Commentaire composé – Anatole France, Eloge funèbre d’Emile Zola

 

Voici le corrigé du commentaire d’un texte proposé aux annales du bac de français 2016, l’Eloge funèbre d’Emile Zola. Les annales portaient sur le genre de l’argumentation. Plusieurs éloges étaient proposés. Pour consulter le sujet, c’est par ici. Pour lire le corrigé de la question de corpus, c’est par .

 

Avant toute chose

Avant de commencer à rédiger le commentaire composé du texte d’Anatole France, l’Eloge funèbre d’Emile Zola, il est conseillé dans un premier temps de procéder à plusieurs lectures du texte pour bien en saisir le contenu. Voici un exemple de lecture analytique possible du texte d’Anatole France pour vous aider à rédiger votre commentaire compose.

 

Lecture analytique de l’Eloge funèbre d’Emile Zola d’Anatole France

Messieurs,

Rendant à Émile Zola au nom de ses amis les honneurs qui lui sont dus, je ferai taire ma douleur et la leur. Ce n’est pas par des plaintes et des lamentations qu’il convient de célébrer ceux qui laissent une grande mémoire, c’est par de mâles louanges et par la sincère image de leur œuvre et de leur vie.

  • Un discours qui s’adresse à un groupe de collègues, écrivains proches d’Emile Zola.
  • Il est éminemment personnel – la modélisation est ici très forte à cause de l’utilisation de la première personne du singulier (« ma douleur », « je ») et du présent de narration.
  • Deux genres argumentatifs s’opposent ici dès le premier paragraphe : le genre pathétique (plaintes et lamentations) et le genre élégiaque (louanges).
  • Dans ce discours s’opposent également la vie et la mort : les louanges et les plaintes sont réservés aux morts tandis qu’ici est célébrée l’image de la vie et de l’oeuvre de l’écrivain.

 

 

L’œuvre littéraire de Zola est immense. Vous venez d’entendre le président de la Société des gens de lettres en définir le caractère avec une admirable précision. Vous avez entendu le ministre de l’Instruction publique en développer éloquemment le sens intellectuel et moral. Permettez qu’à mon tour je la considère un moment devant vous.

  • Une fois de plus le discours est fortement modalisé par l’utilisation de la première personne et l’adresse directe aux locuteurs.
  • On apprend quels sont les discours prononcés avant le discours d’Anatole France – ce sont des personnages très importants de la vie politique et littéraire, venus rendre l’honneur à un grand écrivain.
  • Anatole France pose d’ores et déjà la thématique de son discours – il sera question de l’oeuvre de Zola. Plusieurs interprétations et louanges en sont possibles. L’homme de lettres (le présent de la Société des gens de lettres) décrit avec précision la portée technique et littéraire de l’oeuvre de Zola, l’homme politique (le ministre de l’Instruction publique) en décèle le caractère intellectuel et moral. Anatole France, en tant qu’ami et écrivain pourra porter son propre regard sur l’oeuvre de Zola.
  • La position du locuteur est donc très importante dans le discours.

 

 

Messieurs, lorsqu’on la voyait s’élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise.

  • Nouvelle adresse à l’auditoire.
  • Côté monumental de l’oeuvre – Cette oeuvre, le COD de la phrase est placé au milieu de la phrase. Cela permet de mettre ce nom encore plus en avant. Par ailleurs l’expression « pierre par pierre » rappelle le coté monumental de l’oeuvre, érigée comme une immense statue.
  • L’oeuvre bâtie sous nos yeux – relevez ici le verbe du champ lexical de l’observation (« voyait », « mesurait », « grandeur », « surprise ») et l’utilisation du déterminant démonstratif « cette ».

 

 

On admirait, on s’étonnait, on louait, on blâmait. Louanges et blâmes étaient poussés avec une égale véhémence. On fit parfois au puissant écrivain je le sais par moi-même des reproches sincères, et pourtant injustes. Les invectives et les apologies s’entremêlaient. Et l’œuvre allait grandissant.

Ce passage a des résonances quasi poétiques.

