Corrigé du commentaire de texte Bac S/ES 2019

Voici le corrigé de l’épreuve anticipée de Français en 2019 pour les élèves du BAC S et ES. Ce corrigé linéaire vous permettra de voir tout ce qu’il fallait relever dans le commentaire de texte. Il s’agissait de commenter cette année le poème d’Andrée Chédid, Destination : arbre.

En guise d’introduction – Destination : Arbre, Andrée Chedid.

Andrée Chedid est un écrivain français dont l’oeuvre questionne la condition humaine et les liens entre l’homme et le monde. Née en Egypte, elle évoque souvent l’Orient avec beaucoup de sensualité et décrit la guerre du Liban. Elle encourage globalement tous les hommes à accepter et à aimer l’Autre.

Ce poème est écrit en vers libres. Le nombre de syllabes change à chaque vers. C’est un poème fort original dans sa forme qui ne correspond à aucune structure connue.

Analyse linéaire – Destination : Arbre, Andrée Chedid

Parcourir l’Arbre
Se lier aux jardins
Se mêler aux forêts
Plonger au fond des terres
Pour renaître de l’argile

Il est intéressant de voir dans ces cinq premiers vers l’évolution du nombre de syllabes. Le premier vers compte 4 syllabes, le deuxième en compte 5, le troisième 6, et les deux derniers vers de la première strophe en comptent 7. Il y a donc une gradation dans el nombre de verres qui rappelle l’évolution de l’arbre.

L’utilisation de verbes à l’infinitif en tête de vers, dont deux verbes pronominaux donnent au poème une rythmique interne qui compense l’absence de rimes : “parcourir”, “se lier”, “se mêler”, “plonger”, “renaître”. On remarque que ces vers rappellent pratiquement des actes d’une cérémonie tribale : “plonger”, “renaître”, “se lier”. Il y a quelque chose de très visceral et ancien dans ce texte.

Ce caractère visceral se retrouve dans l’utilisation du champ lexical de la nature : “Arbre”, “jardins”, “forêts”, “terres”, “argile”. Là aussi, on remarque une gradation très intéressante. D’une part la gradation croissante d’arbre à forêts (comme si ces arbres se démultipliaient), suivie par une gradation décroissante (terres, argile). La nature se décuple, puis se referme, comme un cycle. Cet aspect cyclique, proche d’un rite est renforcé par le verbe “renaître” du dernier vers de la première strophe.

Le caractère tribal est renforcé par la personnification de l’Arbre. Rappelez-vous des dieux ancestraux dont les statuettes étaient taillés directement à même l’écorce de l’arbre. La majuscule, la place du mot à la fin du vers, ce qui le met visuellement en valeur, permettent de glorifier l’arbre.

L’utilisation de l’article défini contracté avec vers 2, 3 et 4 créé un effet d’assonance en “o”. Sorte de chant tribal qui sort des tréfonds de la terre.

Peu à peu

S’affranchir des sols et des racines

Gravir lentement le fût

Envahir la charpente

Se greffer aux branchages

Remarquons qu’ici les vers se suivent mais ils sont séparés par des sauts à la ligne. Cette particularité formelle doit bien sûr être commentée. Cela permet d’insister notamment sue la lenteur du processus. On remarque ainsi l’utilisation d’adjectifs issus du champ lexical de la lenteur : “peu à peu”, “lenteur”.

Par ailleurs “peu à peu” forme un vers entier. Le vers composé uniquement de trois syllabes, de trois monosyllabes, montre à quel point le processus avance lentement.

Cette lenteur est également renforcée par l’enjambement – puisque l’expression “peu à peu” qualifie tous les vers qui suivent.

Une fois de plus on retrouve une anaphore (répétition en tête de vers) de verbes à l’infinitif. L’utilisation de l’infinitif doit être commentée – cela leur donne un aspect hors du temps. Une fois de plus les verbes appartiennent au champ lexical de l’épreuve et du surpassement de soi : “s’affranchir”, “gravir”, “envahir”, “se greffer”.

Le champ lexical de la nature est une fois de plus présent ici et les mots suivent une nouvelle gradation : du “sol” et des “racines”, le poète remonte jusqu’au “fût” (le tronc de l’arbre), puis la “charpente” et enfin les “branchages”. On passe dans ces quelques vers des racines aux feuilles de l’arbre.

