La Troisième République : la mise en oeuvre du projet républicain

Voici une fiche qui résume tout ce qu’il faut savoir sur la mise en œuvre du projet républicain pour le thème La Troisième République avant 1914 : un régime politique, un empire colonial.

 

La  mise en œuvre du projet républicain

Introduction

La République naît le 4 septembre 1870 du chaos politique qui suit la guerre contre la Prusse et l’effondrement du Second Empire. Elle s’impose par défaut, faute d’accord de ses ennemis. La République est alors le régime qui divise le moins les Français. Le gouvernement de la défense nationale qui se constitue n’est d’ailleurs qu’un « gouvernement provisoire » et la France est loin d’être Républicaine. Il faudra cinq ans de conquêtes (1870-1875), de crises et de lutte par les républicains pour instaurer une République qui n’est encore en septembre 1870 qu’une coquille vide.

Il faut attendre la veille de la guerre et la montée des tensions pour voir la République rallier complètement ses anciens ennemis autour des valeurs nationales. L’entrée en guerre cimente : les socialistes sont les premiers à entrer au gouvernement, les catholiques sont pressentis, les antimilitaristes acceptent l’idée de la guerre, l’Action Française appelle au combat… La République rallie ainsi à elle en 1914 la totalité des Français – 1914 est l’apogée de la IIIe République.

 

Grandes évolutions

1870-1879 : Les républicains à la conquête de la République

Après avoir écarté le danger socialiste de la Commune, Adolphe Thiers obtient les rênes du pouvoir alors qu’il est orléaniste. Pour les monarchistes derrière lui, il n’est qu’un intermède avant la restauration mais ils sont encore trop divisés (légitimistes, orléanistes, catholicisme ultramondain…) pour définir un autre projet République. Les droites sont donc contraintes d’entrer en République. Thiers va paradoxalement permettre la stabilisation de la République comme régime de long terme en France en lui donnant l’image de l’ordre social et de la paix.

Les premières bases de la République sont alors jetées : le 30 janvier 1975 est signé l’amendement Wallon qui reconnaît la République et la figure du président élu à la majorité des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés et les lois constitutionnelles.

La conquête de la République par la gauche passe aussi par la multiplication de petits journaux de département, la fondation d’écoles primaires laïques, l’action des loges maçonniques, foyer des républicains… Les progrès électoraux sont alors rapides jusqu’à l’élection de Jules Grévy président de la République et Gambetta comme président de l’Assemblée. La République est enfin occupée par les républicains.

 

1879-1889 : La République installée

Malgré une République qui s’installe, la continuité républicaine n’est pas perçue en 1979 : les monarchistes conservent des positions clés et une grande influence dans la société ; les institutions ont encore besoin d’être consolidées. Les Républicains sont eux-mêmes divisés entre opportunistes (Gambetta et Ferry) , les radicaux (Clemenceau) et les orléanistes ralliés.

Les Républicains ont désormais le projet d’enraciner les valeurs de la République dans la société française par l’affirmation des libertés fondamentales et un projet d’unification de la nation autour des valeurs de 1789. En voici les grands moyens :

  • Politique des “grandes libertés” : un ensemble de libertés sont mises en place entre 1881 et 1885 (loi sur la liberté de réunion en juin 1881,liberté de la presse en juillet 1881, création de syndicats professionnels en 1884…)
  • Mise en place d’un paysage républicain : le siège du pouvoir est transféré de Versailles à Paris en juin 1979, le 14 juillet devient le jour de la fête nationale en 1880, la République célèbre ses grands hommes avec les funérailles nationales de Victor Hugo le 1er juin 1885, les statues de la République s’érigent (celle place de la République à paris en 1879)…
  • Laïcisation de l’école et de la société : l’école a pour vocation d’enraciner la république dans l’esprit des futurs citoyens. Jules Ferry en fait alors une institution gratuite (1881), laïque (1882) et obligatoire (1882)
  • Promotion d’une culture républicaine : on lit Hugo, l’Histoire de France de Lavisse et on apprend la géographie du territoire pour donner une image de l’État républicain (pédagogie de l’unité nationale). 

