engagement politique dans les sociétés démocratiques

SES : Comment expliquer l’engagement politique dans les sociétés démocratiques ?

Selon une étude de la fondation Jean-Jaurès, publié en 2021, seuls 28 % des Français considèrent l’engagement politique comme un moyen efficace pour défendre ses convictions. En effet, c’est un taux très faible, ce qui nous mène à analyser davantage la question de l’engagement politique dans les sociétés démocratiques. 

 

Le droit de vote, première cause d’un véritable engagement politique

L’exercice du droit de vote lors des élections constitue un certain engagement politique, même s’il n’est ni exclusif ni obligatoire. Cependant, cela ne veut pas dire qu’un individu est actif politiquement et, par ailleurs, un individu peut être engagé politiquement sans pour autant exercer son droit de vote.

La distinction entre participation politique conventionnelle et non conventionnelle traduit la priorité donnée aux formes de participation liées à l’élection des représentants. Cette relative délégitimation de la participation non conventionnelle se retrouve dans l’opinion publique. Ainsi, les données issues du Baromètre de la confiance politique du Cevipof montrent qu’en 2018, 55 % des Français considèrent que le vote est l’un des deux moyens permettant le plus efficacement d’influencer les décisions prises, tandis que seuls 42 % choisissent la manifestation et 27 % la grève. Le vote est aussi la forme de participation politique la plus fréquente. En 2017, année pourtant marquée par une abstention relativement forte, 86 % des électeurs inscrits ont voté à au moins un des quatre tours de scrutin. Par comparaison, la signature d’une pétition en ligne, forme de participation non conventionnelle la plus fréquemment déclarée, est citée par 64 % des individus (d’après un sondage paru en 2018 pour le compte de la fondation Jean Jaurès), devant la manifestation (49 % des répondants).

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L’intérêt à se mobiliser des individus peut être limité 

Le sociologue Mancur Olson a mis en évidence le paradoxe de l’action collective : si un individu veut agir de façon purement rationnelle, il n’a a priori pas intérêt à se mobiliser. En effet, la grève induit un coût individuel en temps, en énergie et en argent. Or, si la mobilisation est « gagnée » par les personnes engagées, le gain est collectif. Ainsi, un individu pris isolément a intérêt à se comporter « en passager clandestin » : il ne se mobilise pas et ne supporte donc pas les coûts de la mobilisation, mais il peut, le cas échéant, profiter des bénéfices de la mobilisation menée par les autres. Il y a donc un paradoxe entre l’intérêt collectif et l’intérêt individuel. Or, si tous les individus font ce même raisonnement rationnel, il n’y a pas de grève. 

De ce fait le faible taux de militantisme, c’est-à-dire le fait de participer activement à la défense d’une cause ou d’une idéologie dans le cadre d’un parti politique, d’un syndicat ou d’une association politique (SOS Racisme, Greenpeace, etc.), dans les pays démocratiques pourraient être expliqué par ce paradoxe de l’action collective. En effet, ces dernières années le nombre de grèves annuelles à plutôt tendance à baisser : 114 grèves par an pour la France, 80 pour le Canada, 19 pour le Royaume-Uni et 6 pour les États-Unis, selon une étude de la fondation Hans-Böckler datant de 2019. De même pour l’engagement syndical seuls 11 % des salariés français adhèrent à une organisation syndicale.

 

Quel engagement politique est davantage privilégié de nos jours ?

La consommation engagée, qui passe par l’achat de produits dont la production ou la commercialisation défendent certaines valeurs, ou par le boycott de produits dont la production ou le producteur ne respecterait pas certains principes politiques, sociaux, ou écologiques, est un moyen d’engagement politique favorisé par les société démocratiques, car celui-ci prend moins de temps et d’énergie. En effet, à petite échelle, lors du scandale des Ouïghours en Chine, les consommateurs ont manifesté leur désaccord vis-à-vis de cela. Ainsi, aux États-Unis, cela a abouti à une décision du président Joe Biden : une loi interdisant l’achat de produits qui seraient issus du travail forcé des Ouïghours en Chine. 

L’histoire de la consommation dite « engagée » est ancienne. Le boycott trouve ses origines dans le mouvement d’indépendance américain au XVIIIe siècle ; le développement du commerce équitable prend racine dans les mouvements tiers-mondistes des années 1960-1970. Aujourd’hui, la consommation engagée est surtout associée à la nébuleuse altermondialiste. Ces différentes expressions ont pour dénominateur commun d’émaner d’acteurs qui ne parlent pas au nom des consommateurs (contrairement à des associations de consommateurs) mais utilisent la consommation comme « levier d’action politique » (Balsiger, 2009).

Sophie Dubuisson-Quellier (La consommation engagée, 2009) souligne cependant la particularité de cette forme d’action collective, qui se fonde souvent sur des expressions individualisées. Dans son étude, avec Julien Barrier, de la protestation anti-publicitaire en France, elle s’intéresse à la façon dont s’est progressivement constitué un cadre collectif dans lequel peuvent s’insérer des engagements individuels. Certains acteurs (en particulier autour du collectif Résistance à l’Agression Publicitaire, RAP) ont tissé des liens entre des opérations isolées, en les labellisant ex post comme des actions de protestation antipublicitaire, et en faisant émerger un répertoire d’action spécifique (par exemple, les « barbouillages » d’affiches publicitaires ou les opérations de « déversement de prospectus ». L’essor du mouvement a ensuite été favorisé par ses liens avec des mouvements sociaux plus visibles et/ou institutionnalisés, comme les mouvements écologistes ou féministes, qui ont partiellement repris ces formes d’action.

Nous te conseillons également de jeter un œil au programme de SES de terminale 2022.

 

L’évolution de l’engagement politique dans le temps 

Au XIXe siècle, l’engagement politique renvoie surtout à la participation, pour les travailleurs, aux conflits du travail, portés par les syndicats et liés à la répartition des richesses. Le sociologue Inglehart parle de revendications « matérialistes » portant sur les conditions de vie et les ressources matérielles.

Alain Touraine nous parle des « nouveaux mouvements sociaux » du XXIe siècle. Ces derniers prennent la forme de la défense du sujet, et l’action collective bascule des thèmes économiques vers les thèmes personnels et moraux, tels que la défense de la dignité humaine, le respect des droits de l’homme, la revendication des choix de vie personnels…

Les partis politiques et les syndicats étaient des organisations dans lesquelles les citoyens s’engagaient énormément. Depuis une trentaine d’années, elles connaissent une chute importante du nombre de leurs adhérents, mais leur rôle reste important. Les partis politiques assurent des fonctions essentielles dans la démocratie représentative (sélection des candidats, organisation des campagnes politiques…). Ainsi que les syndicats, qui jouent toujours un rôle clé dans les conflits du travail : organisation des mobilisations (manifestations…), participation aux négociations collectives…

Cependant, dans le cadre des « nouveaux mouvements sociaux », ce sont les associations qui gagnent en adhérents. Des associations, dont le dynamisme contraste avec celui des syndicats et des partis politiques, se mobilisent pour défendre des intérêts communs (des féministes, des malades…) ou des causes variées (respect de l’environnement…). Des groupements plus informels voient le jour et s’organisent via les réseaux sociaux (par exemple : les gilets jaunes). Des groupements de personnes ont même lieu à l’échelle international, comme par exemple l’engagement pour l’environnement de la part des jeunes mené par Greta Thunberg. 

Un effet de génération existe aussi : les générations plus âgées ont été socialisées à la politique dans une période où partis et syndicats étaient plus structurants à l’inverse des jeunes générations.

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