Le Lac, Lamartine – Commentaire rédigé

Pour bien comprendre ce qui est attendu de vous, voici un commentaire rédigé du Lac de Lamartine. Vous pouvez trouver le brouillon de commentaire ici.

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Introduction, Le Lac, Lamartine

          Le Lac de Lamartine est le dixième poème du recueil les Méditations poétiques publié en 1820. Le lac évoqué ici est le lac du Bourget à Aix-les Bains en Savoie. Ce lac a beaucoup d’importance pour le poète : c’est ici qu’il avait sauvé de la noyade une femme dont il tomba éperdument amoureux. De retour auprès de ce lac, il compose ses méditations pour essayer de retrouver des souvenirs perdus dans un poème où se mêlent les registres lyrique et tragique.  Cette élégie, composée de quatorze quatrains, formés d’alexandrins et d’hexasyllabes traite donc d’une thématique souvent abordée dans la poésie lyrique : l’inexorable fuite du temps, face à laquelle l’humain est impuissant. Comment ce poème lyrique se mue-t-il en méditation philosophique ? Nous montrerons qu’il s’agit d’un poème lyrique, où coexistent plusieurs temporalités qui soulignent le tragique de l’inexorable fuite du temps.

Ce qu’il faut faire :

  • Poser le contexte : auteur, œuvre, date précise
  • Qualifier le poème : élégie / quatrains / alexandrins et hexasyllabes
  • Montrer la thématique principale du poème (en resituant ce poème dans le contexte de l’histoire littéraire)
  • Introduire la thématique
  • Présenter son plan

Ce qu’on n’a pas fait :

  • Commenter ce qu’on fait !!! Pire erreur : « Je dois commenter un poème. Le poème que j’ai devant moi parle de … (un poème ne parle pas hein !), je dois traiter la problématique suivante …

On peut se permettre d’être un peu plus clair dans la présentation de son plan à l’oral, pour ne pas perdre l’examinateur, mais jamais à l’écrit. L’examinateur par contre n’a pas le plan sous les yeux, il est humain, il peut décrocher à tout moment, avoir un plan sous les yeux qu’il aura bien noté en écoutant le candidat l’aidera beaucoup à se repérer.

  • Être allusif dans ses références
  • Être trop général dans sa présentation du poème : « c’est un poème romantique », « c’est un poète du XIXème siècle »

I – Le Lac, un poème lyrique, fortement modalisé

Idée 1 : Le Lac appartient au registre lyrique

Le poème Le Lac de Lamartine est appartient au registre lyrique. On le voit tout d’abord dans l’omniprésence de la première personne du singulier et du pluriel (vers 7, « Je », « nous » (v. 3, 13, 41, 47).

La modalisation est renforcée par l’utilisation de phrases interrogatives (v. 4, 13, 40, 41, 42, 44, 46, 48)  et exclamatives (V. 5, 7, 8, 21, 22, 24, 33, 34, 36, 49, 52, 56, 60, 64), renforcés par l’emploi d’interjections (« Hé quoi ! » v. 41, 42) et des tournures impératives (« Suspends » (v. 21), « Coulez » (v. 26), « Oubliez » (v. 28), « Sois » (v. 31), « Aimons » (v. 33), « Hâtons-nous, jouissons ! » (v. 34)).

Idée 2 : Le Lac, un dialogue du poète avec la Nature

Ce poème n’est ainsi pas seulement le récit des souvenirs du poètes, mais avant tout un dialogue entre le poète et la nature. L’omniprésence de la deuxième personne du singulier (« tu », v. 8, 9, 10…) montre qu’un véritable dialogue sans réponse s’installe entre le lac et le poète (« ô lac ! », V.5).

La présence de la nature est à ce titre très importante dans ce poème. Le champ lexical de la nature est très présent (« lac » (v. 5), « vent » (v. 11), « rochers, grottes, forêt » (v. 49), « nature » (v. 51), « eaux » (v. 56), « roseau » (v. 61)). Ce champ lexical est très bucolique et renforce la dimension lyrique du poème.

