Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté ?

Philosophie : Comment réussir l’explication de texte ?

Comme complément aux méthodes de la dissertation, on te propose aujourd’hui quelques conseils de méthodologie pour bien réussir l’épreuve d’explication de texte en philosophie.

 

En quoi consiste l’explication de texte ?

L’épreuve d’explication consiste à faire la lecture d’un texte, de sorte que son problème, sa thèse, ses enjeux, ses références et son argumentation soient éclairés. Il faut prendre le terme dans son sens premier : explico, en latin, c’est déplier ce qui est replié, en somme rendre explicite ce qui est implicite.

La condition nécessaire la plus fondamentale, pour réussir une explication de texte, c’est de comprendre celui-ci. Le jour de l’épreuve, pour savoir si tu devrais choisir l’explication de texte, commence par le lire en entier plusieurs fois. Si tu saisis bien ce qu’affirme l’auteur dans le texte, et qu’aucune partie du texte n’est trop obscure, alors tu peux te lancer dans l’explication.

L’explication de texte est philosophique : elle ne recourt pas au repérage du champ lexical ou des figures de style, mais seulement au repérage des concepts et des procédés argumentatifs. Il s’agit avant tout de rendre compte d’une thèse philosophique, et non d’un dispositif esthétique.

Identifier la thèse du texte est le point le plus crucial d’une explication : il ne faut la choisir que si cette thèse est bien repérée et comprise. Tu dois à tout prix éviter de commettre un contresens sur cette thèse. Il s’agit de ce que l’auteur affirme dans le texte, ce qu’il défend, éventuellement en dialogue avec d’autres penseurs. La thèse n’est pas présente uniformément dans tout le texte, et c’est là une des difficultés de l’explication : il faut être capable d’apercevoir le relief du texte, ses différents moments forts, et surtout son centre de gravité, là où la thèse est affirmée le plus fortement. C’est ce centre de gravité qui polarise tout le texte et conduit sa structure.

Attention : si les moments forts du texte, qui nécessitent un volume d’explication plus grand, se trouvent plutôt à la fin, il faut être capable de gérer son temps pour passer peut-être un peu plus vite sur les premiers moments et s’appesantir sur les derniers. Tu apercevras ce relief du texte à force de t’entraîner à cet exercice.

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L’introduction

L’introduction est, comme dans la dissertation, constituée de plusieurs moments, qui ont pour but de conduire le lecteur jusqu’au centre du texte, c’est-à-dire au problème que l’auteur tâche de résoudre au moyen de la thèse qu’il propose. Il s’agit moins de s’acheminer progressivement vers le problème – ce qui risque de rendre l’introduction inutilement longue – que de percer directement jusqu’au centre du texte. L’introduction doit en quelque sorte servir de dynamite, afin de dégager un chemin clair jusqu’au problème et à la thèse du texte.

Il est possible de commencer l’introduction par une accroche, sous la forme d’une référence littéraire, artistique ou historique, si celle-ci permet d’emblée de viser ce qui sera un enjeu fort du texte.

 

Situation et thème

Si tu en as les connaissances, tu peux clarifier le contexte du texte : sa place dans l’argumentation de l’ouvrage dont il est issu, notamment, ou dans le parcours de l’auteur, si le texte est un moment décisif de son cheminement philosophique.

Il faut ensuite exprimer le thème du texte : de quoi parle-t-il ? Parle-t-il des limites de l’entendement, du rôle du citoyen, de la définition de la beauté ? C’est le seul moment où tu peux “décrire” le texte. Ensuite, il faudra toujours rendre compte de ce que le texte affirme, et non pas raconter ce dont il parle – c’est la différence entre la thèse (ce qui est dit) et le thème (de quoi l’on parle).

 

Problème, thèse, enjeu

Après cela, tu dois présenter le problème que se pose l’auteur dans le texte. C’est à ce problème que l’auteur répond dans le texte par sa thèse. Problématiser, ici, c’est montrer que la thèse de l’auteur s’oppose au sens commun, ou bien à une thèse adverse qui pourrait aussi bien être défendue. Il s’agit de montrer qu’il y a un obstacle, quelque chose de difficile à résoudre, et dont seule la thèse de l’auteur peut venir à bout – d’après l’auteur, du moins (mais justement, il faudra rendre compte des raisons pour lesquelles l’auteur défend cette thèse).

La thèse doit être énoncée après le problème. Il est possible de citer l’idée directrice du texte, qui est souvent une phrase constituant son centre de gravité, mais il vaut mieux l’accompagner d’une reformulation qui explicite en quoi cette idée directrice répond au problème.

