La construction européenne : entre élargissement, approfondissement et remises en question

“La construction européenne : entre élargissement, approfondissement et remises en question” est un chapitre de Terminale qui s’inscrit dans la séquence “Les remises en cause économiques, politiques et sociales des années 1970 à 1991”. Pour vous aider à traiter cette thématique lors de l’épreuve, voici une fiche complète qui résume tout ce que vous devez savoir. N’hésitez pas à la relire plusieurs fois et à bien l’apprendre. 

 

 

La construction européenne en bref

Dès 1950, la construction européenne répond à un double objectif : assurer la paix sur un continent ravagé par les deux guerres mondiales et permettre la prospérité des pays membres alors que les Etats-Unis et l’URSS dominent le monde. La construction européenne a été initiée par six pays « fondateurs ». Elle s’est ensuite élargie petit à petit, à sept reprises depuis la mise en place de la CECA, passant de six à vingt-huit membres. A ces élargissements se sont ajoutés des approfondissements, l’Union Européenne élargissant son champ de compétences, de l’agriculture à la monnaie. 

Néanmoins, la construction européenne n’a pas tenu toutes ses promesses. Si la paix semble assurée sur le continent, la croissance des pays membres est faible depuis plusieurs années, le chômage reste élevé, notamment dans les pays du Sud de l’Europe et la crise migratoire de 2015 a suscité une crise identitaire forte dans certains pays européens. Ces crises économiques et sociales provoquent la montée des partis eurosceptiques sur les scènes politiques européennes. Ceux-ci remettent alors en question leur appartenance à l’Union Européenne.

 

Contextualisation : la construction européenne dans l’histoire 

De 1939 à 1945, la Seconde guerre mondiale ravage l’Europe et le monde. Les pays européens, qui étaient encore au début du siècle parmi les premières puissances économiques et politiques du monde, sortent très affaiblis du conflit et sont relayés à une place de second rang sur la scène mondiale. En effet, si la construction européenne est consécutive à la Seconde guerre mondiale, elle naît également dans un contexte de Guerre Froide, pendant laquelle les deux Grands (URSS et Etats-Unis) se partagent le monde. La fin de la Guerre Froide marque un nouvel élan pour la construction européenne, qui peut s’élargir à l’Est et s’approfondir, notamment au niveau monétaire. Depuis, l’Union Européenne a dû faire face à plusieurs crises économiques et financières.

 

Les éléments clefs pour comprendre la construction européenne

1. Les dates clefs :

  • 1951 : création de la Communauté Economique du Charbon et de l’Acier (CECA). Cette communauté rassemble les six pays « fondateurs » de l’Europe : la France, la République Fédérale d’Allemagne (RFA), l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Belgique.
  • 1962 : début de la Politique Agricole Commune, qui était et reste un des piliers de la construction européenne. La PAC représente aujourd’hui plus d’un tiers du budget de l’Union.
  • 1986 : signature de l’Acte Unique.
  • 1985 : signature des accords de Schengen qui prévoient la suppression progressive des frontières entre les Etats membres pour permettre la libre circulation des biens et des personnes.
  • 1992 : signature du traité de Maastricht, la CEE devient l’Union Européenne. Ce traité renforce les pouvoirs du Parlement Européen de Strasbourg, institue une citoyenneté européenne et lance l’Union économique et monétaire qui mènera à la création de l’euro. La construction européenne n’est plus considérée uniquement sous l’angle de coopération économique et commerciale comme c’était le cas avec la CECA et la CEE. L’Union Européenne repose sur trois piliers : les Communautés européennes, la Politique étrangère et de sécurité commune, et la coopération policière et judiciaire en matière pénale.
  • 1999 : création de la zone euro, qui compte aujourd’hui 19 Etats membres. La monnaie fiduciaire (pièces et billets) n’entre en circulation qu’en 2002.
  • 2005 : référendums dans les pays membres de l’UE. Les référendums prévoient la mise en place de la « Constitution européenne », les électeurs français et hollandais rejettent ce référendum.
  • 2007 : traité de Lisbonne qui reprend et simplifie les termes du projet rejeté par référendum.
  • 23 juin 2016 : Référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Le « Leave », pour quitter l’Union Européenne, l’emporte avec 51,89% des suffrages contre le « Remain ».

 

2. Les personnages clefs :

  • Konrad Adenauer (1876-1967). Chancelier de la RFA, Konrad Adenauer œuvre à la réconciliation de la France et de l’Allemagne, et participe à la création de la CECA.
  • Jean Monnet (1988-1979). Il est l’un des pères fondateurs de l’Europe et considère que l’Europe se fera par des « petits pas » et des « réalisation concrètes ». En tant que ministre français du Plan, il est un des artisans du projet de la CECA.
  • Robert Schuman (1886-1963). Ministre des affaires étrangères français de 1948 à 1953. Il prononce en 1950 un discours historique en appelant à la mise en commun des productions de charbon et d’acier entre la France et l’Allemagne.

