Hernani, Victor Hugo, résumé et thèmes

Lors de l’année scolaire 2019-2020, l’une des deux œuvres au programme est une pièce de théâtre de Victor Hugo, Hernani.

L’objet d’étude est focalisé sur son inscription dans le champ littéraire et la société (“Lire-écrire-publier”), nous étudierons donc les aspects qui me semblent essentiels dans cette perspective, orientée par la lettre de cadrage de l’Éducation Nationale. Alors, futurs bacheliers de la branche littéraire, à vos crayons !

 

Présentation générale d’Hernani

 

Hernani est un drame romantique écrit par Victor Hugo composé de cinq actes. Il est en vers. Sa première eut lieu à la Comédie-Française, à Paris, le 25 février 1830

Il s’agit d’une pièce de théâtre d’un nouveau genre inventé par Victor Hugo lui-même : le drame romantique. L’histoire est la suivante : Hernani, une jeune noble banni, aime Doña Sol qui l’aime en retour. Cependant, deux hommes se dressent contre leur amour : le roi Don Carlos qui aime Doña Sol en secret et son oncle Don Ruy Gomez à qui elle est promise. Après que le roi ait enlevé la femme qu’il aime, Hernani et Ruy Gomez s’allient pour la récupérer. Hernani promet de vouer sa vie et son bras au service du noble.

Mais lorsque le roi devient Empereur, il leur pardonne à tous les trois et accepte l’union des deux amants. La fin est tout de même tragique car l’oncle réclame le respect du pacte passé avec Hernani, qui n’a d’autre choix que de s’empoisonner (plutôt que de quitter Doña Sol). Elle s’empoisonne avec lui et son oncle se poignarde en les voyant tous les deux morts. 

 

Les conditions de la publication d’Hernani

 

Ce drame romantique a été publié dans un contexte très particulier et tendu. Après la publication d’une première pièce de théâtre controversée en 1927 (Cromwell) dans laquelle Victor Hugo appelle à une rénovation du genre et la censure d’une autre pièce en 1929 (Marion Delorme), Victor Hugo est très surveillé par les censeurs. Il a pris l’habitude de faire scandale avec des pièces réputées injouables car elles ne respectent pas la règles des trois unités du théâtre classique. En parallèle d’Hernani, il publie et fait jouer un autre drame romantique qui a un grand succès, Henri III

Hernani est annoncée dans la presse quelques semaines avant la première. Le censeur, qui ne pouvait la censurer sans risquer le ridicule, fait tout pour descendre publiquement la pièce avant même qu’elle ne soit représentée. Les censeurs exigent des corrections d’ordre politique et morale. Le clan des classiques s’organise aussi afin de faire de la première d’Hernani un échec. Face à ceci, les proches de Victor Hugo (Alexandre Dumas par exemple) et les partisans du théâtre romantique se mobilisent pour remplir le théâtre lors de la révélation au grand jour de la pièce. 

C’est donc dans ce climat tendu qu’est dévoilée la pièce. 

 

La “Bataille d’Hernani

 

La première d’Hernani est un point de départ pour le drame romantique et les tensions que cela entraîne. Ce 25 février 1830, toutes les tensions et les oppositions de conception au sujet du théâtre se sont cristallisées lors de la “bataille d’Hernani

Cette bataille se joue principalement au niveau de l’apparence. Théophile Gautier, vêtu d’un gilet rouge et barbu (les marques de fabrique du romantisme), apparaît comme le leader des romantiques dans la salle. Les romantiques adoptent eux aussi cet “uniforme”. Ils crient et applaudissent durant toute la pièce. A l’inverse, les classiques sont chauves, dépourvus de barbe et feignent de dormir d’ennui durant la pièce. Ils sifflent la représentation dès le deuxième vers de la pièce : il comporte un rejet, évoque un espace peu commun (un escalier dérobé) et le rythme est plutôt fluide et inconstant. De plus, Victor Hugo questionne l’unité de temps, d’espace et l’adaptation des actions et des paroles au niveau social du personnage (le roi agit tel un brigand).

Ce sont deux conceptions du théâtre qui s’opposent : le théâtre classique moral, harmonieux et très codifié contre le drame romantique qui a vocation à refléter le réel en s’émancipant des règles classiques. D’où la formation de deux camps lors de la bataille d’Hernani et la violence (physique ou verbale) qu’on a pu y voir. 

Finalement, malgré la hargne des classiques, la première de la pièce est un moment de consécration pour le drame romantique (et le romantisme en général). La bataille se poursuivra des jours durant, n’empêchant pas l’essor du romantisme en opposition au “vieux” classicisme. 

 

La réception de l’œuvre de Victor Hugo

 

Quant à la réception de l’œuvre, il nous faut distinguer deux camps : le public classique contre l’appui romantique de Victor Hugo. 

Du côté des représentants du classicisme et de l’autorité conservatrice, l’accueil de l’oeuvre et de ses représentations fut très critique. Nous l’avons vu avec l’opposition non officielle des censeurs, les corrections qu’ils attendent et l’attitude des classiques lors des premières représentations de la pièce. Mais ça ne s’arrête pas là : les théâtres affiliés au classicisme, comme la Comédie-Française, seront peu enclins à héberger la représentation des pièces de théâtre romantiques durant quelques années. Malgré le succès de pièces comme Henri III, il faudra une dizaine d’années pour que cette salle de théâtre autorise la représentation de ces pièces sans discrimination. 

Au contraire, du côté des appuis de Victor Hugo, la pièce fait sensation est séduit. Ses appuis regroupent différents publics : les jeunes représentants du romantisme (comme Théophile Gautier), ses proches artistes (comme Alexandre Dumas ou Delacroix) ainsi qu’un public réceptif à la poésie, à la liberté et à la simplicité de l’écriture d’Hernani. De fait, elle devient une des pièces préférées du public de théâtre à l’époque. Elle permettra la naissance d’un nouveau public et, logiquement, l’essor d’un nouveau mouvement littéraire.

 

Conclusion

 

Finalement, Hernani et sa bataille auront marqué le XIXe siècle et l’histoire littéraire. C’est une œuvre très intéressante pour l’objet d’étude “Lire-Ecrire-Publier” car les conditions de sa publication, sa réception (tant immédiate que dans les années qui suivent) ainsi que ses conséquences sont tout à fait extraordinaires. Le 25 février 1830, c’est le romantisme qui est né grâce à cette pièce et à son nouveau public.