Enfin, tu dois montrer les enjeux du texte : en quoi le texte est important, ou son problème décisif. Cela permet aussi de rattacher le texte à des champs de la philosophie : métaphysique, philosophie politique, etc.

 

Plan

L’explication est linéaire : elle suit scrupuleusement l’ordre du texte, selon sa structure interne. Cette structure s’articule toujours en différents moments, qui peuvent être de longueur très inégale, tout en gardant son unité. Quand tu annonces le plan de ton explication, rends bien compte du mouvement argumentatif du texte : non pas “dans un premier moment, l’auteur dit que”, mais “l’auteur définit” ou “démontre”, selon le type d’argument. Le plan doit aussi souligner les articulations logiques qui lient les moments entre eux : le texte est avant tout une unité, et il faut le traiter comme tel.

 

Le développement

Le développement doit donc suivre l’ordre du texte. Chaque grand moment du texte occupe une partie, séparée des autres par un saut de ligne, et doit être introduite par une introduction de partie, et terminée par un paragraphe de transition qui rend compte de la transition argumentative à laquelle procède le texte.

Dans cet ordre linéaire, il faut tout expliquer, et ne jamais passer une partie du texte sous silence. Tu dois procéder par grossissement progressif : rendre compte de l’argumentation globale du premier moment du texte, puis zoomer sur l’argumentation plus précise d’une première sous-partie, puis zoomer en analysant l’argumentation d’une phrase, et expliquer chaque mot ou tournure qui doit l’être.

Pour cela, il faut avoir de bonnes connaissances philosophiques : d’abord des concepts, notions du programme et repères vus en cours ; ensuite des auteurs et œuvres étudiées pendant l’année, et à qui l’auteur du texte pourrait répondre ou faire référence. Ainsi, si le texte tourne autour du concept de liberté, il faut être capable de l’expliquer au moment où il apparaît dans le texte, la position que l’auteur défend, celle à laquelle il pourrait répondre, par là. Il faut aussi pouvoir repérer la manière dont les termes peuvent être répétés, et les nuances entre deux concepts proches mais à distinguer.

Dans chaque étape du développement, il faut bien répondre à la question : que fait l’auteur ? Est-ce qu’il nie, justifie, objecte, illustre, précise, interroge, définit ? Quel est le type d’argument mobilisé ? Raisonnement par l’absurde, raisonnement a fortiori, déduction ? Quel est l’enjeu de chaque argument ? Avec quel philosophe l’auteur dialogue-t-il, éventuellement ?

En outre, il ne faut pas négliger l’explication des exemples, qui ne sont jamais innocents : pourquoi tel exemple est-il mobilisé ? Permet-il de préciser la thèse ? Dans quelle mesure la justifie-t-il, tout en l’illustrant ? Quel coup argumentatif joue l’auteur par ce moyen précis ?

En somme, il faut à tout prix éviter la paraphrase, qui consiste à répéter ce que le texte dit, sans en faire saillir la structure argumentative. Il faut mettre en relief le texte, montrer la connexion entre ses moments argumentatifs, pourquoi l’auteur procède ainsi, ce qui légitime son choix, et expliquer les concepts.

Inversement, il ne faut surtout pas décrocher du texte : l’explication doit coller le plus possible à l’extrait, et un bon moyen de s’en assurer et de citer le texte en permanence. Ces citations doivent êtres ciblées, et contenir un ou quelques mots, rarement plus. En outre, il faut que la citation s’intègre dans le flux de ton argumentation, sans l’interrompre trop abruptement.

Il faut donc à la fois coller au texte par la citation, et s’en décoller suffisamment pour pouvoir le décortiquer.

Il est possible de revenir sur ce qui a été expliqué plus tôt dans le texte – ce qui témoigne de son unité -, mais pas d’anticiper sur ce qui sera dit plus tard.

Enfin, il est possible de proposer des remarques “critiques” sur le texte, au fil de l’explication, mais ce doit être fait en priorité en confrontant la thèse ou les arguments de l’auteur à d’autres auteurs, et sans tomber dans le hors-sujet : il faut que cette critique reste pertinente.

 

La conclusion

Comme dans la dissertation, la conclusion sert à récapituler les différents moments de l’explication et du texte, d’en faire un rapide bilan, et de donner une réponse définitive au problème que se pose l’auteur, en rendant bien compte des enjeux de la réponse proposée dans l’extrait.

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