Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ?

Avant de commencer cette analyse sur les relations entre le travail de l’écrivain et la supposée grandeur de l’être humain, voici quelques astuces pour réussir ta dissertation.

Conseils méthodologiques sur la dissertation :

surligner les mots clefs avec un code couleur

noter, pour chaque mot clef, tout ce à quoi ça nous fait penser (faire des rappels avec le code couleur). En donner une définition (dans le contexte), des exemples, des synonymes et antonymes. En bref, tout ce qui nous vient.

Mettre en relation les termes et voir ce que ça donne, les points qui se recoupent, les divergences, les questions soulevées. De cette mise en relation des termes doivent apparaître les paradoxes.  

-Bien penser à donner des exemples pour chaque argument et citer les exemples pour appuyer l’argumentation.

 

Pour la structure de la dissertation :

I- la réponse la plus évidente à la question/affirmation posée, ce que l’on répondrait instinctivement et qui peut être appuyé par des éléments que l’on a noté sur le brouillon.

II- le.s paradoxe.s, les éléments qui posent problème, il peut être intéressant de rebondir sur les premiers arguments avancés en première partie pour adopter un autre point de vue et mettre en évidence leur aspect problématique et les paradoxes soulevés. Ne pas se contredire tout de même.

III- Essayer de dépasser le.s paradoxe.s donnée en deuxième partie, ne pas rester bloqué dans une impasse. Plusieurs possibilités : développer sur un sens secondaire d’un terme clef pour adopter un autre filtre d’analyse, étudier la position d’un acteur secondaire dans l’énoncé, jouer sur le pluriel/singulier etc. Une partie en général très personnelle, faite sur mesure par rapport à l’objet d’étude et au sujet qui rédige l’analyse.

 

Pour la structure de chaque partie :

1. l’argument résumé en une ou deux phrases

2. développement de l’argumentation

3. appui de l’argument grâce à un exemple et une/des citations

4. une petite phrase conclusive sur l’argument développé et sur l’exemple pris.

-Remarques plus spécifiques : bien penser à s’aider des différents sens des mots clefs pour avancer dans l’argumentation et la structurer, utiliser des mots de liaison (Exemple : Tout d’abord, ensuite, enfin, toutefois, cependant, en revanche, de plus, de même…) pour structurer la dissertation, être bien clair et rigoureux dans la démonstration.

 

 

Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ?

Mots-clefs : les écrivains (pluriel), mission, essentielle, célébrer, grandeur, être humain au singulier.

Les écrivains : les personnes qui écrivent, dans  le champ de la littérature. Au pluriel. Exemples : Victor Hugo, Jean-Jacques Rousseau, Jean Racine.

Mission essentielle : un but unique et majeur, le plus important des buts. La mission peut être définie comme un but, un objectif mais aussi une responsabilité, un devoir. L’adjectif essentiel insiste sur l’aspect nécessaire de la mission (il est essentiel de faire ceci) et sur son caractère naturel (l’essence de quelque chose désigne sa nature). Problème : Les écrivains ont-ils UNE mission essentielle ? « Célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain » est-ce une responsabilité, un devoir ou même un but ?

Célébrer : faire l’éloge de quelque chose, le mettre en lumière, le souligner et en faire une description méliorative (exemple : célébrer sa muse). Cela peut adorer jusqu’à l’adoration (exemple : célébrer Dieu). Ce verbe peut aussi avoir le sens d’une commémoration, d’une fête (exemple : célébrer la fête national, l’Armistice).

Ce qui fait la grandeur : ce qui rend quelque chose ou quelqu’un grand, important, noble et de qualité. Importance du substantif « grandeur » : associé à des objets, il se réfère à la taille ; mais associé à des êtres vivants il faire référence à la grandeur d’âme, à la valeur morale, à la grande réputation, à la noblesse d’esprit ( « un grand homme », exemple : Jean Jaurès, Pierre Curie, Victor Hugo…). C’est la beauté, les qualités de l’être en question qui apparaissent dans le  terme « grandeur ». Problème : les êtres humains se réduisent-ils à leur valeur morale, à leur grandeur ? L’usage du singulier « grandeur » n’est-il pas problématique ? L’homme a-t-il une seule grandeur ?

L’être humain : au singulier, désigne l’être humain en général, universel. Une manière de désigner l’humanité toute entière dans un terme qui suggère l’unité, la globalité. Problème : L’usage du singulier n’est-il pas problématique ? Les hommes sont-ils tous les mêmes ?

