L’historien et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

L’historien et la mémoire de la seconde guerre mondiale en France est un sujet d’histoire au programme de terminale peut tomber aussi bien en majeure qu’en mineure. Dans les deux cas, il vous sera demandé de traiter le sujet par le biais d’un questionnement (c’est-à-dire une problématique), de développer vos arguments de réponse et de conclure – on veut une réponse définitive !

Alors, comment faire pour y répondre ? Gardez bien en tête les trois secrets : vous devez mobiliser vos connaissances (savoir), contextualiser votre argumentaire (comprendre) et avoir de l’esprit critique envers le sujet et les potentiels documents (s’adapter).

 

 

Savoir : dates, personnes, définitions et œuvres clefs sur l’histoire et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale

Il s’agit de montrer que vous avez appris votre cours. Mais attention – ce n’est jamais suffisant d’apprendre par cœur, il faut également comprendre (2) et savoir s’adapter (3). Surtout, n’apprenez pas tout : il vaut mieux très bien maîtriser quelques bons exemples, que de faire une récitation. La qualité avant la quantité !

Dates clefs sur l’histoire et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale

  • 1939-1945 : seconde guerre mondiale
  • 1945-1946 : procès de Nuremberg jugeant les dignitaires nazis
  • 1947 à 1953 : lois d’amnistie de collaboration (oubli par prescription des faits commis par les collaborateurs)
  • 1958 : retour du Général de Gaulle au pouvoir
  • 1960 : édification d’une grande croix de Lorraine au Mont Valérien, mémorial d’unité
  • 1961 : concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD)
  • 1961 : procès d’Eichmann en Israël, haut fonctionnaire du IIIème Reich, officier nazi et responsable logistique de la solution finale. Il a été condamné à mort puis exécuté en 1962 à Ramla.
  • 1967 : guerre des 6 jours, oppose Israël à l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban
  • 1973 : guerre du Kippour, oppose Israël à l’Egypte et la Syrie
  • 1974 : le milicien Paul Tourrer (?) est gracié par Pompidou
  • 1987 : condamnation de Klaus Barbie, étant à la tête de la gestapo lyonnaise
  • 1990 : loi Gayssot interdisant le négationnisme
  • 1992 : construction d’un Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation à Lyon
  • 1993 : journée de la commémoration des persécutions racistes et antisémites
  • 1994 : élévation d’un monument à la mémoire des victimes de la rafle du Vel d’Hiv (vélodrome d’hiver, place des Martyrs)
  • 16 juillet 1995 : repentance officielle de la France par Jacques Chirac et reconnaissance de la responsabilité dans la déportation des juifs
  • 1997 : condamnation de Maurice Papon à 10 ans de prison pour la déportation de 1600 juifs
  • 2000 : indemnisation des orphelins de la Shoah par l’Etat français
  • 2005 :  construction du Mémoriel de la Shoah (Paris, Marais)

Personnages clefs sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

Il faut absolument connaître certains personnages importants de cette époque pour traiter n’importe quel sujet sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Par exemple, le général de Gaulle, chef de la France Libre et de la résistance française depuis Londres est un personnage incontournable. Il a notamment contribué à la libération de la France à l’issue de la seconde guerre mondiale et a gouverné la France de 1958 à 1962.

Le général Pétain est resté à la tête du régime de Vichy, président de la France occupée par les nazis, condamné à mort en 1945 puis à perpétuité au regard de son âge et de ses exploits lors de la première guerre mondiale. Il sera emprisonné puis enterré sur l’île d’Yeu, où sa tombe est régulièrement fleurie.

Plusieurs intellectuels peuvent également illustrer de nombreuses dissertations sur le sujet de l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Robert Aron est un auteur d’Histoire de Vichy, un ouvrage justifiant la politique vichyssoise. Robert Paxton fut le premier historien américain à affirmer que le régime pétainiste était à l’initiative de la déportation de 76000 juifs. Il refuta ainsi la théorie du glaive et du bouclier de Robert Aron. Simone Veil est une rescapée des camps, magistrate, ministre et députée européenne. Elle a porté la voix des victimes des camps dans les plus hautes sphères politiques. La loi Veil, votée en 1974, légalise l’interruption volontaire de grossesse (IVG, avortement).