Idée 3 : Le Lac, une tentative de dialoguer avec sa Bien-aimée

Dans ce poème, plusieurs temporalités coexistent. Dès la deuxième strophe, c’est la temporalité du narrateur qui est dominante – le poète utilise alors le présent (« je viens » v. 7 et le passé composé « a fini » v. 5). Le lac lui permet de se remémorer son passé, marqué par l’utilisation de l’imparfait, un temps du récit, « nous voguions » (v. 13), « brisais » (v. 10) et du passé simple « frappèrent ». C’est dans ce passé remémoré par le poète que résonne la voix de sa bien-aimé sous la forme d’un discours direct (du vers 21 au vers 36). L’utilisation du discours direct plonge le lecteur dans les souvenir du poète. Ce discours absolument central (tant par le contenu que par la forme) annonce la conclusion du poème : « Ils ont aimé ! ».

Transition (uniquement à l’écrit)

Cette tentation se révèle d’autant plus être un échec, que le poète ne trouve aucun écho à ses plaintes. Il est seul face à lui-même.

 

Ce qu’il faut faire dans une première partie :

  • Partir du commentaire le plus évident : commenter la forme du poème, la situation d’énonciation, la modalisation …
  • Faire appel au BABA des connaissances requises : la modalisation, la narration, les formes de discours, la ponctuation …
  • Bien citer les lignes à chaque fois
  • Suivre d’abord au brouillon puis à l’écrit toujours la même structure : Idée ou argument / exemple précis (avec la ligne exacte)
  • Avoir une évolution dans ses idées : ne pas juxtaposer des points de commentiare

 

 

II – Le Lac, un poète enfermé dans sa solitude

Idée 1 : Solitude face à sa bien-aimée

Cette solitude est mise en avant par la forme du poème : dans la deuxième strophe, le poète évoque sa solitude au vers 7 : « Je viens seul m’asseoir sur cette pierre. » – ce vers, qui le décrit lui, est comme isolé du reste du poème. Il n’est jamais question au même vers de sa bien-aimé et de lui-même, il est toujours même formellement séparé d’elle, comme exilé dans sa solitude.

L’Amour est d’autant plus généralisé ici, le nom de la bien-aimée, ou ne serait-ce que ses traits moraux ou physiques ne sont jamais cités, elle est qualifiée soit par le pronom personnel à la troisième personne « elle » (v. 6) ou encore le déterminant personnel « ses ». Seul signe d’affection – l’adjectif « adorés » et la périphrase « la voix qui m’est chère » (v. 19).

Idée 2 : Solitude face à la Nature

La nature est par ainsi caractérisée par son silence et son impénétrabilité : « en silence » (v. 13), « rochers muets » (v. 49), « obscure » v. 49), « nuit » (v. 51). Le poète est ainsi « seul » face à la nature qui ne répond pas à ses lamentations.

Elle est également décrite comme violente et impitoyable. La troisième strophe se caractérise ainsi par une violence inouïe : « brisais » (v.10), « jetait », (v. 11), “déchirés” (v.10), renforcée par l’allitération en « r ». 

Idée 3 : Pourtant seul l’amour peut le sauver de sa solitude

Ce poème est aussi lyrique à cause de l’omniprésence de la thématique amoureuse. Le poète est revenu se rappeler de sa bien-aimée. Le champ lexical de l’amour est ainsi utilisé tout au long du poème : « délices » (v. 23), « aimons donc » (v. 33), « ivresse » (v. 37), « l’amour » (v. 38), « ils ont aimé » (v. 64).

Pourtant une fois que cette violence se heurte aux « pieds adorés », elle laisse place à l’harmonie à la strophe suivante : « l’écume », (v. 11) laisse place à « l’onde » (v. 14) et aux « flots harmonieux ». Le champ lexical de l’harmonie et du calme sont très marquants : « harmonieux », « en cadence », « en silence ». Par ailleurs l’allitération en « r » laisse ici place à l’assonance en « o » et « e » …

 

Transition :

Seul l’amour est ainsi capable d’instaurer le calme et l’harmonie, tout en emmenant la paix dans un monde dévasté.

