Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté ?

Philosophie : la méthode pour réussir l’explication de texte

Comme complément aux méthodes de la dissertation, on te propose aujourd’hui quelques conseils de méthodologie. Pièges à éviter, plan point par point, on t’explique tout et on te donne la méthode pour réussir l’épreuve d’explication de texte en philosophie !

 

En quoi consiste l’explication de texte ?

Si l’on s’intéresse à l’étymologie d’expliquer, on découvre qu’explico, en latin, signifie « déplier ce qui est replié », rendre explicite ce qui est implicite. Expliquer un texte, c’est éclairer son problème, sa thèse, ses enjeux, ses références et sa structure argumentative. Nous allons évoquer point par point tous ces éléments.

 

Avant de réaliser ton explication de texte

Dois-tu choisir l’explication de texte ?

Pour réussir ton explication de texte, tu dois déjà l’avoir compris : lis le plusieurs fois, en entier, et demande-toi honnêtement si tu arrives à identifier la problématique du texte (à quelle question l’auteur est-il en train de répondre ?) et la thèse de l’auteur (quelle est sa réponse ?). Si la réponse est oui, fonce. Sinon, l’explication de texte risque de s’avérer plus difficile, notamment si des parties entières du texte te semblent obscures.

 

Tu analyses le fond, pas la forme

L’explication de texte est philosophique ; ne t’intéresse pas aux champs lexicaux ou aux figures de style, mais seulement aux concepts et aux procédés argumentatifs. La plume de l’auteur et l’esthétique de ses écrits n’ont pas d’importance, ce qui compte est la thèse philosophique derrière. Le fond. Pas la forme.

 

La thèse, point central de ton analyse

Identifier la thèse du texte est le point le plus crucial de l’épreuve : avant même de te décider à choisir l’explication de texte, tu dois l’avoir comprise et identifiée. Le plus gros écueil est bien sûr le contresens. Demande-toi : que défend l’auteur ? Que cherche-t-il à prouver ? Avec quels autres penseurs dialogue-t-il ? Et surtout, on le répète : à quelle question répond-il ? Une fois la thèse identifiée, tu pourras plus facilement comprendre les concepts utilisés par l’auteur et les relier entre eux.

La thèse ne se manifeste pas exactement de la même manière tout au long du texte. C’est-à-dire qu’elle est parfois affirmée avec plus ou moins de force et de clarté selon les moments du texte. À toi de repérer là où elle est la plus fortement affirmée : ce moment est le centre de gravité du texte. C’est autour de lui qu’est organisée sa structure.

En identifiant la thèse, puis les concepts principaux, tu sors un peu le nez du texte, ce qui t’aide à éviter la paraphrase.

 

Gère bien ton temps

Il est tout à fait possible que la thèse soit particulièrement développée dans la dernière partie du texte. Dans ce cas, il te faudra gérer ton temps de manière à être capable d’accorder à cette partie le temps qu’elle mérite.

 

En pratique : to-do-list avant d’attaquer ton introduction

  1. Repère le problème
  2. Identifie la thèse
  3. Trouve les concepts utilisés par l’auteur, qu’il faudra expliquer
  4. Identifie le plan du texte, son squelette, sa progression logique étape par étape

Lire aussi : L’homme et l’animal, option HLP

 

L’introduction de l’explication de texte

L’introduction est la première impression que tu offres au correcteur. Elle doit être particulièrement soignée, de longueur raisonnable (inutile d’y détailler tout ton raisonnement, tu le fera dans le corps du texte), et amener directement au coeur du sujet. Il faut montrer que tu as parfaitement compris les enjeux du texte, et dégager un chemin clair vers le problème et la thèse du texte. Ton introduction débroussaille la forêt de concepts, d’effets de style et de formulations de l’auteur pour aller immédiatement au coeur du sujet.

 

L’accroche, pas obligatoire mais utile

Il est possible de commencer l’introduction par une accroche, sous la forme d’une référence littéraire, artistique ou historique, si celle-ci permet d’emblée de viser ce qui sera un enjeu fort du texte. Tu dois, avec ton accroche, te trouver directement au coeur du sujet : évite les formules trop générales, qui donneront l’impression que tu cherches à diluer une incompréhension du texte.

Si tu n’as pas d’idée, mieux vaut sauter cette étape plutôt que de prendre le risque d’avoir l’air fade dès ta première phrase, ou pire, d’être à côté du sujet dans l’accroche alors que tu as par ailleurs bien compris le sujet.

