Les fausses confidences, Marivaux – Bac de français

Voici la fiche ultime sur l’oeuvre au programme du bac de français de cette année – Les fausses confidences de Marivaux !

 

Introduction : le comique au service de la contestation

La remise en question de l’ordre social préétabli, rivé sur l’organisation divine et aristocratique, semble une question centrale soulevée par Marivaux dans les Fausses Confidences. Selon toute vraisemblance, le dramaturge s’attelle à promouvoir une société en mutation, reposant sur la recherche de l’amour et du bonheur. La pièce, articulée autour de l’enchevêtrement de l’amour, de l’argent et de l’intrigue, est construite en 5 actes conformément à la structure de la comédie italienne. L’attraction comique, dans cette optique, se trouve confortée par un phrasé presque parlé, par un rythme sans temps morts et par une accélération d’actions s’enchaînant. L’histoire poursuit Dorante, un jeune homme fortuné mais ruiné au commencement de la pièce. Amoureux d’Araminte, il est contrarié par les manœuvres de la mère de la jeune fille qui entend la marier au comte Dorimont pour qu’elle devienne comtesse à son tour. Marton, amie d’Araminte, nourrit le projet d’épouser Dorante.

 

Problématisation de l’oeuvre de Marivaux

 L’intrication entre le paramètre social, régi par le souci d’améliorer sa condition, et le sentiment amoureux imprègne l’intrigue : lequel prend le dessus et comment la contestation opérée par Marivaux s’opère-t-elle ? 

 

Marivaudage et disparités sociales : le défi amoureux

Le marivaudage, permettant les analyses les plus fines au fil d’un échange verbal spontané, incite à s’interroger d’abord sur un contexte historique repensé par le dramaturge ; par la suite, il renvoie à une dualité caractéristique de la confrontation entre deux modes d’être et de penser ; enfin, il braque l’éclairage sur un comique subtil, oscillant entre légèreté et gravité.

Sur ce, une dichotomie oppositionnelle parcourt la pièce, s’appuyant sur la recherche de l’amour et du bonheur d’une part et sur le mariage de raison d’autre part. Le premier paramètre est illustré principalement par le personnage de Dorante : déterminé à sortir de sa situation d’homme ruiné sans renoncer à ses principes ou à sa morale, il incarne la figure de l’amoureux qui ne succombe point aux tentations de l’argent ou de l’ascension sociale. De sa part, Araminte correspond à ce même idéal de désintéressement en rupture avec la quête des richesses ou des titres. Aux antipodes de ce couple, émerge la figure du comte Dorimont cherchant à éviter un procès qui ne lui apporterait qu’ennuis et envisage d’épouser Araminte pour se délester des grandes dépenses. Alors que Dubois apparaît comme le poseur des intrigues, Arlequin (valet d’Araminte) entretient le ressort comique des situations d’intrigue. Dans le contexte historique qui prévaut à l’époque, l’ordre social est régi par les convenances, par la hiérarchie et par l’obligation. C’est en raison de ce système de valeurs que l’intrigue présentée dans Les Fausses Confidences se heurte aux normes préétablies. Marivaux, moyennant la confrontation entre deux systèmes ou deux ordres s’acharne à plaider une vie choisie en fonction de l’idéal d’égalité et de bonheur. Il semble alors que la lutte menée entre la vérité des sentiments et le mensonge social est aiguisée par la remise en question du contexte social véhiculant la duperie, l’hypocrisie et la tromperie. Dans cette dimension, le marivaudage décrit une société entravant l’épanouissement de l’individu, refusant à ce dernier l’accomplissement de son destin. Cependant, c’est au prix de maintes manœuvres et manigances que l’amour parvient à défier l’état de fait. Dorante, se présentant sous le masque de l’intendant, s’avoue victime de sa passion : « Je l’aime avec passion, et c’est ce qui fait que je tremble » (I, 2). Conscient du poids des disparités sociales, il semble vulnérable et bien faible face à Dubois. L’émotion marque les répliques brèves de l’amoureux hésitant quant à la possibilité de réussite du complot concocté par le valet. Ce dernier est doté de qualités intellectuelles et manifeste une expertise en termes de mécanismes amoureux : «Si vous lui plaisez, elle en sera si honteuse, elle se débattra tant, elle deviendra si faible, qu’elle ne pourra se soutenir qu’en épousant » (I, 2).

