Pour une brève histoire du théâtre

Connaître sommairement l’histoire du genre théâtral est essentiel pour rendre une bonne copie sur le théâtre. Cela vous permettra, en dissertation, de maîtriser parfaitement vos connaissances en les confrontant sans les confondre. En commentaire, vous pourrez également situer clairement l’extrait dans son contexte et son mouvement. Et vous éviterez ainsi les contresens !

Spécificité du genre théâtral

Avant d’étudier l’histoire du théâtre, il convient de revenir sur la spécificité de ce genre littéraire, unique en littérature.

Le théâtre, à la différence de la poésie ou du roman, ne se résume pas seulement à son manuscrit. Il a en effet la double nature de texte littéraire et de performance artistique. Ce serait l’étudier partiellement que de ne se référer qu’à l’un ou à l’autre. C’est d’ailleurs pour cela que l’objet d’étude au Bac s’intitule « Le texte théâtral et sa représentation ».

Une œuvre de théâtre n’est ainsi pas destinée à être lue, mais à être vue et entendue car jouée sur scène.

Poétique d’Aristote

Aristote fut le premier, dans sa Poétique, à énoncer les règles et à théoriser les codes du théâtre.

Selon lui, le théâtre doit se fonder sur les principes de mimésis (imitation) et de vraisemblance. C’est en effet le genre littéraire le plus proche du réel en tant qu’« imitation d’une action ».

La tragédie doit être « dynamique » et servir à la purgation des passions – c’est le principe de la catharsis. Sans vraisemblance, le lecteur ne saurait s’identifier aux personnages et à l’intrigue, il n’y aurait donc aucune efficacité théâtrale.

Le théâtre baroque (fin du XVIe-XVIIe siècle)

Contexte théorique et historique

Le mot vient du portugais « barocco » qui signifie bizarrerie, irrégularité : on comprend d’emblée vers quels excès s’oriente ce courant.

Le baroque désigne un mouvement artistique général qui entend libérer l’imagination et les émotions. Il est souvent lié au doute et à des interrogations métaphysiques, puisqu’il apparaît après les guerres de religion, dans un contexte d’instabilité politique.

C’est au sein du courant baroque qu’intervient la notion de theatrum mundi : le monde est comparé à un théâtre, au sein duquel tout homme joue un rôle qui lui est dicté par une force supérieure, l’auteur ou Dieu.

Dans ce contexte, les dramaturges innovent et créent de nouvelles formes.

La tragi-comédie

La tragi-comédie, qui apparaît à la fin du XVIe siècle, entend faire l’alliance du comique et du tragique et s’affranchir de toute règle. Corneille fut, en France, le plus grand représentant de ce genre théâtral ; sa pièce Le Cid mêle ainsi la gravité des thèmes de la tragédie, à la légèreté de la comédie, notamment grâce à son dénouement heureux.

Principaux dramaturges à connaître

  • Corneille : Médée (1635), L’illusion comique (1636), Le Cid (1637), Horace (1640), Cinna (1640) et Polyeucte (1642).

La tragédie et la comédie classiques (seconde moitié du XVIIe siècle).

Contexte théorique et historique

Tout au contraire, le classicisme est le courant de la mesure. Condamnant les excès du baroque, les dramaturges classiques cherchent à faire triompher la raison en mettant en scène un théâtre qui a pour ambition de corriger les défauts des hommes.

On retrouve ici les thèmes chers au théâtre antique de catharsis et de mimésis : le théâtre classique se fonde en effet pour beaucoup sur l’imitation des Anciens, c’est-à-dire des auteurs gréco-latins. Ce principe sera à l’origine de la « Querelle des Anciens et des Modernes » qui atteint son apogée vers 1690. Cette querelle oppose aux classiques qui se fondent sur les Anciens, les Modernes qui croient au progrès de la littérature.

Les règles du théâtre classique

Le théâtre classique est dès lors un théâtre extrêmement rigide et codifié, qui doit nécessairement respecter les règles suivantes :

  • La règle des trois unités : unité de temps (une seule journée), de lieu (un seul endroit) et d’action (une seule intrigue). Boileau, dans son Art Poétique écrit ainsi : « Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli ».
  • La vraisemblance : la pièce doit être réaliste afin que le spectateur puisse se reconnaître.
  • La bienséance : la pièce doit être conforme aux mœurs et à la morale de l’époque.

Principaux dramaturges à connaître

  • Molière : L’Ecole des Femmes (1662), Le Misanthrope (1666), Le Médecin malgré lui (1666), L’Avare (1668), Le Bourgeois Gentilhomme (1670), Le Malade imaginaire (1673)
  • Racine : Andromaque (1667), Britannicus (1669), Bérénice (1670), Iphigénie (1674), Phèdre (1677)

Les Lumières (seconde moitié du XVIIe siècle – XVIIIe siècle)

Contexte théorique et historique

Le mouvement des Lumières se caractérise par ses ambitions humanistes fortes :

  • Les penseurs des Lumières veulent combattre les inégalités, l’obscurantisme et le fanatisme
  • Diffuser le savoir au plus grand nombre.

