La recherche de soi et l’éducation (Histoire, littérature et philosophie)

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Voici la fiche ultime sur l’éducation.

Dans le cadre du chapitre La recherche de soi en Histoire, littérature et philosophie, la question de l’éducation se pose en tant que vecteur d’émancipation, au-delà de la simple transmission. Il est important de maîtriser l’articulation de ces trois concepts afin de comprendre leurs implications dans le parcours à la fois historique et littéraire que propose le programme.

 

Le concept de l’éducation dans l’histoire des idées

L’angle historique sur l’éducation

Les modèles antérieurs à la rupture de l’époque des Lumières

Le modèle humaniste de l’éducation qui a précédé le modèle révolutionnaire des Lumières a lui-même vu le jour dans un contexte de rupture avec le modèle de l’éducation scolastique. Celui-ci, bien que moderne d’un point de vue administratif (enseignement libre, autonomie des universités), est jugé archaïque, par les humanistes, dans sa conception de l’enseignement et de l’instruction. Le maître-mot est le “par coeur”, que les élèves appliquent dans des exercices de mémoire, de répétition, qui ne demandent pas de réflexion. Le modèle alternatif des humanistes propose une éducation visant la “connaissance universelle”, fondée sur l’esprit critique, l’éducation physique, la connaissance de la nature, et surtout le plaisir d’étudier.

 

Les modèles d’éducation du siècle des Lumières (XVIIIème siècle)

Avec les philosophes des Lumières, une nouvelle pensée de l’éducation émerge et favorise les choses aux mots : on privilégie l’expérimentation, l’expérience, la pratique en se concentrant sur ce qui est utile. Dans ce souci d’utilité, la réflexion autour de l’éducation prend une nouvelle tournure : “l’honnête homme” idéal des Humanistes devient moins pertinent dans une nation moderne qui cherche à ce que la formation des individus soit au service d’eux-mêmes mais aussi de la société, notamment parce que celle-ci est des plus en plus démocratique. Pour construire un système d’éducation publique qui vise la liberté et l’émancipation, les penseurs de l’époque réfléchissent aux conditions sociales et politiques de cette émancipation, à la finalité et aux méthodes de l’éducation scolaire. Ce qui est à retenir ici est que ce projet éducatif (mené notamment par Condorcet) s’inscrit dans un projet politique global, car c’est lui qui permettra l’égalité et la promotion sociale revendiquée lors de la Révolution. Enfin, la particularité de ce nouveau modèle est la place donnée à l’enfant, désormais au centre de la pédagogie, alors qu’on se concentrait auparavant sur les connaissances. L’idée est d’adapter l’éducation aux besoins, capacités et envies, pour que celle-ci soit la plus personnelle possible.

Le modèle d’éducation républicain (fin XIXème)

Héritier de la pensée des Lumières, le modèle républicain est fondée sur la démocratisation scolaire, la notion de mérite et la promotion du patriotisme républicain. L’accès facilité à l’école permet la mobilité sociale, désormais fondée sur le mérite, valeur-clé de la République autour de laquelle on cherche à former une unité et une conscience nationale.

 

L’angle littéraire sur l’éducation

Auteurs-clés et citations à connaître sur l’éducation

En parallèle de ce nouveau rôle donné à l’école, le XIXème siècle voit se multiplier les récits de souvenirs d’écoliers, romancés ou autobiographiques. Ces textes sont une manière de comprendre la construction de l’individu à partir de l’instruction reçu dès les plus jeune âge. Par leurs écrits, les auteurs font part de leur parcours, de leur formation, et donnent à voir l’impact de ces éléments sur ce qu’ils sont devenus.

Rousseau, Emile ou de l’éducation, 1762

Cet ouvrage est l’aboutissement d’une série de quatre travaux (Discours sur les sciences et les arts, 1750, Discours sur l’inégalité, 1755, Du contrat social, 1762) constituant une réflexion générale sur la manière pour l’homme d’avoir une vie plus heureuse.

