Justice sociale et inégalités

SES : Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ?

Les SES sont une discipline phare du baccalauréat, pour t’accompagner dans l’obtention de la meilleure note possible, nous te proposons aujourd’hui une fiche de révision au sujet de la compatibilité des inégalités et des différentes conceptions de la justice sociale (élément au programme des SES en terminale). À ton stylo ! 

 

Plus de 70% de la population de la planète est confrontée à une augmentation des inégalités, ce qui exacerbe les risques de divisions et entrave le développement économique et social, prévient un nouveau rapport des Nations Unies en janvier 2020. Cela peut être lié à une conception particulière de la justice sociale.

La justice sociale pose la question de ce qu’est une société juste et non pas de ce qu’est une société bonne. La question de la justice sociale a été en effet posée par la philosophie d’inspiration anglo-saxonne, qui s’est émancipée d’une conception plus ancienne (Aristote, Spinoza) fondée sur des principes déontologiques où les jugements de valeur subjectifs portent sur les conceptions d’une vie bonne. La justice sociale, dans la théorie moderne, est un principe qui conduit à privilégier et à promouvoir l’égalité. Toute la question est de savoir de quelle égalité : devant la loi (égalité des droits) ? Égalité des chances ? Égalité des situations ? Il existe donc divers principes de justice au regard desquels telle ou telle situation sera jugée socialement juste ou injuste. Dans les PDEM, depuis les années 1980, l’accent est mis sur l’égalité des chances mais plus sur la lutte contre les inégalités économiques. De plus, l’idée que la redistribution sape la croissance, est devenue dominante. Tout ceci s’est traduit par un creusement généralisé des inégalités économiques. Mais il apparaît que toute amplification de ces inégalités devient un handicap pour la croissance économique.

 

I. La justice sociale en faveurs des inégalités 

A. La recherche de l’efficacité économique induit des inégalités économiques 

  • L’utilitarisme

Ce courant philosophique provient des travaux de Jeremy Bentham au tout début du XIXe siècle. L’utilitarisme cherche ce qui peut produire le plus grand bonheur des membres de la société. L’utilité de chaque individu est jugée de la même importance. L’utilité collective est maximale quand la somme des utilités personnelles est maximale. La  meilleure  option,  lorsqu’un  choix  se  présente,  c’est  l’option  qui  produit  la plus  forte  somme  d’utilités  individuelles. Si pour plus d’égalité, on modifie la répartition des revenus, l’utilité totale peut être inférieure. La redistribution n’est alors pas la meilleure option. L’utilitarisme suppose que l’on peut mesurer le bien-être des individus par leurs utilités, c’est-à-dire : on suppose qu’une utilité mesurable, on parle d’utilité cardinale. La deuxième hypothèse : possible de comparer les niveau d’utilité, c’est-à-dire : de bien-être atteint par les individus.

  • L’économie du bien-être 

Une autre approche de la justice sociale est introduite par les économistes du bien-être, notamment à la suite des travaux de Vilfredo Pareto (1848-1923). Dans The economics of welfare (1920), Arthur Cecil Pigou formalise cette approche de Pareto. L’économie du bien-être est fondée sur l’analyse microéconomique et sur une conception ordinale de l’utilité. Pareto préfère mesurer l’utilité ordinale (par ordre d’importance) plutôt qu’une utilité cardinale (chiffrée). Conformément à la thèse l’homo œconomicus (hypothèse de ce modèle à ne pas oublier), l’individu est rationnel, parfaitement informé, et son action est toujours guidée par la recherche de son intérêt personnel. Il est ainsi possible de définir un optimum social, dit optimum de Pareto (ou parétien). À partir de l’optimum, toute modification des allocations entraîne une perte de bien-être pour au moins un individu. Un optimum de Pareto propose une répartition qui satisfait le plus grand nombre possible d’individus dans une société et tout changement provoquerait une satisfaction moindre. Ce critère entraîne une exigence d’unanimité. Ainsi imposer le moindre sacrifice, ne fut-ce qu’à un individu, n’est pas autorisé dans cette perspective (“ce n’est pas juste”). Optimum de Pareto : situation dans laquelle il est impossible d’augmenter le bien-être d’un agent sans détériorer celui d’un autre.

 

B. La réduction des inégalités économiques peut constituer un frein à l’efficacité économique 

  • La vision d’Hayek

Les inégalités de marché (inégalités marchandes ou encore appelées inégalités brutes) peuvent se répercuter positivement sur la croissance, dans la mesure où elles sont une incitation à l’innovation et au désir d’entreprendre, mais aussi parce qu’elles augmentent le niveau de l’épargne et de l’investissement. Enfin dans les pays pauvres, elles permettent à quelques individus d’accumuler le minimum nécessaire au démarrage d’une activité et à l’obtention d’une éducation convenable.