Le marivaudage rend compte du trouble amoureux qu’éprouve à son tour Araminte, conquise par le charme de Dorante et peu soucieuse des préjugés sociaux : « Vous trouverez ici tous les égards que vous méritez ; et si, dans les suites il y avait occasion de vous rendre service, je ne la manquerai point » (I, 7). Ceci ne l’empêche pas de se livrer elle-même aux fausses confidences, déclarant qu’elle veut épouser le comte (II, 13).  L’art du dialogue s’appuie sur le naturel du ton, l’enchaînement spontané des mots et les reprises ; de plus, la brièveté des phrases traduit un langage du cœur en dissonance avec le langage des conventions. 

 

Le contexte social, point de mire de la contestation

La société du temps de Marivaux se divise en trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état. Elle se meut dans le cadre de la famille et de la maison bourgeoise. Bourgois et notables mènent alors une vie assez semblable : même degré de fortue, même mode de vie, mêmes aspirations culturelles. De même, l’éducation est réservée à une élite intellectuelle. Quant à l’argent, il est le thème de prédilection de la comédie.

 

 

Détournement et renouvellement de l’ordre social

En rappelant le contexte historique profondément marqué par le jeu des classes, l’amour emprunte la voie du mensonge, de la fausseté, pour défier cet ordre fondé sur l’argent et sur l’intérêt. L’intrigue amoureuse présentée dans Les Fausses Confidences relève, comme nous l’avons souligné précédemment, de deux modes d’être et de pensée : le premier, prônant un amour désintéressé paraît en quête d’égalité et de bonheur ; le second, ancré dans les convenances sociales de l’époque, méprise l’amour au profit de la fortune. À partir de cette confrontation faisant tache d’huile dans la pièce de Marivaux, le dramaturge se complaît à détourner et à renouveler l’ordre social qui sévit. Les idées reçues et les normes, inhérentes à l’amour, constituent la cible de la diatribe menée subtilement par Marivaux. 

Dans ce sillage, l’amoureux fragile et vulnérable est une figure qui contraste avec celle de la virilité inébranlable accolée au prototype masculin : en effet, l’amour est associé à la fragilité surtout dans la scène d’aveu, associant Dorante et Araminte (II, 15). Alors qu’Araminte fait preuve d’autorité, elle ne tarde pas à succomber à ses sentiments. Cherchant à prendre Dorante au piège, c’est elle qui se trouve piégée. Les personnages semblent cantonnés dans le jeu des convenances sociales, victimes de leur amour propre : le dialogue entre Araminte et Dorante est construit comme un duel et l’équivoque perce puisque chaque personnage se présente comme un double : « Le plaisir de la voir quelquefois, et d’être avec elle, est tout ce que je me propose […] Je veux dire avec son portrait, quand je ne la vois point » (II, 15). Le jeu des masques, les fausses confidences, le mensonge et le leurre participent à contourner les règles sociales. Celles-ci sont omniprésentes et entraînent douleur et souffrance dans l’esprit des personnages daignant braver les interdits : « Ah ! Madame, songez que j’aurais perdu mille fois la vie, avant que d’avouer ce que le hasard vous découvre » (II, 15). Le véritable dilemme s’impose alors, forçant Araminte à opter pour un choix : l’amour ou les convenances sociales.  

Par conséquent, Araminte est livrée à un combat moral de grande envergure surtout que les manigances de Dubois servent à influencer sa décision voire à la précipiter. Ainsi, Dubois joue un rôle prépondérant et fait preuve de ruse, de manipulation et de persuasion : il s’assure la confiance de sa maîtresse Araminte, sollicite son attention en feignant l’étonnement ou en mettant à nu la malhonnêteté de Dorante « C’est un démon que ce garçon-là » (I, 14) puis veille à brosser un portrait élogieux de celui qu’il dénomme ‘démon’. Le valet fait alors la fausse confidence de la folie de Dorante ; cette folie aura une dimension à la fois rassurante et valorisante puisque la confidence de Dorante révèle à Araminte qu’elle est elle-même l’objet de la passion du jeune homme « J’ai l’honneur de la voir tous les jours ; c’est vous Madame » (I, 14).  Le valet tire les ficelles de l’action, dispose de l’autorité d’un maître, manipule la femme et adopte un ton autoritaire. Machiavélique, il enjoint à Araminte de ne plus se soucier de la souffrance de Dorante tout en l’incitant, subrepticement, à avouer son amour : « Enfin, Madame, à ce que je vois, vous en voilà délivrée. Qu’il devienne tout ce qu’il voudra à présent […]. Au reste, je viens de le rencontrer plus mort que vif… » (III, 9). C’est en allant contre ses préjugés et ceux de la société qu’Araminte parvient à faire triompher son amour envers Dorante : « Que vous m’aimez Madame ! Quelle idée ! Qui pourrait se l’imaginer ?/ Et voilà pourtant ce qui m’arrive » (III, 12). Lucide en dépit de sa passion, elle puise dans un idéal romanesque ce qui pourrait la protéger et la justifier. En somme, le détournement et la contestation de l’ordre social reviennent à privilégier l’amour aux dépens des convenances. Toutefois, cette contestation oscille entre gravité et légèreté, sachant que la place impartie au travestissement, au rire et au burlesque est indéniable. 