  • Une description hyperbolique : accumulation de verbes d’émotion (admirer, s’étonner, louer, blâmer), utilisation de l’imparfait de description qui inscrit l’action dans la durée qui souligne la durée de l’action, utilisation d’adjectifs laudatif (puissant, sincère).
  • Un oeuvre qui divise, l’importance de l’opposition dialectique : louange / blâme, louait / blâmait, invectives / apologies, sincère / injustes. C’est un écrivain qui divise tant son oeuvre est complexe et transcendante.
  • Un discours toujours fortement moralisé : « je le sais par moi-même », utilisation presque pléonastique de la première personne « je » puis « moi-même », utilisation du présent de l’énonciation dans un discours au passé.
  • Utilisation de la troisième personne impersonnelle « on » qui donne au texte un aspect de vérité générale.
  • La syntaxe poétique : utilisation de la voix passive et de la personnalisation pour placer « louanges et blâmes » et « les invectives et les apologies » en tête de phrase. Utilisation de la conjonction de coordination « et » en début de phrase à la fin du paragraphe qui confère un rend la répétition infinie.

 

 

Aujourd’hui qu’on en découvre dans son entier la forme colossale, on reconnaît aussi l’esprit dont elle est pleine. C’est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la candeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d’une main rude et vertueuse.

  • Un discours toujours moralisé : utilisation d’ « aujourd’hui » qui ancre le discours dans la situation d’énonciation.
  • Caractère hyperbolique de l’oeuvre de Zola : forme colossale, pleine, grandes âmes, profondément.
  • Champ lexical de la bonté : « bon », « bonté », « candeur », « simplicité », « moral », « vertueuse ».
  • Utilisation du présent de vérité générale dans une phrase simple :  « C’est un esprit de bonté. Zola est bon. ».

 

 

Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d’une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l’intelligence et de la justice.

  • Forme poétique : remarquez l’assonance en s « son pessimisme », « sombre ».
  • Opposition entre pessimisme et optimisme et foi.
  • Retour des valeurs : intelligence, justice, qui font écho à la vertu et à la morale des phrases précédentes.

 

 

Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d’une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l’argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s’efforça de lui montrer les servitudes de l’ignorance, les dangers de l’alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra.

  • L’écrivain, un être de combat : champ lexical du combat (« poursuivit », « sans défense », « oppression », « combattit ».
  • Utilisation de la forme hyperbolique « toutes les oppressions, toutes les misères, toutes les hontes », partout, « jamais »
  • Parallélismes de construction hyperboliques : « il combattit le mal du temps. », « Il combattit le mal social partout ».
  • Utilisation d’accumulations hyperboliques : basse, nuisible, oisive, frivole …
  • Désignation de problèmes très concrets de la société : la puissance de l’argent, les dangers de l’alcool, les servitudes de l’ignorance, le mal social, aristocratie. C’est un discours ancré dans les problèmes politiques de son temps.
  • Qualification du naturalisme : « des études sociales ».

 

 

Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l’humanité. Il s’efforça de deviner et de prévoir une société meilleure. […]

  • Opposition une fois de plus entre l’amour et la haine. Le combat haineux est mené au nom de l’amour du peuple, de l’humanité.
  • Suivi d’un ordre chronologie de l’oeuvre : « dans ses derniers livres ».
  • Deviner : le rôle du poète est de s’élever au-dessus des hommes pour les mener vers de lendemains meilleurs (le rôle prophétique)
  • Prévoir : le rôle du romancier, comme écrivain social, qui dénonce les défauts de la société actuelle pour construire une meilleure société demain.
  • Le choix du verbe « s’efforcer » montre le défi que cette dualité représente pour l’écrivain.

 

Ce qu’il faut faire dans votre brouillon

  • Commencez par procéder à une première lecture l’Eloge funèbre d’Emile Zola. Normalement, si vous avez déjà traité la question de corpus, cette étape doit être rapide.
  • Numérotez bien les lignes : cela vous fera gagner beaucoup de temps lors de votre relevé.
  • Reprenez le texte ligne d’Emile Zola ligne par ligne ou paragraphe par paraphe et notez les différentes idées d’analyse qui vous viennent à l’esprit. Cette étape est très importante. Au lieu de lire le texte avec un plan et une problématique déjà à l’esprit, déduits d’une seule lecture du texte et potentiellement erronés, vous vous concentrerez vraiment sur ce que l’écrivain essaye de vous dire.