Évidence : si l’on considère le travail des écrivains aux origines mêmes de la littérature qui célébraient les héros héroïques, et la définition de celui-ci comme étant la production d’un écrit esthétique, beau, à valeur exemplaire, dont le protagoniste est un héros, les écrivains ont en effet pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’homme.

Paradoxes possibles : Dichotomie singulier/pluriel. Les différents sens du terme « grandeur ». Les différents sens du terme « mission ». De manière générale, quelle est la mission des écrivains s’il y en a une?

Dépassements possibles : Jouer sur le singulier et le pluriel, passer au pluriel pour donner une réponse plus nuancée à la question posée. Ou une remise en question de la définition générale du terme « grandeur ».

I- En effet, dans le sens où les écrivains dès l’Antiquité, et où la littérature a pu être définie la production d’un écrit esthétique, beau, à valeur exemplaire, dont le protagoniste est un héros, la mission essentielle des écrivains est bien de célébrer ce qui fait la grandeur de l’homme.

II- Toutefois, peut-on réduire la mission des écrivains à la célébration d ece qui fait la grandeur de l’être humain? Quelle est la mission des écrivains s’ils en ont une?

III- Finalement, peut-être que la mission des écrivains est de célébrer ce qui fait que les hommes sont des hommes, tels que leur diversité, leurs défauts et qualités, c’est-à-dire leurs grandeurs au pluriel.

Introduction: elle est très importante car c’est ce par quoi va commencer le correcteur, une bonne introduction annonce un bon devoir.

 

Sa structure:

Si possible, la démarrer avec une accroche qui introduira les différents éléments de l’argumentation (exemple : dans une dissertation sur l’héroïsme du héros de roman, une accroche sur Quasimodo, le héros du roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, permet de remettre en question l’idée de l’héroïsme et de la beauté du héros de roman).

Dans ce cas présent, l’accroche pourrait être la dégradation progressive du héros de roman entre les écrits de l’Antiquité et ceux du XIXe siècle qui montre une évolution du travail des écrivains et de leur mission.

Puis vous énoncez le sujet tel qu’il est donné.

Il faut ensuite définir les mots-clefs du sujet (être concis) en en donnant différents sens. Les mettre rapidement en relation pour faire émerger le.s paradoxe.s.

Les deux derniers points de l’introduction doivent être dédiés à l’annonce de la problématique et du plan de la dissertation.

 

Le corps du développement de la dissertation:

I. L’essence du travail des écrivains dans les premières oeuvres littéraires connues: elles semblent bien célébrer ce qui fait la grandeur de l’homme. Les écrivains dès l’Antiquité célébraient les héros et les actes exemplaires, héroïques, grands. Ceux des siècles suivants ont produit des écrits esthétiques,beaux et à valeur exemplaire dans lesquelles le protagoniste était un héros. Nous pouvons en effet dire que les écrivains ont pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’homme.

I.1. Notions historiques de littérature: les écrivains dès l’Antiquité célébraient l’héroïsme, le courage et l’intelligence des acteurs humains (donc ce qui fait la grandeur de l’homme). Exemple : L’Iliade, Homère. Ce récit des exploits d’acteurs héroïques, divins ou non, est un exemple frappant de l’omniprésence de l’héroïsme dans les récits de l’Antiquité. Extrait: le chant 3 du livre I, dans lequel des personnages illustres comme Ménélas, Pâris et Hector montrent leur courage lors du combat qui oppose les Troyens aux Argiens.

“Dès que les deux armées sont en présence, Pâris aux formes divines se place à la tête des Troyens; il porte à ses épaules une peau de léopard, son arc recourbé et son épée : brandissant deux javelots à la pointe d’airain, il provoque les plus illustres d’entre les Argiens à se mesurer avec lui dans une lutte terrible.

Le belliqueux Ménélas, le voyant s’avancer en avant de l’armée et marcher à grands pas, se réjouit (..) il espère bientôt se venger du coupable. Revêtu de ses armes, il s’élance aussitôt de son char.”