Cet impact positif des inégalités est mis en évidence par Hayek pour lequel les inégalités sont naturelles, justes et nécessaires.

 

  • La thèse du ruissellement 

La thèse du ruissellement (trickle-down economics) prend de l’importance à partir des années 1980. Les inégalités sont à l’origine d’une stimulation de la croissance profitable à l’ensemble de la société : alléger la pression fiscale sur les plus aisés dope la croissance et par conséquent profite aux plus pauvres. L’image utilisée est celle des cours d’eau qui ne s’accumulent pas au sommet d’une montagne, mais ruissellent vers la base. Les revenus des individus les plus riches sont réinjectés dans l’économie, soit par le biais de leur consommation, soit par celui de l’investissement (notamment via l’épargne), contribuant ainsi, directement ou indirectement, à l’activité économique générale et à l’emploi. L’épargne est d’autant plus élevée que la répartition est inégalitaire, ce qui permet de développer l’investissement productif (parce que la propension marginale à S augmente avec le revenu). De plus, de nouveaux biens voient le jour parce qu’ils sont demandés par les plus riches, lesquels sont disposés à payer des prix très élevés autorisant les entreprises à avoir des taux de marge élevés leur permettant de financer des dépenses de recherche et développement (R&D) très coûteuses. Ces mêmes biens se diffusent pour devenir des biens accessibles au plus grand nombre à mesure que les prix proposés diminuent une fois absorbés les coûts de R&D. Cette thèse repose sur des hypothèses fortes sur la nature des préférences exprimées par les plus riches quant à l’orientation de leur épargne et du type de dépenses qu’ils privilégient. Non seulement l’épargne alimenterait le financement d’investissements productifs, mais les biens du haut de la hiérarchie des besoins seraient des biens nouveaux appelant des dépenses de R&D plutôt que des biens aux caractéristiques ostentatoires.

 

II. Cette vision de la justice sociale est cependant fortement critiquée, la justice sociale devrait réduire les inégalités 

A. Les critiques

  • L’utilitarisme

L’utilitarisme pose des difficultés d’ordre éthique. Dès lors que la politique mise en place réalise la maximisation de l’utilité totale, elle est considérée comme juste. Or, certaines préférences peuvent violer directement les droits individuels, comme par exemple les préférences racistes. 

 

  • L’économie du bien-être 

Des critiques fortes à l’égard du critère de Pareto ont été émises : l’hypothèse de la CPP est peu réaliste, la règle de l’unanimité entraîne un conservatisme potentiel extrême, le pouvoir de veto dont peut jouir une minorité peut conduire à favoriser les intérêts de celle-ci, et surtout l’optimum de Pareto est totalement insensible à la distribution des dotations initiales dans la société. De ce fait un optimum social peut être compatible avec de très fortes inégalités économiques et sociales.

 

B. Concilier efficacité et justice sociale dans la lutte contre les inégalités : l’équité

La publication par John Rawls, en 1971, de la Théorie de la Justice est à l’origine d’une nouvelle conception de la justice sociale, que l’on peut désigner sous différents termes, le plus utilisé aujourd’hui étant « l’égalitarisme libéral ». Les deux termes sont associés, car Rawls s’interroge précisément sur la façon de concilier un souci de justice sociale (réduire les inégalités) avec le respect des libertés individuelles. Il s’agit d’une alternative à l’utilitarisme. Rawls considère que l’utilitarisme ne tient pas en tant que conception démocratique de la justice. Rawls essaie de trouver les conditions dans lesquelles les individus accepteraient un certain niveau d’inégalités dans une société démocratique. 

Pour résoudre ce problème, il fait l’hypothèse du voile d’ignorance : tous les individus sont placés sous un voile d’ignorance. Ils ignorent leurs caractéristiques personnelles et sociales dans la vie réelle (aptitudes intellectuelles, physiques, statut social, valeurs, genre…). Sous ce voile d’ignorance, les contractants doivent choisir ensemble les principes de justice qui régiront la société ; le voile d’ignorance garantit ainsi l’impartialité des principes de justice qui seront choisis. Chacun a intérêt à ce que les principes de justice choisis lui garantissent, quelles que soient ses caractéristiques, l’accès à certains biens fondamentaux, appelés par Rawls, les biens premiers. Ceux-ci regroupent les libertés fondamentales, l’accès aux différentes fonctions de la société, les pouvoirs et avantages liés à des fonctions, les revenus, le respect de soi-même.

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