Cette ambition passe également par la littérature, avec des auteurs qui s’affranchissent des contraintes du théâtre classique pour utiliser leur plume comme une arme.

Marivaux, par exemple, critique les mœurs de ses contemporains et les conventions sociales, avec des pièces comme La Fausse suivante ou L’Ile des Esclaves.

Le drame bourgeois

En parallèle de ce courant des Lumières, se développe le drame bourgeois avec Diderot, Beaumarchais et Marivaux. Ce genre, aux frontières de la comédie et de la tragédie, entend décrire, avec réalisme et comique, des milieux bourgeois au sein desquels les héros sont malmenés par la vie. Le drame bourgeois se veut moralisateur, même s’il résulte plus du divertissement ; pour Diderot, il s’agit avec lui « d’inspirer au hommes l’amour de la vertu, l’horreur du vice » (IIIe entretien sur Le Fils naturel).

Principaux dramaturges à connaître

  • Beaumarchais : Le Barbier de Séville (1775), Le Mariage de Figaro (1784), La Mère coupable (1792)
  • Diderot : Le Fils naturel (1757), Le Père de famille (1760)
  • Marivaux : La Double Inconstance (1723), La Fausse suivante (1724), Le Jeu de l’amour et du hasard (1730), Les Fausses Confidences (1737)

Le drame romantique (XIXe siècle).

Contexte théorique et historique

Au XIXe siècle, naît le romantisme, un mouvement culturel européen (Allemagne, Angleterre, France) qui exprime une nouvelle sensibilité centrée sur l’exaltation du moi.

Il s’inscrit dans le contexte politique et social d’après 1789, avec une jeune génération perdue et qui ne trouve plus de sens au monde qui l’entoure – c’est le « mal du siècle » de Musset. Le romantisme se fonde alors sur la révolte ; les auteurs refusent ainsi les règles classiques et cherchent à libérer la langue et la parole des conventions.

Cela passe notamment par la création d’un nouveau genre théâtral, le drame romantique, que Victor Hugo théorise dans la préface de Cromwell. Il s’agit là d’une véritable révolution littéraire, qui renverse les conventions et affirme que la liberté créatrice est toute puissante.

Les tenants du drame romantique considèrent l’homme dans sa nature ambivalente, mi-sublime, mi-grotesque. C’est cela désormais que le théâtre doit représenter, le tragique et le comique, le beau et le laid, le sublime et le grotesque.

Non plus harmonieux et mesuré, le drame romantique se veut excessif et ambivalent.

Principaux dramaturges à connaître

  • Hugo : Hernani (1830), Lucrèce Borgia (1833), Ruy Blas (1838)
  • Musset : Les Caprices de Marianne (1833), On ne badine pas avec l’amour (1834), Lorenzaccio (1834)

La littérature engagée (début du XXe siècle) et le théâtre de l’absurde.

Contexte théorique et historique

Après le drame des deux guerres mondiales, le paysage littéraire se fait l’écho de la crise existentielle qui traverse les artistes de la seconde moitié du vingtième siècle.

Du théâtre engagé …

Certains cherchent encore à défendre leurs idées malgré tout, en affirmant leur espoir en des valeurs universelles comme la liberté, la paix ou la justice ou en dénonçant les mécanismes socio-politiques qui ont conduit aux totalitarismes et à la guerre.

… Au théâtre de l’absurde

Pour d’autres, la littérature devient le moyen d’exprimer leurs doutes, leurs désillusions et leur colère face à l’absurdité de la condition humaine.

A partir des années cinquante, ce sera le rôle du théâtre de l’absurde que d’exprimer cette douleur existentielle, par le biais d’une rupture totale avec toute convention ou tradition.

Le style dépouillé des répliques reflète l’absurdité et la vacuité de l’existence.

Pour Beckett, le théâtre de l’absurde reflète une crise du langage et signe par-là l’aveu de l’échec des hommes à communiquer. Pour mieux comprendre cette échec de communication, on lira la dernière scène de La Cantatrice chauve de Ionesco, qui pousse à l’extrême une vacuité du langage qui en devient agressive.

Principaux dramaturges à connaître

  • Anouilh : Antigone (1944)
  • Beckett : En attendant Godot (1952), Fin de partie (1956), Oh les beaux Jours (1961)
  • Camus : Caligula (1944), Les Justes (1949)
  • Giraudoux : Amphitryon 38 (1929), La Guerre de Troie n’aura pas lieu (1935), Ondine (1939)
  • Ionesco : La Cantatrice chauve (1950), Les Chaises (1952), Rhinocéros (1958), Le Roi se meurt (1962)