Quelques points noirs vont cependant fragiliser cette République naissante :

  • Crise économique 
  • Recul de la puissance française face à l’Allemagne
  • Usure de la politique républicaine (1885 : perte de majorité – l’instabilité gouvernementale s’installe) et montée du Boulangisme (crise de confiance en la République amène à suivre Boulanger, un militaire revanchard et patriotique qui veut régénérer la République et rassembler l’ensemble du spectre politique – échec du mouvement en 1889 qui éclate de lui-même).

 

1889-1899 : Une République contestée

Si la République affermit ses bases et élimine ses anciens ennemis, elle conserve des ennemis qui durcissent leur discours alors que d’autres apparaissent (courants révolutionnaires, structuration de l’antisémitisme autour de l’affaire Dreyfus, nationalisme…).

Nous avons d’abord un réveil de l’Eglise : les catholiques restent influents dans le corps des officiers et les religieuses sont 3 fois plus nombreuses qu’avant la Révolution. Ils fournissent aussi la plupart du personnel des hôpitaux (soeurs soignantes).

On a aussi une menace anarchiste : vagues d’attentats contre des figures politiques (bombe au palais bourbon en 1893, assassinat de Sadi Carnot en 1894…), grèves en faveur de la revendication des heures de travail réprimées par l’armée en 1891.

Naissance d’une nouvelle opposition de gauche : face à la répression des oppositions ouvrières dures, la classe ouvrière se sent meurtrie, dispersée et surveillée – elle rêve d’un projet réformiste. Les idées de marx se diffuse également : les mouvements de Jules Guesde, de la Fédération des travailleurs socialistes de France gagnent du terrain. Le mouvement syndicale gagne également en force (création de la CGT en 1895).

L’extrême-droite se développe également contre la République : montée de l’antisémitisme (les juifs seraient responsables de la décadence de la France), ligues nationalistes se forment (la ligue des patriotes de Déroulède par exemple) et figures fortes (Maurice Barrès et Charles Maurras).

Enfin, la République connaît une crise de ses valeurs autour de l’affaire Dreyfus où viennent se cristalliser antisémitisme et nationalisme. Elle commence en 1894 quand un capitaine est arrêté pour espionnage au profit de l’Allemagne. Elle oppose les défenseurs de l’Etat et de l’armée à ceux de la République et de ses libertés. 

 

1899-1914 : La renaissance républicaine

Face à l’affaire Dreyfus et au sentiment d’une République en danger se constitue un gouvernement de Défense nationale autour de Waldeck-Rousseau en 1899. Les Républicains redeviennent les défenseurs des droits de l’homme. Commence alors la reconquête des républicains : ouverture à gauche en acceptant les idées radicales (loi de 1901 sur les associations) et adoption d’une politique sociale (création d’un ministère du travail en 1906, loi d’assistance en 1905). Jaurès permet de faire rallier une grande partie du mouvement socialiste à la République et le socialisme devient l’extrême-gauche de la mouvance républicaine. 

Les Républicains veulent également terminer la guerre religieuse, dernière épine à la pleine installation de la République. Avec la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 (gouvernement Combes), l’Église devient une association de droit privé et est exclue du domaine politique. 

Dates importantes

4 septembre 1870 Proclamation de la République
28 janvier 1871 Armistice
10 mai 1871 Traité de Francfort
31 août 1871 Loi Rivet : Thiers est “Président de la République”
30 janvier 1875 Amendement Wallon
24 février 1875 Loi constitutionnelle instaurant le Sénat et organisant les pouvoirs publics
16 juin 1875 Loi organique instaurant le scrutin d’arrondissement uninominal à deux tours
12 juillet 1875 Loi autorisant les facultés catholiques
1879 Adoption de la Marseillaise comme hymne nationale
1881-1882 Lois Ferry
1885 Obsèques nationales de Victor Hugo
9 décembre 1893 Auguste Vaillant lance une bombe dans la Chambre
22 décembre 1894 Dreyfus condamné à la déportation au Conseil de Guerre 
13 janvier 1898 Zola publie “J’accuse” dans l’Aurore
1898 Loi sur les accidents du travail
janvier 1899 Obsèques de Félix Faure, tentative de coup d’état de Déroulède
22 juin 1899 “Gouvernement de défense républicaine” de Waldeck-Rousseau
1er juillet 1901 Loi sur les associations
9 décembre 1905 Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat
12 juillet 1906 Dreyfus innocenté par la Cour de Cassation