I.2. L’engagement moral de l’auteur: il a pour mission essentielle d’éduquer et de moraliser ses lecteurs, donc de célébrer ce qui fait la grandeur de l’homme afin de lui donner un exemple de comportement à adopter. L’éloge de la bonne conduite, de la grandeur d’âme des protagonistes des romans  est un outil pour encourager la moralité des lecteurs. Exemple : La princesse de Clèves, Madame de La Fayette (1678). La protagoniste, la princesse de Clèves, ne cèdera jamais à ses sentiments amoureux pour le duc de Nemours afin de rester fidèle à son mari. Bien qu’éperdument amoureuse du duc, à la mort de son mari elle lui restera fidèle. Elle respecte les moeurs de la société bourgeoise de son siècle et est un exemple de moralité conjugale. Extrait: “Quand elle eut cessé de parler, qu’il jeta les yeux sur elle, qu’il la vit à ses genoux, le visage couvert de larmes, et d’une beauté si admirable, il pensa mourir de douleur, et l’embrassant en la relevant : Ayez pitié de moi, vous-même, madame, lui dit-il, j’en suis digne, et pardonnez si, dans les premiers moments d’une affliction aussi violente qu’est la mienne, je ne réponds pas comme je dois à un procédé comme le vôtre. Vous me paraissez plus digne d’estime et d’admiration que tout ce qu’il y a jamais eu de femmes au monde (…) Vous me rendez malheureux par la plus grande marque de fidélité que jamais une femme ait donnée à son mari. “ (moment de l’aveu de la princesse de ses sentiments pour un autre homme à son mari, lorsqu’il lui répond)

I.3. Le héros de roman: un protagoniste qui a valeur d’exemple pour les lecteurs, un être qui souvent condense toutes les qualités recherchées chez l’homme (la beauté, l’élégance, le courage, la sagesse, l’intelligence, la bonté, la foi etc). Un héros célébré par l’écriture esthétiquement travaillée de l’auteur qui, par ce biais, célèbre ce qui fait la grandeur de l’homme.

Exemple : La princesse de Clèves, Madame de La Fayette (1678). Le portrait de perfection qui est fait du duc de Nemours avec le style précieux caractéristique de l’écrivaine. Ce personnage masculin, noble, riche, beau et touchant, est exceptionnel. C’est véritablement un héros de beauté, un exemple dont les qualités sont soulignées par la description qu’en fait la princesse de Clèves.

Extrait: “ce prince était un chef-d’œuvre de la nature ; ce qu’il avait de moins admirable était d’être l’homme du monde le mieux fait et le plus beau. (…) une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions, que l’on n’a jamais vu qu’à lui seul ; (…) une adresse extraordinaire dans tous ses exercices, une manière de s’habiller qui était toujours suivie de tout le monde, sans pouvoir être imitée, et enfin, un air dans toute sa personne, qui faisait qu’on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où il paraissait. (…) Il avait tant de douceur et tant de disposition à la galanterie, qu’il ne pouvait refuser quelques soins à celles qui tâchaient de lui plaire : ainsi il avait plusieurs maîtresses, mais il était difficile de deviner celle qu’il aimait véritablement. “ (en sélectionner une phrase, la première par exemple).

II. Toutefois, peut-on réduire la mission des écrivains à la célébration de ce qui fait la grandeur de l’être humain? Quelle peut être leur mission, s’ils en ont une?

II.1. L’éducation spirituelle, morale et intellectuelle des lecteurs en ayant recours à des personnages héroïques et exceptionnels qui ont valeur d’exemple: est-ce vraiment efficace? Ne faut-il pas mieux montrer les bassesses de l’homme pour éduquer les lecteurs en lui fournissant un contre-exemple de l’attitude à adopter? La figure du anti-héros n’est-elle pas plus efficace que celle du héros? C’est le principe de la catharsis. Leur mission est peut-être de montrer la bassesse de l’être humain pour finalement en engendrer la grandeur;

Exemple : la tragédie grecque, Oedipe Roi de Sophocle (430). Les actions d’Oedipe, effrayé par l’oracle qui lui prédit qu’il tuera son père et sera incestueux, sont choquantes et violentes dans un but cathartique. Il tue par exemple un voyageur lorsqu’il erre dans la première partie de l’oeuvre, puis il épouse sa mère Jocaste sans le savoir. Il est responsable de la peste qui s’abat sur la ville de Thèbes lors de son règne. Le protagoniste n’est donc pas parfait, il présente des traits de caractères négatifs et agit tel un criminel. Ceci a pour vocation d’instruire le lecteur, de lui montrer la voie à suivre en utilisant la figure du anti-héros.

II.2. Les écrivains ont-ils vraiment une mission essentielle? L’association du pluriel, synonyme de diversité, et du singulier pose problème car cela suggère que tous les écrivains auraient une seule mission nécessaire, une tache à accomplir. Or les écrivains ne déclarent pas toujours ceci, voire revendiquent le contraire. Exemple : appel à la liberté en littérature dans le cadre du mouvement de “l’art pour l’art” au XIXe siècle.