Remarquons par ailleurs l’utilisation du mot charpente qui ne peut être faite que de la main de l’homme. La charpente rappelle une cathédrale. Tout comme le fût peut également signifier la colonne utilisée dans la cathédrale. L’arbre est ici divinisé, décrit comme une cathédrale en construction.

Puis dans un éclat de feuilles
Embrasser l’espace
Résister aux orages
Déchiffrer les soleils
Affronter jour et nuit

Voici un nouveau groupement de 5 vers qui rappellent la première strophe du poème. Remarquons que le premier vers fait 7 syllabes, le deuxième 6, puis les trois derniers 5. On assiste à un effet inverse de la première strophe avec un nombre de syllabes qui diminue au fil des verres.

Remarquons également la préposition “puis” qui relance les vers il montre qu’une action soudaine vient d’arriver. Cette soudaineté est renforcée par le mot “éclat” et l’assonance en “a” dans cette strophe : “éclat”, “embrasser”, “espace”, “orages”, “affronter”. C’est une voyelle ouverte qui se prononce avec force et éclat.

On retrouve cette fois-ci le champ lexical de la météo avec l’utilisation de différents phénomène météorologiques : “espace”, “orages”, “soleils”, “jour, nuit” que subit l’arbre au quotidien. L’utilisation du pluriel pour “soleil” donne également un aspect mystique au poème. L’arbre est ouvertement personnifié dans ce texte dans l’utilisation d’adjectifs qui rappellent des actions très humaines – “embrasser”, “résister”, “déchiffrer”, “affronter”. On retrouve cependant toujours le champ lexical de l’épreuve.

Le pluriel, l’utilisation de l’oxymore “jour” et “nuit” montre à quel point l’arbre est situé hors de l’espace et du temps. Cette impression est renforcée par l’utilisation des tournures infinitives.

Evoquer ensuite
Au cœur d’une métropole
Un arbre un seul
Enclos dans l’asphalte Éloigné des jardins
Orphelin des forêts

Nouvelle strophe de 5 vers qui marque une rupture avec les vers précédents. La transition est faite ici avec l’adverbe “ensuite” et le verbe évoquer. La similitude entre les deux mots – même nombre de syllabes, commencent en “e”, sans consonnes dures – créé un effet de parallélisme qui rappelle un champ à l’oral.

Ici pour la première fois l’arbre semble être ramené dans un espace et dans un temps précis. On le remarque d’une part par l’utilisation d’un cadre spatial précis : “au coeur d’une métropole” (terme très moderne et précis qui tranche avec le vocabulaire utilisé jusqu’ici), “asphalte” (même commentaire), “éloigné”.

Cette fois-ci l’arbre n’est plus rappelé avec une majuscule. On insiste sur son caractère quelconque par la répétition sans utilisation de virgules (on attendrait habituellement ici une apposition) du déterminant indéfini “un”.

L’arbre est caractérisé également par sa solitude : “seul”, “éloigné”, “orphelin”. La juxtaposition de deux vers “Enclos dans l’asphalte Eloigné des jardins” en gardant la majuscule, sans signe de ponctuation créé un effet de contre rejet. L’arbre ne peut pas se libérer de l’asphalte, il est comme englué dans cet espace métropolitain dont il ne peut s’échapper.

On retrouve cette fois-ci la gradation dans l’autre sens – arbre / jardins / forêts. Pour montrer à quel point cette nature autrefois si proche, est désormais éloignée de lui.

Un arbre

Au tronc rêche

Aux branches taries

Aux feuilles longuement éteintes

Vers très intéressant parce que par leur forme même grâce à l’augmentation progressive du nombre de syllabes dessine une forme d’arbre. Cela rappelle les calligrammes de Guillaume Apollinaire.

On retrouve l’indéfini et la minuscule pour qualifier l’arbre qui a perdu sa grandeur naturelle.

Cette décomposition de l’arbre est renforcée par l’utilisation d’adjectifs péjoratifs : “rêche”, “taries”, “éteintes”. Au lieu de s’élever vers les sommets de l’arbre décrit comme une cathédrale, le lecteur est invité ici à en descendre pour voir un arbre en décomposition.

On retrouve par ailleurs le “longuement” et la construction de la strophe similaire à la deuxième avec les nombreux espaces entre les vers qui insistent sur la lenteur du processus. L’arbre est comme englué dans sa propre perdition. Cette déchéance est pathétique.