 

3. La carte à retenir : union-europeenne-elargissement

 La carte officielle des élargissements de « Toute l’Europe » 

 

  • 1957 : traité de Rome. Ce traité institue la Communauté Économique Européenne et la mise en place du marché commun. 
  • 1973 : première vague d’élargissements, en intégrant le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark, l’Europe des Six devient l’Europe des Neuf.
  • 1981 : alors que la Grèce est un pays plus pauvre que les autres pays membres, elle est accueillie au sein de la CEE. Le Président français, Valéry Giscard d’Estaing justifiera cette entrée par des raisons culturelles « On ne ferme pas la porte à Platon ».
  • 1986 : la CEE s’élargit en accueillant les pays de la péninsule ibérique, l’Espagne et le Portugal.
  • 1995 : l’Union Européenne s’élargit au Nord et compte désormais quinze membres avec l’Autriche, la Finlande et la Suède.
  • 2004 : l’UE s’élargit à l’Est et intègre dix nouveaux Etats membres : Hongrie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovénie, Slovaquie, République Tchèque, Chypre et Malte.
  • 2007 : la Roumanie et la Bulgarie entrent dans l’UE.
  • 2013 : dernier élargissement avec l’entrée de la Croatie dans l’Union Européenne.

 

Les exemples à réutiliser pour parler de la construction européenne

La crise de la zone euro en 2015

La zone euro est créée en 1999 et compte aujourd’hui 19 Etats membres. Ces derniers partagent une monnaie commune, l’euro ainsi qu’une politique monétaire commune. Cette politique est menée par la Banque Centrale Européenne à Francfort qui contrôle les taux d’intérêts ainsi que la quantité de monnaie en circulation. La politique budgétaire des Etats membres reste libre, ils peuvent donc s’endetter, avec néanmoins des critères à respecter (critères de Maastricht).

Après la crise des subprimes de 2008, certains Etats membres de la zone euro, déjà fortement endettés, ont eu recours à l’emprunt pour relancer leur économie. La dette de certains pays devient insoutenable, la dette grecque passe de 103% du PIB en 2007 à 172% en 2011. La Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie risquent le défaut de paiement si rien n’est fait. Les Européens ont alors le choix d’aider ou non ces pays à restructurer leurs dettes, avec le risque qu’ils sortent de la zone euro le cas échéant. Finalement, les pays les plus endettés (Grèce, Irlande et Portugal) sont aidés mais doivent mettre en place des réformes structurelles pour faire des économies budgétaires.

Cet exemple illustre plusieurs caractéristiques de la construction européenne. Tout d’abord, si certaines compétences deviennent communautaires au fur et à mesure des approfondissements, ils n’impliquent pas forcément une solidarité entre les Etats membres, qui défendent en premier lieu leurs intérêts nationaux. Aussi, la construction européenne avance souvent grâce aux crises, comme le disait Jean Monnet, « L’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises ». Enfin, la crise de la zone euro a montré les fragilités de l’intégration communautaire, qui était considéré jusqu’alors comme un processus irréversible.

 

L’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne

En 1987, la Turquie dépose officiellement une demande d’adhésion à l’UE. Cette demande fait suite à plusieurs tentatives de rapprochements, rapprochement qui débute dès 1959 avec une demande d’association à la CEE. La Turquie est reconnue candidate en 1999 et les négociations officielles sont entamées en 2005.

La demande d’adhésion de la Turquie suscite d’importants débats parmi les politiques et les opinions publiques européens. La Turquie est un pays géographiquement entre l’Europe et l’Asie, peuplé de plus de 77 millions d’habitants (elle deviendrait donc le deuxième pays le plus peuplé de l’UE, derrière l’Allemagne et devant la France) majoritairement musulmans.

L’entrée de la Turquie dans l’UE pose tout d’abord le problème des limites géographiques et culturelles de l’Europe. En effet, l’Europe n’est pas un continent parfaitement délimité. Le Général de Gaulle rêvait d’une Europe « de l’Atlantique à l’Oural », quand d’autres considèrent que l’intégration peut se faire avec des pays du Sud de la Méditerranée comme le Maroc ou la Turquie. De plus, la définition de la civilisation européenne, comme une civilisation issue des traditions grecques, romaines et chrétiennes, ne fait pas l’unanimité et pose la question de l’intégration de certains pays musulmans (Turquie, Maroc, Balkans).

Les débats autour de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne montrent également l’attachement de l’Union Européenne aux valeurs démocratiques. En effet, à la suite d’un coup d’Etat raté en 2016, la Turquie a pris des mesures de répressions contrevenant aux principes démocratiques. En rétorsion, le Parlement Européen a demandé le gel des négociations sur le processus d’adhésion.

Cet article de Major-prépa sur les enjeux géopolitiques de la Turquie pourrait également vous intéresser.

 

 

La construction européenne est donc un processus de mise en commun des compétences des Etats membres. Ce projet devait au départ assurer la paix et la prospérité sur le continent. La communauté européenne s’est élargie au fil des années et a approfondi ses compétences. La construction européenne pâtit néanmoins de réussites en demi-teinte et est de plus en plus critiquée comme le montrent le Brexit et la montée des partis eurosceptiques aux élections. Parmi les défenseurs de la construction européenne, deux visions s’opposent. D’une part les fédéralistes qui souhaitent un approfondissement important des compétences de l’Union Européenne. Et, d’autre part, les souverainistes, qui cherchent à limiter les compétences communautaires au profit des Etats. 

N’hésitez pas à poursuivre vos révisions en vous référant à d’autres fiches du de la même séquence ou encore en consultant d’autres articles du programme d’histoire en terminale, comme notre fiche ultime sur le Printemps des Peuples