 

Le contexte

Si tu disposes des connaissances nécessaires, il est bon de planter le décor : quelques informations sur l’auteur (siècle, grand mouvement philosophique dans lequel ce texte s’inscrit). Inutile d’évoquer sa situation maritale, ni toutes ses oeuvres : rappelle-toi que tu analyses un texte, tu ne rédiges pas une biographie !

Si le texte que tu as sous les yeux est représentatif d’une des grandes thèses récurrentes chez l’auteur, mentionne-le. Est-il décisif dans un mouvement philosophique ? Ou bien dans le parcours de l’auteur ?

Si tu n’as pas la réponse à ces questions : ce n’est pas grave. Ne les invente pas, passe simplement à la suite.

 

Le thème

Faisons tout de suite la différence entre le thème et la thèse. Le thème, tu n’en parleras qu’une fois dans ta copie, et c’est ici : le thème, c’est ce dont le texte parle. La thèse, dont tu vas reparler tout au long de l’analyse, c’est ce qui est dit par l’auteur.

Pour te donner un exemple : le thème peut être « la démocratie » et la thèse « les citoyens passent un contrat démocratique avec l’État : ils ne sont plus responsables de ce qui leur arrive, donc ils sont plus tranquilles ; en échange, ils renoncent à leurs droits » (tu auras peut-être reconnu une partie de la thèse de Tocqueville dans Le Despotisme démocratique ?).

Sois clair, efficace, puis ne parle plus du thème. Du tout.

 

Le problème

Passons à l’étape suivante ! Tu dois maintenant présenter le problème que se pose l’auteur dans le texte. C’est la fameuse question à laquelle il répond avec sa thèse. Problématiser, c’est montrer qu’il y a quelque chose dans ce texte qui n’est pas évident ; prouver que la thèse de l’auteur a une utilité, qu’elle résout ce problème. (Car oui, quel intérêt d’avoir une réponse si on a pas de question ?)

Il peut y avoir plusieurs types de problèmes : la thèse de l’auteur peut s’opposer au sens commun (pour reprendre notre exemple : il semble évident que les citoyens sont libres et disposent de leurs droits dans une démocratie… mais en fait, non ! et c’est volontaire en plus…), ou alors, à une thèse adverse.

 

L’annonce de la thèse

Après avoir clairement énoncé le problème, il est temps d’annoncer la thèse. Tu dois la reformuler, de la manière la plus explicite possible, pour montrer clairement en quoi elle résout le problème ! Toujours reformuler te permet de vérifier que tu comprends le texte et de le montrer au correcteur ! La paraphrase est très lourdement sanctionnée dans les notes.

 

Les enjeux du texte

Enfin, tu dois montrer les enjeux du texte : en quoi le texte est important, ou son problème décisif. Cela permet aussi de rattacher le texte à des champs de la philosophie : métaphysique, philosophie politique, etc.

 

L’annonce du plan

L’explication est linéaire : elle suit scrupuleusement l’ordre du texte, selon sa structure interne. Cette structure s’articule toujours en différents moments, qui peuvent être de longueur très inégale, tout en gardant une progression logique.

Ton analyse est ainsi à la fois globale, car elle suit la structure et le plan du texte ; et précise, car tu dois mettre en avant certains points (les concepts-clefs), les détailler et montrer leur lien avec la thèse (comment l’auteur les mets-il à son service, que ce soit pour affirmer sa thèse, ou contredire la thèse adverse ?).

Quand tu annonces le plan de ton explication, rends bien compte du mouvement argumentatif du texte. C’est-à-dire que tu dois identifier le squelette de la démonstration de l’auteur et le clarifier dans ta propre analyse. Utilise des verbes comme “l’auteur démontre”, “définit”, pas des formules trop générales comme “dans un premier temps l’auteur dit que”. Déjà, tu évites ainsi de te laisser entraîner vers la paraphrase (très, très dangereuse). De deux, tu montres encore une fois ta compréhension du schéma logique du texte.

Le plan doit aussi souligner les articulations logiques qui lient les moments entre eux : le texte est avant tout une unité, et il faut le traiter comme tel. Aucune partie n’est déconnecté des autres : chaque partie prolonge, explique, définit, contredit, questionne les autres ; elle n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe.