Ce qu’on a fait :

  • Aller plus loin dans le raisonnement : proposer des analyses plus complexes du poème.
  • Bien relever le champ lexical avec les lignes et les citations exactes
  • Avoir une évolution dans ses idées : ne jamais rien juxtaposer ou essayer de caser.

III – L’impuissance de l’homme face au temps

Idée 1 : Le poète cherche à redonner vie au passé

 Redonner vie au passé est l’enjeu principal du poème. Le champ lexical du temps est omniprésent : « éternelle » v. 2, « âges » v. 3, « temps » (v. 21, v. 30, v. 37, v. 43), « heures » (v. 21), « jours » (v. 24), « moments » (v. 29), « le temps » (v. 30), « l’heure fugitive » (v. 33), « lente » (v. 31), « hâtons-nous » (v. 34). Dans le choix des adjectifs et des verbes, on peut remarquer d’ores et déjà une opposition entre la rapidité et la lenteur du temps, entre l’éternité et les moments.

Idée 2 : Le poète impuissant face au temps

Cependant, malgré ses supplications, quelle que soit la temporalité dans laquelle le poète se place, la nature reste impénétrable. L’impuissance du poète est tou d’abord exprimée par l’utilisation des participes passés ( “poussés” (v. 1), “emportés” (v. 3), “déchirés” (v. 10), “passés” (v. 42), “perdus” (v. 45) …). Le participe passé souligne que l’action a été révolue dans le temps. Il est impossible de revenir en arrière et de la défaire. Le pathos est d’autant plus renforcé aux vers 43 – 48 : en plus d’utiliser des participes passés, le poète recourt à des adverbes qui soulignent l’irrévocabilité de l’action (jamais, tout entier) et à des formes négatives (ne plus).

Idée 3 : L’humanité impuissante face au temps

Mais le poète n’est pas le seul à lutter contre le temps. L’intervention de sa bien aimée, qui déforme la structure du poème par la récurrence de vers coupés à la première hémistiche (v. 22, v. 28) ne peut convaincre le temps de s’arrêter. Comme le montre la conjonction de coordination « mais » au vers 45, l’homme est impuissant face au temps : « en vain ». Au contraire, le temps se moque de l’homme en s’accélérant. Au vers 31, l’effet de contre rejet place l’aurore au même vers que la nuit, créant ainsi entre les deux une continuité irrévocable. L’utilisation du futur proche au vers 32 avec le verbe “va”, placé en tête du vers, montre d’autant plus que les supplications de la jeune femme n’auront aucun impact sur l’avenir immédiat des personnages.

L’omniprésence du champ lexical de l’eau (à appuyer ici une fois de plus par un relevé précis de mots issus de ce champ lexical dans le poème, en précisant à chaque fois le vers) permet de filer la métaphore du temps. la métaphore filée de la vie et du temps (« l’océan des âges » v. 3), thématique du « tempus fugit » (la fuite du temps) sur laquelle l’homme n’a aucune emprise commence ainsi dès le début du poème.

Ce qu’on a fait :

  • Essayer d’aller plus loin dans la dernière sous-partie en élargissant le poème à la notion du tempus fugit
  • Proposer des analyses plus risquées et plus poussées du poème
  • Garder la cohérence de la construction

 

Ouverture

Ce poème romantique est admirable par sa forme et sa longueur. Cependant, Lamartine s’inscrit ici dans une longue tradition poétique du “tempus fugit“. Le poème n’est pas sans rappeler le célèbre sonnet de Ronsard : “Mignonne, allons vois si la rose”, qui portait une reflexion similaire sur l’impuissance de l’homme face au temps, en choisissant de développer une métaphore filée comparant la vie à la rose.

En guise d’ouverture : Le but est de rester cohérent avec votre raisonnement. N’essayez pas de caser des références. Restez cohérents !

Remarque générale :

Vous avez bien remarqué qu’on n’a pas essayé ici de caser absolument toutes les remarques relevées au brouillon ! Elles servent vraiment de premier jet pour construire une argumentation équilibrée, qui répond à la problématique posée.

 

Relisez bien ce commentaire, imprégnez-vous bien des remarques de méthodologie et n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil à d’autres commentaires postés sur le site.