Ce mouvement littéraire se veut dépourvu de tout message instructif, didactique ou moral. Il affirme que la littérature n’a pas vocation à accomplir une mission. Théophile Gautier en est le représentant majeur. Extrait de la préface à Mlle de Maupin (son oeuvre majeure publiée en 1835) : “Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid.”. Edgar Allan Poe lui aussi revendiquait ceci dans son essai Du Principe Poétique : “il n’existe et ne peut exister sous le soleil d’oeuvre plus absolument estimable (…) qu”un vrai poème (…) un poème, qui n’est que poème, et rien de plus, un poème écrit pour le pur amour de la poésie.”

II.3. La littérature n’est pas que célébration de la grandeur de l’être humain et beauté esthétique. Elle est aussi parfois synonyme de noirceur, de laideur et de critique. Le ton employé pour évoquer l’être humain n’y est pas toujours élogieux, il peut aussi être acerbe. Ainsi, tous les écrivains n’ont pas pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain, leur mission est parfois de peindre la réalité obscure qui les entoure.  

Exemple : Thérèse Raquin, Emile Zola (1867). Un roman naturaliste dans lequel les protagonistes se distinguent par leur noirceur d’âme, leurs actes mauvais (comme tromper son mari ou forcer sa fille à se marier afin de récolter de l’argent pour Thérèse) et leur cadre de vie macabre. La noirceur est présente partout dans le Paris qui est dépeint par l’auteur. Extrait : “Il y a des amateurs qui font un détour pour ne pas manquer une de ces représentations de la mort. […] Les femmes étaient en grand nombre ; […] Un jour, Laurent vit une de ces dernières qui se tenait plantée à quelques pas du vitrage, en appuyant un mouchoir de batiste sur ses narines. […] Elle regardait un cadavre. Sur une pierre, à quelques pas, était allongé le corps d’un grand gaillard, d’un maçon qui venait de se tuer net en tombant d’un échafaudage.”

III. Finalement, peut-être que la mission des écrivains est de célébrer ce qui fait que les hommes sont des hommes, tels que leur diversité, leurs défauts et qualités, c’est-à-dire leurs grandeurs au pluriel.

III.1. Le rôle exemplaire des personnages créés par l’écrivain dans le sens où il se doit de représenter la société toute entière. Il représente les hommes et leurs grandeurs. C’est sa mission essentielle. Il faut passer au pluriel: célébrer ce qui fait les grandeurs des hommes. Exemple : Les Caractères ou Les Moeurs de ce Siècle, La Bruyère (1688). L’écrivain y propose un portrait de la société de ce siècle, c’est en réalité une galerie de portraits qui, par leur diversité, tente de refléter la diversité de l’humanité au moment de l’écriture de l’oeuvre. Extrait: l’exemple de l’homme de Cour, “Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c’est un homme universel, et il se donne pour tel : il aime mieux mentir que de se taire ou de paraitre ignorer quelque chose. On parle à table d’un grand d’une cour du Nord : il prend la parole, et l’ôte à ceux qui allaient dire ce qu’ils savent”

III.2. La formulation “ce qui fait la grandeur de l’homme” a pu auparavant être interprétée comme un synonyme de beauté, de courage ou d’exemplarité. Cependant, cette beauté presque divine peut être remise en question et nous pouvons considérer que “la grandeur de l’homme” n’est pas toujours là où on s’y attend le plus. De fait, les écrivains peuvent “célébrer ce qui fait la grandeur de l’homme” en peignant des personnages exceptionnellement touchants, tragiques, laids ou même pathétiques. De la laideur peut naître quelque chose d’exceptionnel, de grand. Leur mission est ici de célébrer les grandeurs de l’homme que l’on ne voit pas à première vue.

Exemple : Le personnage de Quasimodo dans le roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (1831). Etant un bossu abandonné à la naissance, un monstre de laideur et un paria de la société parisienne dans laquelle il vit, ce personnage est l’archétype du anti-héros. Il est traité et perçu comme un monstre comme le montre l’extrait du moment où il est élu Pape des Fous grâce à sa laideur : “ce nez tétraèdre (1), de cette bouche en fer à cheval, de ce petit œil gauche obstrué, d’un sourcil roux en broussailles tandis que l’œil droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue, de ces dents désordonnées, ébréchées çà et là, comme les créneaux d’une forteresse, de cette lèvre calleuse (2) sur laquelle une de ces dents empiétait comme la défense d’un éléphant, de ce menton fourchu, et surtout de la physionomie répandue sur tout cela de ce mélange de malice, d’étonnement et de tristesse.  (…) Mais c’est alors que la surprise et l’admiration furent à leur comble. La grimace était son visage. Ou plutôt toute sa personne était une grimace.” Il est caractérisé par sa difformité. Et pourtant, il a quelque chose d’exceptionnel et héroïque : “On eût dit un géant brisé et mal ressoudé. (…) Quand cette espèce de cyclope parut sur le seuil de la chapelle, immobile, trapu, et presque aussi large que haut ; carré par la base, comme dit un grand homme ; à son surtout mi-parti rouge et violet, semé de campanilles d’argent, et surtout à la perfection de sa laideur, la populace le reconnut sur-le-champ et s’écria d’une voix :