 

Entre légèreté et gravité : le rire subversif

Le ludique, dont regorgent les scènes de travestissement, de masque et de faux-semblant, s’affirme dans Les Fausses Confidences : en effet, le mépris d’identité, entre Dubois et Dorante, illustre bien le trouble et la confusion entourant les personnages. Quoique le travestissement ne soit pas explicite, il demeure un prétexte à la contestation sociale. Marivaux place l’intrigue, sans doute, dans un cadre fortement hiérarchisé : la scène se déroule chez Madame Argante, très attachée aux convenances sociales. La gravité du dramaturge tient à l’aliénation et à la mésalliance qu’il dépeint tout en soulignant leur impact sur les personnages. Le désir de défier l’ordre ne va pas sans souffrance, dilemme, combat moral…

En revanche, face à la gravité scellée par l’ordre social, la contestation suit le cours de la légèreté et du rire. Sur ce, le comique est fondé sur la fausseté : Araminte s’efforce de faire bonne contenance face à Dorante qui masque sa véritable identité. Il est évident alors que le comique découle du jeu des apparences et de celui des fausses confidences qui parsèment la pièce. De même, la comédie d’intrigue place au premier rang la figure du valet : beau parleur, comédien et connaisseur en intrigues, Dubois parvient à dévoiler la passion de Dorante tout en amenant Araminte à déclarer un sentiment naissant. Les confidences trompeuses, les comiques de mots et de caractère et la progression dramatique provoquent le rire du spectateur. 

 

 

La figure du valet au service du comique

Marivaux reprend le thème du valet au service de deux maîtres, conciliant les intérêts de ses deux employeurs. Le valet apparaît alors comme le véritable maître, ourdissant complots et manœuvres. Il ravale ses patrons au rang de pantins et manipule les sentiments avec sang-froid. La maîtrise de la parole, chez ce personnage, est un atout majeur.  Le stratagème de Dubois, avec Araminte, repose sur les points suivants :

  • Assurer l’affinité
  • Contenir la pression sociale 
  • Dépasser le ridicule 
  • Relativiser la question de l’agent
  • Permettre la manifestation de la sincérité

Enfin, le comique triomphe dans le dénouement de la pièce : la défaite de la rigidité de la mère face à la ruse du valet, la victoire de la quête du bonheur intime, la fin heureuse, autant de vecteurs associés à la vision sociale chère à Marivaux. 

 

 

Conclusion : résonances modernes de l’œuvre de Marivaux

Comédie bourgeoise, Les Fausses confidences  met en scène une confrontation entre deux ordres sociaux : c’est la contestation alors qui emprunte la voie de la manipulation et de la fausseté en vue de détourner et de remettre en question les convenances préétablies. Les confidences, livrées tour à tour par Dubois, Dorante et Araminte s’avèrent vraies mais l’intention qui les commande rejoint la fausseté, le détour et l’équivoque. Partant, le comique, articulé autour de la figure du valet, renvoie aux manigances de ce dernier « Il est bon de jeter dans tous les esprits les soupçons dont nous avons besoin» affirme-t-il (I, 16). Cependant, en servant les intérêts de Dorante et de d’Araminte, ce personnage investit dans la ruse au service d’un amour désintéressé luttant contre les rivalités, les questions d’argent et l’ascension sociale. Il serait judicieux de s’interroger sur les dérives de la manipulation : quelles seraient alors les limites de la conquête amoureuse ?

 

 

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