 

Personnages importants

Adolphe Thiers (1797-1877)

Président de la République entre 1871 et 1873, qui met fin à la guerre avec la Prusse et contribue à la reconstitution politique de la France. Il se rallie notamment à la République, au moins comme un régime de transition et finit, grâce à une stabilisation rapide de la France, à l’ancrer dans le paysage français comme un régime de paix et d’ordre, loin du mythe rouge de la commune. Il est mis en minorité en 1873 par la droite qui le voit comme le nid du radicalisme (à l’époque à l’extrême-gauche). 

 

Jules Ferry (1832-1893)

Né dans les Vosges, avocat au barreau de Paris à partir de 1855 et au premier rang de l’opposition républicaine sous le Second Empire, il se fait élire député de la Seine en 1869 puis des Vosges en 1871. La mort de Gambetta en 1882 lui profite, étant beaucoup moins charismatique que lui et un médiocre orateur. Il réunit les opportunistes autour de lui. De février 1879 à mars 1885, Ferry détient cinq ans le portefeuille de l’Instruction publique, il est président du conseil de septembre 1880 à novembre 1881 puis de février 1883 à mars 1885 où il est renversé. 

Son oeuvre politique : il fait passer les lois sur les libertés de réunion (30 mai 1881) et de presse (29 juillet 1881) et rend l’école primaire gratuite (juin 1881), obligatoire (1882) et laïque (1882). Il soutient également l’oeuvre coloniale (favorable à la colonisation). 

 

Gambetta (1838-1860)

Il se fait connaître en 1868 comme opposant au régime impérial en défendant Charles Delescluze, un journaliste républicain. Le procès est perdu et Delescluze condamné à la déportation, mais Gambetta accède à la notoriété. Quelques mois après son entrée en politique et à trente ans à peine, Léon Gambetta est candidat aux élections législatives de 1869. Il est élu député de Belleville sur un programme radical en avril 1869, qui prône la liberté de la presse, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’instauration d’un impôt sur le revenu, l’élection des fonctionnaires et la suppression des armées permanentes. 

Le 4 septembre 1870, il proclame avec d’autres républicains comme Ferry, depuis l’Hôtel de Ville la déchéance de Napoléon III et l’instauration de la République. Nommé ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Défense nationale, il s’échappe de Paris assiégé en ballon. Il tente ensuite de réorganiser les troupes française pour contrer l’avancée des prussiens et est partisan de la poursuite de la guerre. Considérant l’armistice comme un trahison, il démissionne du gouvernement provisoire. 

Réélu député en 1871, ce « commis-voyageur » de la République parcourt la France pour dénoncer le cléricalisme et tenter de convaincre les Français d’adhérer aux idées républicaines. Il fonde La République française, en novembre 1871, qui devint l’un des journaux les plus influents en France, s’opposant avec force à la restauration de la monarchie. 

Il est appelé à la présidence du Conseil en novembre 1881 mais le « grand ministère » Gambetta est renversé en janvier 1882. Gambetta meurt quelque mois après cet échec des suites d’une blessure et reçoit des funérailles nationales.

 

 

Clémenceau (1841-1870)

Il est élu en tant que radical et essaie en 1870 de s’interposer entre les communards et les versaillais. Il devient le chef des radicaux. Clémenceau acquiert sa réputation de tombeur de ministères en renversant le gouvernement Gambetta. Il attaque Jules Ferry, et favorise au départ la carrière de Boulanger. Il est nommé en 1906 président du Conseil et crée le ministère du travail. Il intervient néanmoins personnellement dans les conflits sociaux, et revendique son titre de « premier flic de France ». Il rentre dans l’opposition après 1909.