 

Le développement de ton explication de texte

Le développement doit donc suivre l’ordre du texte. Chaque grand moment du texte occupe une partie, séparée des autres par un saut de ligne, et doit être introduite par une introduction de partie, et terminée par un paragraphe de transition qui rend compte de la transition argumentative à laquelle procède le texte.

 

Procède par grossissement progressif

Dans cet ordre linéaire, il faut tout expliquer, et ne jamais passer une partie du texte sous silence. Tu dois procéder par grossissement progressif : rendre compte de l’argumentation globale du premier moment du texte, puis zoomer sur l’argumentation plus précise d’une première sous-partie, puis zoomer en analysant l’argumentation d’une phrase, et expliquer chaque mot ou tournure qui doit l’être.

 

Mobilise tes connaissances (concepts, auteurs)

Pour cela, il faut avoir de bonnes connaissances philosophiques : d’abord des concepts, notions du programme et repères vus en cours. Un concept précisément définit est un concept que tu maîtrises. Ensuite des auteurs et œuvres étudiées pendant l’année, et à qui l’auteur du texte pourrait répondre ou faire référence. Ne te contente pas de lâcher quelques noms pour remplir la copie ! Une référence pertinente est une référence développée et reliée précisément au sujet. Pas de « l’auteur est d’accord avec tel auteur dans tel livre ».

Ainsi, si le texte tourne autour du concept de liberté, il faut être capable de l’expliquer au moment où il apparaît dans le texte, la position que l’auteur défend et éventuellement celle à laquelle il pourrait répondre. Il faut aussi pouvoir repérer la manière dont les termes peuvent être répétés, et les nuances entre deux concepts proches mais à distinguer.

 

Ne perds pas de vue l’objectif

Dans chaque étape du développement, il faut bien répondre à la question : que fait l’auteur ? Est-ce qu’il nie, justifie, objecte, illustre, précise, interroge, définit ? Quel est le type d’argument mobilisé ? Raisonnement par l’absurde, raisonnement a fortiori, déduction ? Quel est l’enjeu de chaque argument ? Avec quel philosophe l’auteur dialogue-t-il, éventuellement ?

 

Quelques pièges à éviter

Négliger l’explication des exemples, qui ne sont jamais innocents, est à éviter absolument. Pourquoi tel exemple est-il mobilisé ? Permet-il de préciser la thèse ? Dans quelle mesure la justifie-t-il, tout en l’illustrant ? Quel coup argumentatif joue l’auteur par ce moyen précis ? Toutes ces questions sont extrêmement importantes : l’auteur n’avait pas un nombre de mots minimal à atteindre, lui (oui oui on sait que tu as déjà développé un exemple inutile sur trois paragraphes…). Chaque exemple est donc là pour une raison.

En somme, et même si on l’a déjà beaucoup dit, il faut à tout prix éviter la paraphrase (répéter ce que le texte dit, sans faire ressortir la structure argumentative). Il faut mettre en relief le texte, montrer la connexion entre ses moments argumentatifs, pourquoi l’auteur procède ainsi, ce qui légitime son choix, et expliquer les concepts.

Inversement, il ne faut surtout pas décrocher du texte : l’explication doit coller le plus possible à l’extrait, et un bon moyen de s’en assurer et de citer le texte en permanence. Ces citations doivent êtres ciblées, et contenir un ou quelques mots, rarement plus. En outre, il faut que la citation s’intègre dans le flux de ton argumentation, sans l’interrompre trop abruptement. Il faut donc à la fois coller au texte par la citation, et s’en décoller suffisamment pour pouvoir le décortiquer.

Il est possible de revenir sur ce qui a été expliqué plus tôt dans le texte – ce qui témoigne de son unité -, mais pas d’anticiper sur ce qui sera dit plus tard.

 

Une critique possible, mais prudence !

Enfin, il est possible de proposer des remarques “critiques” sur le texte, au fil de l’explication, mais ce doit être fait en priorité en confrontant la thèse ou les arguments de l’auteur à d’autres auteurs, et sans tomber dans le hors-sujet : il faut que cette critique reste pertinente.

 

La conclusion dans l’explication de texte

Comme dans la dissertation, la conclusion sert à récapituler les différents moments de l’explication et du texte, d’en faire un rapide bilan, et de donner une réponse définitive au problème que se pose l’auteur, en rendant bien compte des enjeux de la réponse proposée dans l’extrait.

Lire aussi : La parole, option HLP

 

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