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SES : le plein-emploi est-il atteignable ?

Dans cet article, nous revenons avec toi sur une notion de ton programme de SES de terminale, le chômage. Nous essaierons de traiter le sujet suivant : le plein-emploi est-il atteignable ?

La notion de chômage est une «  invention récente » (Robert Salais), elle date du XIXème siècle. La catégorie du chômage apparaît à la fin du XIXe siècle. L’existence d’un sous-emploi à l’occasion des crises agricoles n’était pas assimilable à du chômage : les ouvriers n’étaient pas vraiment coupés du monde rural. À partir de la seconde révolution industrielle, le salariat se développe, dépourvu de protection sociale. Le chômage, lors des crises économiques, entraîne des conséquences désastreuses pour les travailleurs, ces derniers ne disposant que de leur force de travail pour s’assurer un revenu. Les réformateurs sociaux se penchent sur la question du chômage, ils cherchent à distinguer les chômeurs de ceux qui ne travaillent pas et à cerner les causes du chômage.

Il faut prendre garde aux comparaisons temporelles des taux de chômage car les statistiques de la période sous-évaluent le chômage parce qu’elles ne prennent pas en compte celui des travailleurs indépendants comme les artisans à domicile, ni celui des façonniers ou des journaliers agricoles.

I. Pour atteindre le plein-emploi il faut agir sur le coût du travail

Le plein-emploi pour les néoclassiques

Les néoclassiques, comme A.C. Pigou, dans Theory of unemployment, en 1933, proposent une représentation du marché du travail reposant sur plusieurs hypothèses, dont celle qui affirme que travail est une marchandise comme une autre.

La demande de travail, représentant le nombre de travailleurs demandés par les entreprises, est décroissante selon le salaire. La rémunération du facteur travail dépend de sa productivité marginale. La productivité marginale décroît quand la quantité de travail employée augmente. Les entreprises embauchent ainsi tant que la productivité marginale est supérieure ou égale au salaire réel.

L’offre de travail, représentant le nombre de personnes qui souhaitent travailler, est croissante avec le salaire. L’analyse microéconomique part du principe que le travailleur doit arbitrer entre les loisirs et le travail. Ce dernier lui procure un revenu qui lui permettra de consommer. Toutes choses égales par ailleurs, une augmentation du salaire horaire va modifier l’arbitrage de l’individu entre travail et loisirs. L’individu augmentera sa quantité de travail pour accroître sa consommation. L’offre de travail est donc une fonction croissante du salaire.

La confrontation entre l’offre et la demande de travail aboutit à l’apparition d’un salaire d’équilibre et d’un niveau d’emploi / quantité de travail d’équilibre, qui est le plein emploi. Si l’offre de travail est supérieure à la demande de travail, la baisse du salaire conduit certains offreurs à sortir du marché du travail et des demandeurs à entrer sur le marché du travail. Un phénomène inverse se produit lorsque la demande est supérieure à l’offre.

Si un déséquilibre persiste, c’est en raison de l’existence de rigidités qui empêchent le salaire de se fixer au niveau d’équilibre. Il s’agit d’un chômage volontaire.

Dans la lignée de ces travaux, on trouve des théories plus récentes mettant l’accent sur ce chômage volontaire. Dans cette perspective, l’existence d’un chômage en économie de marché concurrentielle relèverait donc de l’exogène c’est-à-dire d’obstacles au libre jeu du marché. Jacques Rueff écrit déjà « allocation chômage cause du chômage permanent » en 1931, il expliquait le chômage en particulier britannique par un manque de flexibilité des salaires à la baisse / rigidités à la baisse du fait de la présence d’indemnité chômage.

Lire aussi : La lutte contre le chômage

Exemple d’application de cette vision

L’Allemagne a connu une très forte modération salariale à partir des années 2000. La forte pression qui s’exerce sur les coûts salariaux a pour toile de fond la baisse considérable de la croissance économique après la réunification et la réalisation de l’union monétaire intra-allemande. Entre 1996 et 2005, le taux de croissance du PIB reste systématiquement inférieur à la moyenne de la zone euro ; l’Allemagne devient « l’homme malade de l’Europe ». Le pays connaît une phase de stagnation au début du millénaire, perd en compétitivité, a un taux de chômage qui dépasse les 11% en 2005 et dépasse, entre 2002 et 2005, la limite de 3% du PIB assignée au déficit public par le Pacte de stabilité et de croissance. Ce qui a renversé le rapport de force pour les négociations salariales en faveur des employeurs et une modération salariale va être mise en place.

Cette modération va, d’autre part, s’expliquer par la mise en place des lois Hartz en 2003-2005, visant à la flexibilisation du marché du travail et à la création d’emplois peu rémunérés dans les secteurs les moins compétitifs (en particulier le secteur abrité de la concurrence internationale). Les Mini-Jobs, temps partiels exonérés de charges sociales et assortis de droits sociaux a minima avec un salaire mensuel plafonné. 

II. Mais, une politique sur le coût du travail peut présenter certains dangers, c’est pourquoi il existe d’autres manières d’atteindre le plein-emploi

Une modération salariale de longue durée est susceptible de peser sur la demande intérieure

Des économistes ou des organismes internationaux comme l’OIT ont critiqué la politique allemande de compétitivité par les salaires, y voyant une des causes structurelles de la crise en zone euro. Ils y voient un frein à la croissance européenne. Les coûts du travail allemand ont chuté depuis une décennie par rapport aux concurrents, mettant leur croissance sous pression, avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques.

L’Allemagne continue de générer de larges excédents courants : ces derniers représentent 8 % de son PIB. Ainsi, les déséquilibres au sein de la zone euro résultent pour partie d’une politique non coopérative de la part de l’Allemagne, ce que dénonce Ben Bernanke en 2015, dans son article « Germany’s trade surplus is a problem ».

Ainsi, une hausse des salaires allemands contribuerait à accélérer la reprise dans l’ensemble de la zone euro. Un premier pas a été fait avec l’instauration d’un salaire minimum en 2015. Jens Weidmann, le président Bundesbank s’est lui-même même prononcé en faveur d’une augmentation des salaires allemands

La vision keynésienne

Dans le chapitre XXIV de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), John Maynard Keynes développe une analyse du chômage non fondée sur une théorie du marché du travail. Il s’oppose à la thèse néoclassique du chômage, attribuant l’existence d’un sous-emploi permanent à une cause unique : la rigidité des salaires réels à la baisse (monnaie neutre chez classiques). Les syndicats empêchent la baisse des salaires et le chômage est donc considéré comme « volontaire ».

Pour Keynes, au contraire, le chômage est avant tout « involontaire », c’est-à-dire qu’en l’absence de toute rigidité des salaires à la baisse, le chômage peut subsister, car l’emploi offert est déterminé par le seul niveau de la demande effective, c’est-à-dire de la demande anticipée par les entreprises. Cette dernière détermine le volume de production qu’elles mettent en œuvre et donc l’emploi qu’il requiert. Or rien ne garantit que cette demande effective corresponde à une situation de plein emploi. Il existe ainsi du chômage involontaire même lorsque le marché des biens et services est en équilibre. Il s’agit d’un équilibre de sous-emploi : la demande effective est insuffisante pour assurer le plein-emploi.

Lire aussi : Doit-on tolérer les inégalités économiques ?

 

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