Il apparaît comme l’homme indispensable de l’année 1917 et Poincaré le nomme président du conseil le 9 novembre 1917. Il est au premier plan à la conférence de la Paix à Versailles. Il démissionne du Conseil pour se présenter à la présidence de la République mais il échoue à se faire élire. 

Il est aussi journaliste à L’Aurore (il publie l’article de Zola en 1898).

 

Maurice Barrès (1862-1923)

Nationaliste s’inscrivant dans le sillage de Renan, écrivain et politique (il est élu en 1889, en tant que Boulangiste de gauche, sur un programme social et xénophobe), il est propulsé parmi les leaders antidreyfusards et constitue l’un des fondateurs de la ligue de la patrie française.

Doctrine : Barrès est un boulangiste radicalisant, républicain antiparlementaire, se réclamant de la commune, avec un anticléricalisme important : il appelle en 1889 un socialisme d’état et un homme imposant ses volontés pour venir au secours des déshérités. Mais Barrès est antisémite et xénophobe. Revendiquant un socialisme national, il tente d’unir les français contre les étrangers. Ces positions se renforcent durant l’affaire Dreyfus, son nationalisme rejoignant le déterminisme et le racisme.

 

Charles Maurras (1868-1952)

Charles Maurras considère Barrès comme un maître mais il ouvre voie à autre nationalisme, fondée sur l’idée de menace mortelle de l’anti-France protestante, juive et métèque face à la France catholique et latine. Il partage avec Barrès la xénophobie, antisémitisme, sentiment de décadence, haine de la démocratie… Il délaisse cependant le romantisme de Barrès pour construire un projet de « nationalisme intégral », fondé sur la restauration de la monarchie. 

Il est une sinon la figure de proue de l’Action Française (il la fonde en 1899).

 

Jean Jaurès (1859-1914)

Attiré très jeune par la politique, il éprouve une grande admiration pour Gambetta et Jules Ferry. En 1885, il entre à l’Assemblée nationale comme député du Tarn, aux côtés des républicains opportunistes mais il est battu aux élections de 1889.

À partir de 1893, il épouse pleinement la carrière politique en devenant député de la ville minière de Carmaux. Il adhère alors au Parti Ouvrier Français et lutte pour l’unité du mouvement socialiste, et s’oppose à Jules Guesde. 

En 1904, il fonde le journal l’Humanité. L’année suivante, il est l’un des principaux artisans de la fusion des deux partis socialistes français qui donnèrent naissance à la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière).

Jaurès finit par l’emporter sur les guesdistes, plaidant pour une unité dans la République. En tant que parlementaire, Jaurès participe aux grandes batailles socialistes (lois pour l’enseignement, lois ouvrières…). À partir de 1906, il s’efforce de faire progresser, par-delà l’unité socialiste, l’unité ouvrière avec la CGT et est à l’origine du rapprochement entre les partis et les syndicats.

Ses prises de position en faveur du pacifisme le rendent très impopulaire parmi les nationalistes et il est assassiné le 31 juillet 1914, trois jours avant le déclenchement des hostilités.

 

Exemples de problématisation

Sujet : En quoi pouvons-nous affirmer que “La République n’en finit pas de commencer” (Maurice Agulhon) en France entre les années 1870 et 1889 ?

Pistes de réflexions : la IIIème République naît le 4 septembre 1870 et pourtant le 4 septembre n’est pas une date de fête nationale. Les esprits ont fait table rase de la date… en réalité la République du 4 septembre 1870 n’est pas encore un régime républicain. Le régime ne cesse de se remettre en cause dans ses premières années, dans un éternel recommencement, comme si justement elle ne cessait de commencer. En quoi la République de 1870 n’en est pas encore une ? Qu’est-ce qui fait une République ? Quand et comment le République s’installe véritablement en France ? La République n’est d’ailleurs pas nouvelle, mais la renaissance d’un modèle de la Révolution. