La narration dans le commentaire de textes

Le statut du narrateur et son point de vue doivent être systématiquement identifiés lorsque vous avez votre texte devant vous. Aborder la narration dans un commentaire de texte fait partie des « attentes » du jury.

 

Le narrateur

Dans un commentaire de texte, il est important de bien situer la narration. Le narrateur raconte l’histoire, il peut alors s’exprimer soit à la première soit à la troisième personne du singulier.

Utilisation de la première personne du singulier

Le narrateur est un témoin de l’histoire racontée (Carmen de Prosper Mérimée) ou un personnage (La Horla de Maupassant). Le lecteur vit ainsi l’histoire à travers le narrateur : un lien fort est créé.

L’utilisation de la narration à la première personne du singulier était particulièrement répandue au XIX ème siècle. Elle était également utilisée dans les premiers romans fantastiques – cela rendait le récit plus vrai et authentique.

Utilisation de la troisième personne du singulier

Le narrateur ne fait pas partie de l’histoire racontée. La narration est alors très neutre ou plus subjective (le narrateur commente l’histoire, sans l’avoir vécu).

 

Le point de vue ou focalisation

Le narrateur peut adopter plusieurs points de vue qui ont chacun un effet différent sur le lecteur. Il faut bien sûr veiller à les commenter à chaque fois, notamment lorsque le commentaire porte sur un extrait du roman, en veillant à bien justifier ses affirmations avec des extraits du texte.

Le point de vue interne

Le lecteur perçoit les événements du récit à travers le regard d’un personnage de l’histoire. Les informations sont limitées : le lecteur sait uniquement ce que sait le personnage.

Exemple

« Le lendemain fut, pour Emma, une journée funèbre. Tout lui parut enveloppé par une atmosphère noire qui flottait confusément sur l’extérieur des choses, et le chagrin s’engouffrait dans son âme avec des hurlements doux, comme fait le vent d’hiver dans les châteaux abandonnés. »

Madame Bovary, Flaubert, 1856

Ici, le narrateur à la troisième personne du singulier adopte le point de vue d’Emma Bovary. Il utilise ainsi de nombreux adjectifs qualificatifs et des adverbes qui expriment ses ressentis: “noire”, “funèbre”, “confusément”, “doux”, “abandonnés”. Le style très littéraire et romanesque qui transparaît dans l’utilisation de figures de style très imagées et pathétiques comme la personnification “le chagrin s’engouffrait dans son âme”, l’oxymore “des hurlements doux” ou encore la comparaison “comme fait le vent d’hiver dans les châteaux abandonnés” traduit les pensées d’Emma Bovary. Férue de la littérature, elle s’imagine en héroïne tragique qui souffre de chagrin.

Le point de vue externe

Le narrateur raconte les événements du récit avec une objectivité totale : il ne commente pas le récit et le lecteur n’a aucun indice sur les pensées et émotions des personnages.

Exemple

« Deux hommes parurent. L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue. »

Bouvard et Pécuchet, Flaubert, 1881

Ici, le narrateur à la troisième personne du singulier adopte un point de vue externe pour décrire en toute neutralité l’apparition des personnages principaux. Les adjectifs qualificatifs employés expriment des qualités physiques extérieures: “grand”, “petit”, “marron”.  On ne trouve dans cet extrait aucune figure de style, aucun adjectif ou adverbe qualifiant les émotions et le ressenti des personnages.

 

Le point de vue omniscient (appelé aussi point de vue zéro)

Les événements du récit sont racontés par un narrateur qui sait tout : le récit n’est limité ni dans le temps, ni dans l’espace. C’est le point de vue le plus souvent utilisé dans les romans.

Exemple

« Avec le temps, la cousine Bette avait contracté des manies de vieille fille, assez singulières. Ainsi, par exemple, elle voulait, au lieu d’obéir à la mode, que la mode s’appliquât à ses habitudes, et se pliât à ses fantaisies toujours arriérées. Si la baronne lui donnait un joli chapeau nouveau, quelque robe taillée au goût du jour, aussitôt la cousine Bette retravaillait chez elle, à sa façon, chaque chose, et la gâtait en s’en faisant un costume qui tenait des modes impériales et de ses anciens costumes lorrains. Le chapeau de trente francs devenait une loque, et la robe un haillon. La Bette était, à cet égard, d’un entêtement de mule; elle voulait se plaire à elle seule et se croyait charmante ainsi

La cousine Bette, Balzac, 1846

Ici, le narrateur à la troisième personne du singulier adopte un point de vue omniscient. On devine non seulement les pensées de la cousine Bette qui transparaissent dans l’utilisation d’un registre familier: “entêtement de mule”, mais aussi le jugement porté par le narrateur  – “fantaisies toujours arriérées”, “une loque”, “un haillon”. Cela permet de créer ici un décalage comique entre ce que la perception de l’héroïne de Balzac et la perception extérieure.

 

L’ordre du récit

Le narrateur peut choisir ou non de respecter l’ordre chronologique du récit. Il peut recourir aux anticipations (prolepses) ou retours en arrière (analepses).

 

L’effet de la narration sur le lecteur

La narration est un choix très important dont il peut être intéressant de parler dans un commentaire de texte.

  • Un texte lyrique sera forcément écrit à la première personne et adoptera un point de vue interne pour que le lecteur puisse ressentir pleinement les émotions transmises par le texte.
  • Un roman sera généralement écrit à la troisième personne d’un point de vue omniscient (le lecteur en sait souvent plus sur l’intrigue que les personnages du roman). Mais un écrivain peut décider d’adopter un point de vue interne pour créer un effet de suspens (dans un roman policier par exemple) ou d’écrire le récit à la première personne pour que le lecteur s’identifie au personnage et soit d’autant plus impacté par le récit (un roman fantastique par exemple).

 

Un exemple de narration unique : L’Etranger de Camus

L’Etranger de Camus, un roman paru en 1942, qui commence par la première phrase iconique de la littérature française : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » est un exercice de style unique, puisque même si le roman est écrit à la première personne du singulier, le narrateur adopte un point de vue externe sur sa propre vie, il est ainsi étranger à lui-même.

Vous devez dans un commentaire de texte impérativement commenter la narration : le statut du narrateur et le point de vue. Cela fait partie des pré-acquis de base à connaître pour le bac, attendus par votre correcteur.

 

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