 

Le plan du commentaire de l’Eloge funèbre d’Emile Zola

Ce qu’il faut déduire de votre lecture analytique

Même si le travail préparatoire le plus important a été fait, le moment décisif c’est maintenant. Vous avez analysé le texte ligne par ligne. Vous voyez comment commenter l’Eloge funèbre d’Emile Zola. Maintenant, il faut établir une problématique et un plan. Attention, il n’y a pas un seul plan, ni une seule problématique. Veillez simplement à avoir des parties équilibrées, de préférence trois parties, avec une introduction et une conclusion rédigées en avance, et trois exemples (du texte) pour chaque partie. A vous de jouer maintenant pour trouver la problématique la plus pertinente, celle qui vous permettra de dégager trois grands axes de commentaire.

 

Quelques conseils pour construire un plan

Pour commenter n’importe quel texte littéraire, pensez à une règle très simple.

  1. La première partie de tout commentaire est toujours banale, c’est de la récitation de cours. Vous avez devant vous un éloge, l’Eloge funèbre d’Emile Zola. Parlez-en dans votre première partie ! Montrez bien tout simplement qu’il s’agit d’un éloge, d’un discours prononcé devant un auditoire par un écrivain contemporain qui a un statut particulier au sein de la société. Montrez que le texte est écrit à la première personne, au présent de l’énonciation, qu’il s’adresse à un auditoire précis. Des choses évidentes, simples, qui ont tout à fait leur place dans une première partie.
  2. La deuxième partie de tout commentaire littéraire creuse toujours un peu plus les idées de la première partie tout en restant aussi très simple. Ici Anatole France fait l’éloge d’Emile Zola. La deuxième partie pouvait tout naturellement porter sur la manière dont Emile Zola est décrit et présenté dans le texte. L’occasion ici de parler du langage poétique (tout en faisant ainsi un lien avec la première partie – parce que l’énonciateur est un poète, le texte est poétique), l’occasion ici de parler de ses caractéristiques morales (de relever avec précision les divers champs lexicaux) et enfin de son oeuvre monumentale.
  3. La troisième partie va toujours plus loin. L’objectif ici est d’être plus créatif, plus engagé, plus inventif. Mais attention, ne faites surtout pas un hors sujet. Parlez par exemple de l’opposition du passé et du présent qui règne dans ce texte, de la division de la société profonde qui est décrite ici et de l’impact de l’oeuvre naturaliste sur ces contemporains dans un contexte toujours agité. Le but est de prendre un peu de distance par rapport au texte. Tel un grand écrivain, prenez du recul et révélez à l’examinateur la vérité profonde du texte. Attention cependant aux envolées lyriques, restez bien dans les clous, c’est un examen, le but est avant tout de répondre aux attentes du correcteur.

 

Pour avoir une excellente note

C’est un examen ! Pensez à votre correcteur, une grille sous la main, qui regarde avant tout que vous cochez bien toutes les cases. L’Eloge funèbre d’Emile Zola n’est pas une exception.

  • Toujours avoir une introduction claire, écrite à l’avance
  • Toujours avoir une conclusion claire, écrite à l’avance
  • Sauter une ligne entre chaque partie
  • Toujours respecter l’alinéa
  • Toujours citer le texte entre les guillemets
  • Toujours préciser la ligne entre parenthèses
  • Toujours souligner le nom de l’oeuvre
  • Toujours être précis dans les relevés : on recopie bien le texte, on précise bien ce qu’on relève. Par exemple, un correcteur n’en aura rien à faire que vous releviez dans le texte une longue phrase pour justifier qu’Emile Zola est un écrivain combattif. Non. Relevez les différents mots appartenant au champ lexical du combat, écrivez noir sur blanc, Anatole France utilise des verbes appartenant au champ lexical du combat (donnez le relevé avec les lignes entre parenthèses), il démontre ainsi le zèle et le naturel combatif de l’écrivain.
  • Ne jamais citer en vain – toujours citer pour démontrer quelque chose. Appuyer chaque citation par une idée, et accompagner chaque idée d’une citation.
  • Relisez vous !
  • N’inventez rien, n’essayez pas de faire des liens avec des textes qui n’ont rien à avoir, le devoir doit être soigné, précis et bien rédigé. Si vous faites cela, vous aurez une excellente note. Vous pourrez toujours briller plus tard dans les études supérieures, où votre objectif sera de vous démarquer des autres candidats, d’être meilleur que les autre, ici il faut simplement montrer que vous savez ce qui est attendu de vous et que vous cochez toutes les cases.

 

N’hésitez pas à consulter d’autres corrigés de commentaires de textes, notamment le commentaire rédigé du Lac de Lamartine pour prolonger vos réflexions.

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