D’autres figures ont joué un rôle très important dans l’histoire et la mémoire de la seconde guerre mondiale. C’est le cas de Georges Pompidou, président de la France de 1963 à 1974 qui a gracié Paul Tourrer en 1974. Ce dernier fut ensuite condamné à perpétuité en 1994 avant de décéder en 1996. C’est le seul français condamné pour crime contre l’humanité. Raul Holberg, un historien américain auteur de La Destruction des Juifs d’Europe en 1961, fut le premier historien à décrire la Shoah sous tous ses aspects. Jacques Chirac, enfin fut le premier président à avoir fait acte de repentance à Auschwitz Birkenau en 1995 au nom de la France.

Termes clefs sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

Il faut garder plusieurs termes à l’esprit en traitant une dissertation sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Sachez ce que signifie le résistancialisme. C’est un terme d’Henri Rousso qui illustre l’idée d’une France unanimement résistante. Il faut également connaître le mythe du glaive et du bouclier par Raymond Aron. L’attitude attentiste est également un terme important. La démythification propose une lecture inédite du rôle de Vichy. La Shoah est un terme hébreu signifiant « catastrophe » et désignant l’extermination génocidaire de 6 millions de juifs durant la seconde guerre mondiale. Le négationnisme est un courant de pensée niant, contestant ou amoindrissant la Shoah. L’hypermnésie est l’exaltation de la mémoire, volonté excessive de se remémorer son passé.

Œuvres clefs à connaître sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

L’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est un sujet qui fait appel à de nombreuses références culturelles à connaître pour le bac. On citera notamment le Chagrin et la Pitié, un documentaire de Marcel Öphuls sorti en 1971 qui change la vision résistancialiste à travers la compilation d’archives de guerre et de témoignages. On pourrait penser aussi à Lacombe Lucien, film sorti en 1974 qui montre le parcours d’un français hésitant à rejoindre les vichystes. Papy fait de la résistance, film également devenu célèbre, de 1983 ou encore la Shoah, un documentaire de 9h ½ réalisé par Claude Lanzmann qui compile des témoignages de personnes nazies, résistantes et neutres.

Comprendre : Contexte pour la problématique sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

Le mythe résistancialiste

A l’issue de la seconde guerre mondiale en 1945 et d’une brève ère de « purge » à l’avantage des vainqueurs de la France Libre et des communistes, les collaborateurs sont condamnés en masse. Le procès de Nuremberg de 1945, jugeant les dignitaires nazis, symbolise légalement la fin de leur pouvoir. Néanmoins, toutes les sanctions ne sont pas prononcées au tribunal : c’est aussi le temps des vengeances personnelles, du rasage des cheveux des femmes ayant eu des relations avec l’occupant, des meurtres non jugés. Pour éviter l’escalade d’une haine et la fracture sociétale, le Général de Gaulle alors au pouvoir décide d’unir la France sous un seul et même mythe résistancialiste. Ce courant prétend que l’ensemble des français avait contribué à la libération du pays, encouragé par les lois d’amnistie qui désengorgent les prisons. Le régime pétainiste trouve aussi ses justifications dans l’idée du « glaive et du bouclier », théorie de Raymond Aron censée réhabiliter l’intérêt de Vichy. L’époque gaulliste a pour but d’apaiser les consciences et de pacifier une population divisée.

Le réveil de la mémoire

Néanmoins, la mémoire de la Shoah se réveille sous divers aspects au début des années 60. Tout d’abord, le procès extrêmement médiatique d’Eichmann – responsable logistique de la solution finale – en Israël en 1961 permet de clamer l’horreur qu’étaient véritablement les camps de concentration et d’extermination. En découle une vague de procès de dignitaires nazis ou collaborateurs de haut rang (Klaus Barbie, Maurice Papon…) permettant de retracer de manière objective les exactions commises. Cela est enrichi par un travail d’archive conséquent, conduit conjointement par des artistes (le cinéaste Marcel Öphuls avec Le Chagrin et la Pitié, le cinéaste Claude Lanzmann avec Shoah) et des historiens comme Robert Paxton, réfutant le mythe résistancialiste. Par ailleurs, Israël prend un rôle de plus en plus conséquent à la suite de sa victoire des guerres de 6 jour et du Kippour, lui permettant d’insister internationalement sur la réalité que fut la Shoah pour les juifs.

