Les formes indirectes de la puissance : une approche géopolitique – Bac HGGSP

Pour vous aider à réviser votre bac de la spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, voici un article qui résume tout ce qu’il faut savoir sur les formes indirectes de la puissance. C’est un chapitre clé étudié en classe de première dans le cadre du thème “Analyser les dynamiques des puissances internationales”. Il s’agit du deuxième axe d’étude, le premier portant sur l’essor et le déclin de la puissance.

La puissance est la capacité d’un État ou d’une entité à imposer sa volonté. Jusqu’aux années 1990, elle dépend principalement des facteurs traditionnels. Il s’agit par exemple de la population, la force militaire, l’économie ou encore la géographie du pays (ex : littoraux, massifs montagneux, …). Mais ces critères de puissance évoluent avec le temps. Il est désormais nécessaire d’en prendre de nouveaux en compte tels que la stabilité politique, l’éducation ou encore la recherche. On parle désormais de hard power (facteurs traditionnels/directs de la puissance) et de soft power (facteurs actuels/indirects de la puissance). Il est donc important de souligner l’évolution des facteurs de puissance dans le contexte de la mondialisation.

Comment les puissances étatiques cherchent-elles à s’affirmer dans la mondialisation contemporaine ?

Les formes indirectes de la puissance : le concept dans l’histoire des idées

Au-delà de l’économie d’un pays, qui est désormais tout aussi importante que son armée, plusieurs facteurs sont désormais considérés comme vecteurs de puissance pour un pays. Pour détailler les formes indirectes de la puissance, reprenons les trois jalons du programme :

  • L’enjeu de la langue : anglais et français dans les relations internationales, francophonie, instituts Confucius…
  • Les nouvelles technologies : puissance des géants du numérique (GAFAM, BATX…), impuissance des États et des organisations internationales ?
  • La maîtrise des voies de communication : les « nouvelles routes de la Soie ».

L’enjeu de la langue : l’anglais, le français et les instituts Confucius

Comment la diffusion de la langue permet-elle d’accroître l’influence et la puissance des États sur la scène internationale ?

La colonisation a permis à un certain nombre de puissances européennes d’étendre leur influence via la langue et le développement de leur culture. A titre d’exemple, on compte aujourd’hui plus de 300 millions de francophones dans le monde ainsi que 88 pays membres de l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF).  Le français est aussi la langue de la diplomatie, en particulier à partir du règne de Louis XIV. Le congrès de Vienne par exemple, qui réunissait une douzaine d’États, s’est déroulé en français. Aujourd’hui le français est l’une des six langues de travail des Nations unies

Les relations commerciales dépendent également beaucoup de la langue. L’anglais s’impose au cours du XIXe siècle. Son importance s’accroit d’autant plus que les États-Unis émergent comme première puissance au cours du XXe siècle. (Aujourd’hui, environ 1,13 milliard de locuteurs anglais). De nos jours la quasi totalité des échanges commerciaux internationaux se font en anglais et un acteur ne parlant pas cette langue aura un désavantage sur ses concurrents. À contrario deux pays parlant la même langue commerceront plus facilement. 

La Chine a bien compris l’importance des enjeux linguistique et culturel, c’est pourquoi elle a décidé de développer un réseau d’instituts Confucius. Ce sont des instituts culturels visant à diffuser la langue et la culture du pays à travers le monde. Celui-ci compte aujourd’hui 510 Confucius dans 140 pays et ses investissements sur le continent africain ne cessent d’augmenter chaque année. 

Le réseau des instituts Confucius dans le monde

Les géants du numérique : GAFAM et BATX

À l’heure du numérique, comment les puissances étatiques ont-elles été amenées à se confronter ou à composer avec les acteurs des nouvelles technologies pour renforcer leur influence sur la scène internationale ?

Désormais les États ne sont plus les seuls détenteurs de puissance internationale. En effet, certaines entreprises sont également devenues des acteurs majeurs sur la scène mondiale. On peut prendre l’exemple des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui ont une influence économique et politique mondiale. Avec un chiffre d’affaire de 55 milliards de dollars en 2018, Facebook égale le PIB de la Slovénie, classée 86e PIB le plus élevé au monde. 

Ces entreprises ont un soft power tel qu’elles peuvent influencer les décisions économiques d’un pays voire même participer à l’élaboration de règles juridiques de certains États comme ça a pu être le cas dans des paradis fiscaux. Mais les États ont tenté de reprendre la main sur ces géants du numérique, par exemple l’Union européenne et RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) en mai 2018 ou encore le CNIL qui condamne Google à une sanction de 50 millions d’euros en janvier 2019 car l’entreprise ne respectait pas le RGPD. 

Au-delà de leur influence, ces entreprises possèdent de nombreuses données – big data – sur des milliards d’utilisateurs. Ce point est devenu majeur depuis quelques années. On peut par exemple penser à l’influence qu’ont eu les réseaux sociaux lors des dernières élections présidentielles au États-Unis ou lors du Brexit, mais également au scandale reliant Facebook et Cambridge Analytica. 

La Chine a décidé de faire face à la puissance des GAFAM en fermant ses frontières numériques à ces géants. Elle a par la suite créé les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiami) qui sont dirigés par le gouvernement chinois. Si vous voulez en savoir plus au sujet des GAFAM, n’hésite pas à lire cet article !

