chez Descartes

Tu cherches plus d’infos sur ton orientation ? Des articles sur différents points du programme pour t’aider à décrocher la meilleure note au bac ? Rejoins la team Up2School Bac sur Instagram et TikTok !