“C’est Quasimodo, le sonneur de cloches ! C’est Quasimodo, le bossu de Notre-Dame ! Quasimodo le borgne ! Quasimodo le bancale !””. Le caractère hyperbolique de sa laideur, presque divine, le rend exceptionnel. Les épithètes que lui donnent les villageois sont aussi représentatifs de son statut de héros, de même que le fait qu’il ait été élu Pape des Fous. Et au fur et à mesure du roman Quasimodo devient un héros pathétique (lorsqu’il s’occupe de sa bien-aimée Esmeralda qui ne parvient même pas à le regarder), héroïque (lorsqu’il la sauve de la pendaison) et tragique (lorsque tel Jésus il demande à boire durant le supplice de la roue, ainsi que lorsqu’on retrouve son corps mort entrelacé à celui d’Esmeralda dans la cave de Montfaucon comme Roméo et Juliette). Ainsi, cet anti-héros est un réalité un grand personnage et l’écrivain célèbre cette grandeur plus complexe que la simple beauté du personnage.

III.3. Finalement, la notion même de grandeur de l’homme peut être remise en question dans le sens où l’humanité est diverse et complexe, faite de multiples défauts et qualité. Chez l’être humain, chaque “grandeur” est contrebalancée par une bassesse. Y a-t-il donc un homme grand ? Et les écrivains, êtres qui dans leur travail représentent l’humanité, représentent ceci. Les écrivains n’ont pas pour mission essentielle de célébrer une beauté fictive de l’homme mais bien sa réalité aussi grande que basse. Exemple : Le personnage de Claude Frollo dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo (1831). C’est un personnage très complexe, à la fois positif et négatif pour le lecteur. Il se distingue positivement par son investissement dans les études, ses connaissances diverses et poussées et sa relation avec Quasimodo qu’il a adopté et sauvé après qu’on l’ait abandonné à la naissance. Il est d’une grande moralité et prend soin du sonneur de cloches Quasimodo. Or il est aussi connoté négativement, comme lorsqu’il a recours à l’alchimie, tente de tuer Phoebus et de violer Esmeralda car elle refuse ses avances. Personnage rongé par le désir, la frsutration et la jalousie, ces émotions le mènent à se conduire en criminel. Il ira même jusqu’à commanditer la mort de celle qu’il aime. Claude Frollo, personnage complexe à la fois positif et négatif, est ainsi la représentation même de la complexité de l’être humain. Victor Hugo accomplit la mission de célébrer l’homme à la fois grand et petit.

 

Conclusion : faut-il que les écrivains célèbrent la grandeur de l’être humain ?

Revenir chronologiquement sur les éléments majeurs de l’analyse. Si possible, terminer avec une ouverture sur une possibilité non explorée dans l’analyse.

Le cas présent :

Si l’on se base sur la tradition littéraire qui s’inscrit dans la continuité des écrivains de l’Antiquité et qui célèbre la grandeur des être héroïques, exceptionnels, la mission essentielle des écrivains semble être la célébration de la grandeur de l’homme. Le travail du style et de la figure du héros de littérature montrent aussi cette vocation. Le rôle d’éducateur et de moraliste de l’écrivain sont des éléments majeurs pour saisir cette mission.

Toutefois, la mission des écrivains ne peut être réduite à la célébration de la grandeur de l’être humain. Les exemples d’œuvres qui montrent les bassesses de l’être humain pour moraliser les lecteurs, qui se veulent sans but ou montrent la noirceur de l’homme sont nombreux.

Finalement, peut-être que la mission essentielle des écrivains est de célébrer ce qui fait que l’homme est homme, tant ses qualités que ses défauts, sa beauté autant que sa laideur. Ils représentent ainsi l’humanité de manière plus complète et complexe, ce qui est peut-être finalement leur rôle dans la société.

 

Ouverture possible :

Le peintre de la vie moderne, Charles Baudelaire : un écrivain est un être qui fait partie intégrante de la société, il la représente dans ses œuvres. Sa mission est de représenter le genre humain dans sa diversité en adoptant une position interne.

 

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