Rousseau, à travers ces quatre textes, nous dit que, dès leur plus jeune âge, les hommes doivent être éduqués afin de leur permettre de repenser et transformer la société politique dans laquelle ils évoluent. En effet, celle-ci, à cause des effets pervers du progrès et de la vie sociale, est devenue inégalitaire. Emile est la partie de cette réflexion qui se concentre sur l’éducation des hommes et la manière dont ils peuvent défaire ce qui a été fait.

Pour cela, Rousseau distingue l’éducation domestique, qui permet à l’homme de devenir ce qu’il est, dans le respect de sa nature (libre et égal), et l’éducation publique, celle de l’accomplissement en tant qu’homme, individu et citoyen. Ainsi, il cherche à faire disparaître la pensée de l’éducation comme simple transmission mais plutôt comme voie vers l’émancipation.

L’éducation utile et centrée sur l’enfant

“La lecture est le fléau de l’enfance, et presque la seule occupation qu’on lui sait donner. À peine à douze ans Émile saura-t-il ce que c’est qu’un livre. Mais il faut bien au moins, dira-t-on, qu’il sache lire. J’en conviens : il faut qu’il sache lire quand la lecture lui est utile ; jusqu’alors elle n’est bonne qu’à l’ennuyer. Si l’on ne doit rien exiger des enfants par obéissance, il s’ensuit qu’ils ne peuvent rien apprendre dont ils ne sentent l’avantage actuel et présent, soit d’agrément, soit d’utilité ; autrement quel motif les porterait à l’apprendre ?”

L’homme comme partie d’un tout

“Un père, quand il engendre et nourrit des enfants, ne fait en cela que le tiers de sa tâche. Il doit des hommes à son espèce, il doit à la société des hommes sociables, il doit des citoyens à l’État.”

 

Vallès, L’Enfant (1878)

Dans cet ouvrage semi-autobiographique, Jules Vallès évoque le système scolaire des années 1840, qu’il va tourner en ridicule. Il raconte l’ennui mais dénonce surtout la discipline extrême, les punitions physiques et la propagande religieuse abrutissante qui constituaient la pédagogie de ses professeurs, dont il se moque tout au long du récit. On voit bien ici comment l’auteur s’est construit dans un mouvement de rupture avec ces mauvais souvenirs d’école. En effet, lors de l’écriture de ce texte, Jules Vallès était devenu un anarchiste convaincu.

Les vestiges de l’éducation dans la construction de l’homme

“Il me semble qu’il me restera toujours, de ma vie d’enfant, des trous de mélancolie et des plaies sensibles dans le coeur !”

 

Colette, Claudine à l’école (1900)

Ce texte tire entre autres son intérêt du fait qu’il nous éclaire sur l’apprentissage et l’émancipation des filles à l’école. L’éducation ménagère est couplée à une éducation morale, dans l’objectif de faire de ces filles de futures mères et femmes respectueuses, sages et fidèles. Si le tableau semble ici archaïque, Colette présente pourtant cette école rurale comme un lieu où elle découvre la liberté, parce qu’elles voient les interdits comme des invitations à être transgressés. Sous cet angle, l’école traditionnelle du XXème siècle où elle a fait ses classes prend des airs modernes et avant-gardistes.

 

Des enseignements encore traditionnels, au grand désarroi des élèves

“Plus que quinze jours avant le brevet ! Juin nous accable ; nous cuisons, ensommeillées, dans les classes, nous nous taisons de paresse, j’en lâche mon journal ! Et par cette température d’incendie, il nous faut encore apprécier la conduite de Louis XV, raconter le rôle du suc gastrique dans la digestion, esquisser des feuilles d’acanthe, et diviser l’appareil auditif en oreille interne, oreille moyenne et oreille externe.”

