L’échec du Printemps des peuples

Voici un article qui clôt notre cycle sur le Printemps des peuples et qui présente les conséquences de l’échec. Vous trouverez ici l’article complet sur l’origine du Printemps des peuples et ici celui sur le déroulement du Printemps des peuples.

 

L’échec du Printemps des peuples en Allemagne

En Allemagne, la crainte d’une révolution sociale, crainte d’être débordé par la foule, bouleverse les alliances. Le spectre de la violence révolutionnaire fait se rapprocher les libéraux des classes conservatrices. Ce rapprochement est vécu comme une trahison des libéraux. Certains y voient une tradition luthérienne : culte voué à l’autorité, à l’obéissance. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a eu de véritables actes de courage malgré l’échec du Printemps des peuples. Ce n’est du tout un pays passif politiquement. Mais dans son évolution politique et économique, l’Allemagne est encore freinée par le particularisme, avec de multiples projets de construction nationale différents. La bourgeoisie n’a pas vraiment fait l’apprentissage de la vie parlementaire.

 

L’échec du Printemps des peuples en Italie

Les italiens n’ont pas su saisir l’occasion au bon moment, d’où l’échec cuisant du Printemps des peuples.

Les événements s’enchaînent à toute vitesse. Dès la fin du mois de mai 1848, les Autrichiens reviennent en force sous les ordres de Radetzky qui reprend l’offensive. Face à l’offensive, Charles Albert abdique en faveur de son fils, Victor Emmanuel.

A Rome, un gouvernement provisoire est proclamé. Le pape est déchu et la République romaine proclamée le 9 février 1949. Le 9 mai, un triumvirat composé de Mazzini, Armellini et Saffi tente encore une fois de lutter contre l’Autriche et la France, mais c’est un échec. Le 4 juillet, les français entrent dans la ville et rendent ses Etats au pape. C’est le début du grand questionnement sur la place de Rome dans l’Italie. Peut-on faire l’Italie sans les Etats pontificaux ou sans lui donner pour capitale Rome ? Le pape Pie IX à son retour corse son pouvoir et devient plus conservateur que jamais.

Mazzini repart en exil, Garibaldi tente de regagner Venise. En août 1949, les Autrichiens occupent tous les duchés d’Italie.

 

 

L’échec du Printemps des peuples en Tchécoslovaquie

C’est une erreur de considérer que c’est un simple retour à l’absolutisme contre le libéralisme. Le régime qui se met en place avec François-Joseph et Schwarzenberg n’est pas un retour à la situation d’avant. En fait c’est un mouvement de modernisation.

Le chancelier Schwarzenberg est un diplomate, disciple de Metternich. Son objectif est simple : assurer la puissance autrichienne au centre de l’Europe. Pour cela, il faut maintenir l’absolutisme, mais moderniser la monarchie.

Schwarzenberg dissout le parlement qui avait projet d’État fédéral. En mars 49, FJ proclame sa propre constitution, de façon à rester fidèle aux promesses faites sans se lier les mains. C’est une constitution qui libéralise et modernise. La féodalité est abolie, les administrations locales revalorisées.  Ce régime laisse beaucoup plus de place aux représentants locaux, même s’il y a toujours un gouverneur autrichien.

La Tchécoslovaquie va conserver cette organisation jusqu’en 1948. 

 

 

Importance d’Alexandre Bach

Le ministre de l’intérieur et de la justice, Alexander Bach, avocat, proche des libéraux, est représentatif de ce mouvement. Il met en place le système Bach de maintien de l’ordre tout en modernisant. Ce système a trois piliers : L’Église, l’armée, la bureaucratie. L’Église retrouve son importance dans la société, avec notamment un nouveau concordat en 1865. L’Eglise joue désormais un rôle central dans les mariages et dans l’éducation.  

 

La théorie d’Antoine Marès : les Tchèques sous l’éteignoir

Les Praguois s’étaient opposé à la politique cléricale de Vienne, au contrôle de l’éducation, et au retour des jésuites en 1847. Ils vendaient notamment des éteignoirs en forme de jésuite, symbolisant ainsi l’étouffement de la vitalité tchèque par la jésuites. 

Karel Havliček, journaliste libéral, face à l’échec du Printemps des peuples, veut employer les armes légales pour faire valoir les revendications tchèques. Il publie en avril 1848 le journal Narodni Noviny. Narodni signifie du peuple / de la nation. Ce titre a de quoi  inquiéter les Autrichiens. Son journal est donc interdit en 1850.

Il essaye de contourner la censure. Il s’installe à la campagne, où on y échappe plus facilement. Il change de titre et l’appelle Slovan. Alexander Bach ordonne son arrestation en décembre 1851 et sa déportation à Brixen. Il meurt en 1856. Ses funérailles sont l’occasion de manifestation publique.  Les tchèques n’ont plus le droit de manifester suite à l’échec du Printemps des peuples, mais être présent à des funérailles sont une occasion de manifester. Havliček devient un véritable martyre, figure d’autant plus forte que ce n’était pas un révolutionnaire mais un homme qui essayait de changer les choses dans la légalité.

 

La vie intellectuelle tchèque après l’échec du Printemps des peuples

Elle existe encore après l’échec du Printemps des peuples, mais sous une forme très contrôlée. Les figures du premier plan sont écartés. Palacky, fondateur du comité du musée national, en est écarté en 52. Toutes les organisations du genre sont infiltrées de pro-autrichiens.

 

 

Les conséquences générales de l’échec du Printemps des peuples

De nouveaux régimes doivent être bâtis suite aux révolutions. L’effervescence révolutionnaire persiste – c’est l’essor des clubs, des journaux, de cercles de discussion. La vie politique se démocratise plus que jamais et de nombreuses mesures en faveur des libertés fondamentales (presse, culte, réunion) sont prises  Le 5 mars, le suffrage universel direct masculin est voté en France. Le servage disparaît de l’Empire autrichien.

Mais les tensions politiques demeurent. En juin, le peuple français se soulève, mais leur révolte est réprimée dans le sang. C’est la fin de l'”Illusion lyrique” et des rêves d’une république démocratique et social.  Les russes, turcs et autrichiens répriment les soulèvements en Pologne, Danube et Transylvanie. En Autriche, l’empereur Ferdinand est abdiqué, remplacé par François-Joseph en mai 1849. Les projets d’indépendance et d’unification en Allemagne, Hongrie et Italie avortent. Une Petite Allemagne est formée sans l’Autriche, sous la gouvernance de Frédéric-Guillaume de Prusse, lors de la conférence d’Olmütz en 1850 et en Italie, Charles-Albert est écrasé para les Autrichiens le 27 juillet 1848 à Custozza puis à Novare, le 23 mars 1849. Il abdique alors en faveur de son fils, Victor-Emmanuel. Les grandes figures du Printemps des peuples, Kossuth, Manin et Mazzini, s’exilent.

 

 

 

Pourtant de cet échec du Printemps des peuples, naitront les grandes nations que nous connaissons aujourd’hui. Même si sur le coup, ces événements n’aboutissent à rien, ils amorcent les nations à venir.