jean Jacques rousseau

Philosophie : L’émancipation politique chez Rousseau

“L’homme est né libre, et partout il est dans les fers”. Ainsi commence le chapitre I du Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau. L’ouvrage cherche ainsi à résoudre le problème suivant : comment, à partir de cette situation de servitude politique, parvenir à rendre à l’homme sa liberté, sans pour autant renoncer à la vie en société ?

L’impossibilité de renoncer à sa liberté

La liberté est donc, pour les hommes, quelque chose de naturel. La servitude n’est en rien naturelle : aucun homme n’a d’autorité naturelle sur un autre homme, une fois qu’il sort de l’autorité parentale. S’il est soumis par la force, il est bien forcé d’obéir, mais cela ne lui retire pas sa liberté naturelle, qu’il retrouvera dès qu’il pourra secouer le joug. Il ne peut pas non se faire esclave, car ce serait se donner gratuitement, sans compensation, et cela est incompatible avec la nature humaine :

Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs.

Autrement dit, renoncer à sa liberté, c’est ne plus être un homme. Or, pour y renoncer, il faudrait être libre de le faire, ce qui atteste la liberté au lieu de la détruire. Il en va de même pour tout un peuple, qui ne peut se donner sans réserve à un dirigeant, car cet acte serait sans compensation. Cet acte serait nul du point de vue du droit, car le droit est toujours un rapport entre deux parties libres. Autrement dit, l’esclavage et la servitude sont incompatibles avec le droit, et donc avec la vie dans une société organisée politiquement.

 

Le fondement de la liberté politique

L’État ne peut donc être fondé que sur la liberté naturelle des hommes, et ne peut admettre qu’ils y renoncent. En outre, pour qu’il y ait un État, il faut qu’il y ait un peuple qu’il puisse gouverner. Le peuple ne peut pas être créé par l’asservissement d’une multitude par un seul homme :

Cet homme, eût-il asservi la moitié du monde, n’est toujours qu’un particulier ; son intérêt, séparé de celui des autres, n’est toujours qu’un intérêt privé. Si ce même homme vient à périr, son empire après lui reste épars et sans liaison […]

Un peuple ne peut donc être constitué que par lui-même, dans un acte qui est le “vrai fondement de la société”.

Lire aussi : Corrigé du sujet « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? »

 

Le pacte social

Le problème de l’association

L’advenue d’un tel acte d’auto-fondation du peuple est une reconstruction hypothétique : il aurait surgi pour la première fois à un certain moment du développement des premières sociétés humaines, mais l’on ne peut en avoir une connaissance historique.

Comment penser cet acte ? Pour former un corps politique, qui aura autorité sur chacun, il faut que chacun renonce à sa propre puissance naturelle. Il faut donc :

Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant.

Cette formulation du problème énonce la condition nécessaire pour ériger un État où chacun conserve sa liberté naturelle.

 

La solution : le contrat social

Le contrat social se comprend ainsi : il s’agit, pour chacun, de céder sa liberté naturelle propre, pour obtenir une liberté politique commune. Cette liberté ne serait pas moindre que la précédente, mais en réalité plus ferme. Autrement dit, le contrat social est institué par :

L’aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté.

Chacun doit céder tous ses droits naturels, car, si telle personne gardait tel droit naturel, il pourrait s’en prévaloir contre l’État, et personne ne pourrait arbitrer entre lui et l’État. Comme l’État est le seul souverain, il doit réunir dans sa puissance tous les droits de chaque citoyen. Mais, en même temps :

Chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n’acquière le même droit qu’on lui cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a.

 

Singularité du pacte social

Le pacte social de Rousseau est en cela bien différent du contrat que l’on trouve chez Hobbes : là où Hobbes considère que chacun doit céder son droit naturel à un homme ou à une assemblée devenue par là souveraine et toute puissance, Rousseau estime que, pour que le pacte reste compatible avec la liberté naturelle, chacun ne peut céder son droit naturel qu’à tout le peuple, dont lui-même. Le souverain, dans ce cas, n’est pas un homme tout puissant et indépendant du peuple qui l’établit, mais le peuple lui-même, qui se fonde lui-même et s’établit comme souverain. La puissance de chacun est ainsi décuplée par l’association à celle des autres en une volonté unique, de sorte que la liberté individuelle est assurée et renforcée. Cela implique, comme le fait remarquer Rousseau, que chacun doit se maintenir dans le corps politique, sans quoi la force de celui-ci se déliterait ; d’où la célèbre formule :

Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie pas autre chose sinon qu’on le forcera à être libre.

Lire aussi : La soumission au souverain chez Hobbes

 

L’énoncé du pacte

La formulation du pacte social est ainsi la suivante :

Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout.

Le souverain n’est donc pas un homme nommé par le peuple, ni chaque membre du peuple, mais le peuple uni en une personne unique. Les décisions du souverain sont, dans ce cas, les lois et elles s’appliquent à chacun des membres. Le processus de décision est celui de la délibération populaire : chacun participe à la formulation de la loi, en s’efforçant d’apercevoir l’intérêt commun.

 

Définitions

Rousseau définit ainsi les concepts de ce pacte social novateur :

  • La république est la personne publique établie par le pacte
  • Le souverain est la république en tant qu’elle est active et décide des lois
  • L’État est la république en tant qu’elle est passive et reçoit les lois
  • La puissance est la république dans son rapport avec les autres républiques
  • Le peuple est l’association des membres de la république
  • Le citoyen est le membre en tant qu’il est actif et participant au souverain
  • Le sujet est le membre en tant qu’il est passif et soumis aux lois de l’État

 

Conclusion

Dans ce premier livre du Contrat social, Rousseau élabore un modèle nouveau de philosophie politique, selon lequel la seule association politique digne de ce nom est celle qui préserve la liberté naturelle de l’homme et la renforce par l’établissement d’un corps politique rassemblant les forces de tous les membres du pacte social et attribuant à chacun une voix dans les délibérations de ce grand corps.

 

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