La maîtrise des voies de communication : l’exemple des nouvelles routes de la Soie

Comment les « nouvelles routes de la Soie » permettent-elles à la Chine d’envisager l’expansion de son aire d’influence et de consolider sa puissance par le biais des voies de communication ?

En 2013 le président Xi Jinping lance le projet OBOR (One Belt One Road), plus connu sous le nom de “nouvelles routes de la Soie”. Cette stratégie consiste à créer de nouvelles routes commerciales terrestres et maritimes avec l’Europe et l’Afrique. En construisant des infrastructures de transport dans les pays africains, la Chine accroît sa puissance politique et économique sur le continent. 

Cette nouvelle stratégie a un double objectif. Le premier étant d’accroître leurs exportations. En effet en développant un réseau portuaire et routier intercontinental, le pays peut assurer l’exportation  de ses produits manufacturés à travers le monde sans dépendre de pays intermédiaires. Le second objectif est de s’approvisionner en matières premières et hydrocarbures, ressources dont le pays est fortement dépendant. 

Cette stratégie permet à la Chine de renforcer son soft power grâce à ses nombreuses implications régionales et investissements à l’étranger. Elle renforce également son hard power via sa présence militaire. En effet le pays a mis en place la stratégie du collier de perles qui consiste à implanter des bases militaires à côté des ports commerciaux de ses pays partenaires pour sécuriser ses approvisionnements maritimes. 

Tu peux retrouver une carte des nouvelles routes de la soie réalisée Thierry Gauthé ici.

Les formes indirectes de la puissance : les auteurs et exemples à connaître

Le concept de soft power, introduit par Joseph Nye

joseph nye
Joseph Nye

Joseph Nye a créé le terme de soft power à la fin des années 80 dans son livre “Bound to Lead”. Il décrivait alors ce nouveau pouvoir comme “le potentiel de séduction d’un pays”. Selon lui, un pays qui arrive à faire prévaloir sa volonté non pas par la force ou des avantages économiques mais par la séduction et la mise en avant de ses idéaux, est bien plus puissante sur la scène internationale. 

Le Japon et son bunka power

sushi bunka power
Les sushis, un exemple de soft power japonais dans le cadre de son bunka power

Le Japon est aujourd’hui connu par le grand public pour sa culture (culinaire, littéraire, vestimentaire, architecturale, …) et non pas pour la puissance économique qu’elle est. Bien qu’il ait su se faire une place sur la scène internationale politique, économique et culturelle, il n’a que très peu de hard power du fait de son armée réduite et de sa population vieillissante. Cependant, les japonais sont connus pour leurs avancées dans les nouvelles technologies, représentant une force non-négligeable.  

Le gouvernement japonais a décidé de mettre en avant la culture traditionnelle et populaire du pays afin de mettre en avant le soft power culturel, le “bunka power”. Cette forme de soft power fait parti de ce que J.M Bouissou appelle la “globalisation culturelle”. 

Les formes indirectes de la puissance : des exemples de sujets du bac

Vous êtes maintenant bien rodés sur le sujet des formes indirectes de la puissance. Il est donc temps de tester vos connaissances pour être sûr de les avoir bien assimilées. Dans le cadre de cet article, nous vous donnerons les clés pour adopter la bonne posture devant un sujet sur les formes indirectes de la puissance. C’est un sujet qui peut tomber dans le cadre des évaluations communes de la classe de première !

Sujet 1 : Comment les puissances étatiques s’affirment-elles dans la mondialisation contemporaine ? 

Vous pouvez retrouver l’énoncé complet ici.

Sujet 2 : Quelles sont les principales formes indirectes de la puissance internationale d’un État ? 

Vous pouvez retrouver l’énoncé complet ici.

Conseils : il est nécessaire de faire une remise en contexte et d’expliquer ce qu’est le hard power et le soft power. Attention à toujours remettre vos idées dans le contexte géopolitique adéquate.  

Introduction : définissez ce qu’est le hard power et le soft power. Pour cela vous pouvez citer J. Nye. Faites également une rapide remise en contexte des grandes puissances et leurs rapports de force. 

I. Un pouvoir et une influence culturel

Ici, il est pertinent de parler de la langue, de la place qu’a eu la colonisation et plus actuellement des instituts Confucius et de leur importance. Il est également possible de parler de l’influence culturelle que certains pays possèdent.

II. Les voies de communications : enjeux politiques et économiques

Vous pouvez expliquer les enjeux qu’il y a derrière le projet OBOR et comment celui-ci s’imbrique dans une stratégie plus globale du pays. 

III. Les multinationales, nouveaux concurrents des pouvoirs étatiques 

Il est nécessaire d’expliquer la place qu’on les GAFAM dans les relations internationales et en quoi ces entreprises peuvent concurrencer la souveraineté d’un Etat. Il est également pertinent de montrer l’impact que ces rapports de force ont dans les relations internationales via la création des BATX. 

Conclusion 

La définition de “puissance” est en pleine mutation. Il ne suffit plus d’avoir une grande armée pour se faire une place sur la scène internationale. L’arrivée de nouveaux acteurs ainsi que l’apparition de nouveaux facteurs changent les règles du jeu et le soft power jouent un rôle essentiel dans ces nouveaux rapports de force. Pour poursuivre les révisions, c’est par ici !