Des moments de plaisirs malgré les interdits

“Cette semaine nous avons goûté des heures de joie pure, parce qu’on nous employa, nous, les grandes, à déménager le grenier, pour en descendre les livres et les vieux objets qui l’encombraient. Il a fallu se presser ; les maçons attendaient pour démolir le premier étage. Ce furent des galopades insensées dans les greniers et les escaliers; au risque d’être punies, nous nous aventurions, la grande Anaïs et moi, jusque dans l’escalier conduisant aux chambres des instituteurs, dans l’espoir d’entrevoir enfin les deux nouveaux sous-maîtres demeurés invisibles depuis leur arrivée…”

 

 

Arendt, La Crise de la culture (1961)

Hannah Arendt s’interroge dans cet ouvrage sur l’éducation et sur ce que sont devenus les idéaux de la Révolution française en la matière. L’injonction à la liberté et à l’autonomie qui étaient, à l’époque des Lumières, préconisées, ont donné lieu à des dérives : les parents, pour que les enfants apprennent par eux-mêmes, se sont peu à peu défaits de leurs responsabilités. Elle rappelle alors que l’on ne peut pas supposer que le savoir est en chacun de nous de manière innée et ainsi conclure qu’il n’est pas nécessaire de stimuler les enfants pour favoriser la transmission de l’éducation.

 

La responsabilité des parents selon Hannah Arendt

“Avec la conception et la naissance, les parents n’ont pas seulement donné la vie à leurs enfants; ils les ont en même temps introduits dans un monde. En les éduquant, ils assument la responsabilité de la vie et du développement de l’enfant, mais aussi celle de la continuité du monde.”

 

Le rôle de l’école selon Hannah Arendt

“Il faudrait comprendre que le rôle de l’école est d’apprendre aux enfants ce qu’est le monde, et non pas leur inculquer l’art de vivre.”

 

Problématisation et réutilisation des exemples précédents

Les questions sous-jacentes à ce chapitre et que vous pouvez réutiliser pour construire vos problématiques sont nombreuses :

 

À quoi sert-il d’apprendre ? S’agit-il d’éduquer quelqu’un, de transmettre ou permettre de s’émanciper ou de se libérer ?

Exemple : selon Rousseau, il s’agit de permettre aux hommes de se libérer en s’accomplissant dans la société, en tant que citoyen.

 

Que veut dire être adulte ?

Exemple : on peut utiliser l’exemple de Jules Vallès dans L’Enfant qui évoque l’âge adulte comme le résultat d’une construction fortement marquée par les souvenirs de l’enfance.

 

Comment se répartit la responsabilité entre la famille, l’école, la société, en matière d’éducation ?

Exemple : Hannah Arendt propose dans La crise de la culture un développement sur la responsabilité des parents et le rôle de l’école. Comment appréhender la liberté dans les rapports avec les institutions et les traditions ?

Exemple : Colette dans Claudine à l’école évoque le sentiment de liberté qu’elle a connu en transgressant les règles imposées par son école et ses traditions.

 

Comment se définit une éducation moderne ?

Exemple : Hannah Arendt, dans un contexte de crise qui invite à repenser l’éducation, cherche à en donner une nouvelle définition, plus adaptée à l’époque et donc plus moderne.

 

Comment le système éducatif peut-il favoriser la justice sociale et l’équité ?

Exemple : en reprenant le schéma de pensée de Rousseau, on peut soutenir que l’éducation, lorsqu’elle apprend aux hommes à réfléchir à la société dans laquelle ils vivent, est un moyen de transformer la société et notamment de la rendre plus égalitaire.

 

Conclusion sur l’éducation

Le programme permet de réfléchir, d’un point de vue historique et littéraire, à l’éducation en tant que simple transmission de connaissances, puis comme moyen d’émancipation. Mais il invite aussi en ouverture à se questionner sur les notions d’équité et de justice sociale, et de leur lien avec celle d’éducation. Dans un souci d’égalité, la marche vers la massification scolaire et la valeur donnée au mérite se sont poursuivies jusqu’à aujourd’hui, au moins en théorie : en réalité, les dérives de la méritocratie sont critiquées et l’inégalité des chances est encore d’actualité. Aujourd’hui, les pistes de solution se tournent vers une action précoce qui passe par une lutte contre les origines de ces inégalités dès les classes de maternelle et primaire.

N’hésitez pas à consulter nos autres fiches sur l’option Histoire, Littérature et Philosophie et bon courage dans vos révisions !

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