S’unir à cette soif
Rejoindre cette retraite
Ecouter ces appels

Cette nouvelle strophe, commence par un verbe pronominal “s’unir” qui renforce la portée des verbes du champ lexical de l’union utilisés ici : “s’unir”, “rejoindre”, “écouter”.

Remarquons l’utilisation du déterminant démonstration “cette” et “ces” qui raisonne comme une supplication dans le poème. Le poète vient de nous montrer la déchéance pathétique de l’arbre. A nous de l’aider à se relever.

L’arbre est personnifié ici par l’utilisation des mots “soif”, “retraite”, et “appel”, il est dépeint comme une personne en besoin, qu’il faut impérativement aider.

Sentir sous l’écorce
Captives mais invincibles
La montée des sèves
La pression des bourgeons
Semblables aux rêves tenaces
Qui fortifient nos vies

Pour la première fois, les verbes ne sont plus répétés au début de chaque vers. Ici seul le premier vers lance la longue phrase qui va suivre par l’effet d’enjambement. Cet enjambement donne encore plus d’urgence au texte.

Remarquons que le vocabulaire utilisé ici appartient au champ lexical de la révolte (presque de la révolte politique) : “captives”, “invincibles”, “montée des sèves”, “pression des bourgeons”, “tenaces”, “fortifient”. Cela rappelle la célèbre excipit de Zola, Germinal.

Et, sous ses pieds, les coups profonds, les coups obstinés des rivelaines continuaient. Les camarades étaient tous là, il les entendait le suivre à chaque enjambée. N’était-ce pas la Maheude, sous cette pièce de betteraves, l’échine cassée, dont le souffle montait si rauque, accompagné par le ronflement du ventilateur ? À gauche, à droite, plus loin, il croyait en reconnaître d’autres, sous les blés, les haies vives, les jeunes arbres. Maintenant, en plein ciel, le soleil d’avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. De toutes parts, des graines se gonflaient, s’allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d’un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s’épandait en un grand baiser.
Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s’ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l’astre, par cette matinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre.

Comme si nous, lecteurs, nous devions aussi nous joindre à cette révolte pour libérer l’arbre et faire éclater la terre.

Cela est renforcé par l’utilisation du pronom à la première personne du pluriel : “nos”. Nous sommes directement concernés pas cette lutte.

Cheminer d’arbre en arbre
Explorant l’éphémère
Aller d’arbre en arbre
Dépistant la durée.

Deux verres très similaires ici rappellent le titre du poème “destination : arbre” : “Cheminer d’arbre en arbre” et “aller d’arbre en arbre”. Cheminer et aller sont des synonymes.

De même l’opposition entre “durée” et “éphémère” est mise en valeur ici grâce à un parallélisme de construction. L’arbre est ici présenté comme un objet à défendre, à sauver pour lui permettre de survivre au temps et de retrouver sa dimension atemporelle.

Ephémère et durée sont par ailleurs mis en valeur par l’assonance en “e” dans le deuxième vers et l’allitération en “d” dans le dernier vers.

Problématiser et construire un plan

Il faudrait montrer que dans le commentaire comment ce poème très engagé raisonne comme un appel. Il faut s’éveiller et passer à l’action pour sauver la nature.

I – D’une nature atemporelle

A) Un poème hors du temps et de l’espace (un arbre qui se bat au quotidien pour sa survie dans un monde hostile)

B) Un arbre divinisé et personnifié

C) Un poème aux rythmes ancestraux

II – Un arbre enfermé

A) De l’allégorie à l’effacement (utilisation de l’indeterminé ; description pathétique)

B) Un arbre enfermé dans un espace urbain

C) La structure poétique déformée (le fameux vers sur le même vers / gradation inversée)

III – Un arbre qui doit être sauvé

A) Le sens des verbes à l’infinitif (un cri à la révolte) et l’implication du locuteur

B) L’arbre personnifié et dépeint comme une personne dans le besoin

C) Un appel à l’aide qui doit être attendu (la dimension politique du poème)

Il était possible d’ouvrir justement sur l’excipit de Germinal de Zola. L’écologie est un combat majeur aujourd’hui, un appel qu’il faut entendre, un défi qu’il faut relever sans plus tarder.

Si dès à présent vous souhaitez connaître les notes nécessaires pour obtenir une mention l’année prochaine, n’hésitez pas à utiliser notre simulateur de moyenne au bac !

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