La prise de responsabilités

Cette démythification et la réhabilitation d’une mémoire collective et juive a deux conséquences principales : d’une part, la reconnaissance par les états de leur responsabilité dans les crimes de guerre et, de l’autre, la montée du négationnisme. C’est ainsi que le 16 juillet 1995, le président français Jacques Chirac reconnait officiellement le rôle de la France dans la déportation des juifs, ce qui sera suivi par la construction d’un mémoriel pour la Shoah à Paris en 2005 et de l’indemnisation des orphelins de la Shoah en France. Face aux individus niant l’existence de la Shoah, la loi Gayssot votée en 1990 condamne le négationnisme.

De nos jours, la politique mémorielle a pour objective de montrer, avec nuance, la volonté française d’unifier la nation sous un mythe résistancialiste commun et les efforts constants du pays pour reconnaître sa responsabilité dans les crimes commis.

Quelques exemples de problématique sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

Quelle évolution de la politique mémorielle française à l’issue de la seconde guerre mondiale ?

Dans quelle mesure la politique mémorielle française a-t-elle reconnu les crimes perpétrés lors de la seconde guerre mondiale ?

En quoi la politique mémorielle française de la seconde guerre mondiale s’est-elle heurtée à une opposition résistantialiste et négationniste ?

 

S’adapter : utiliser les exemples avec pertinence selon les sujets

 

La grande vadrouille : film français très populaire sorti en 1966 avec notamment Louis de Funès. Il décrit l’épopée de deux individus sous la France occupée durant la seconde guerre mondiale.

Exemple d’utilisation: le mythe résistancialiste, après la seconde guerre mondiale, exalte la mémoire des résistants français et l’idée, factice, d’une France unanimement liguée contre l’occupation nazie. Les discours politiques rejoignent la culture populaire comme le montre La Grande Vadrouille, film culte de 1966 qui dépeint les aventures rocambolesques de français sous le régime de Vichy. Permettant de traiter avec humour cette sombre période, elle traduit une volonté sociale de rejeter, par la moquerie, le régime pétainiste et l’affiliation des français à celui-ci.

Procès d’Eichmann : en 1961, Adolf Eichmann est jugé en Israël (le lieu étant important !) après son extradition d’Amérique du Sud.

Exemple d’utilisation: Le réveil de la mémoire se fait notamment à travers le témoignage de victimes de la Shoah, pouvant prouver par leur incarnation et récits toute l’horreur des camps d’extermination. En 1961 en Israël, le procès d’Adolf Eichmann, haut dignitaire nazi responsable de la logistique des camps, ouvre la parole des juifs déportés. Très médiatisé et symbolique, son procès permettra ainsi la description minutieuse de la solution finale et donnera un visage à celle-ci. En ce sens, le mythe résistancialiste est lentement déconstruit par l’ensemble des témoignages à son encontre.

16 juillet 1995 : Jacques Chirac, alors président de la France, reconnait la responsabilité de l’Etat dans la déportation des juifs lors de la seconde guerre mondiale.

Exemple d’utilisation: La fin du siècle est marquée par une forte volonté politique de reconnaître les responsabilités des états dans la seconde guerre mondiale et, plus particulièrement, dans la Shoah. En 1995, le président Jacques Chirac reconnait ainsi la responsabilité de la France dans la déportation des juifs, à l’occasion de la commémoration du 53ème anniversaire de la Rafle du Vel d’hiv. Son discours marquera une rupture importante avec les mythes résistancialistes auparavant véhiculés par l’Etat.

 

 

Cette fiche doit être un support pour vos révisions et ne doit pas se substituer à l’apprentissage de votre cours (au-delà d’être studieux, soyez curieux !). N’oubliez pas de vous entraîner sur des annales et de bien apprendre la méthodologie. N’hésitez pas à consulter d’autres fiches pour réussir votre épreuve du bac.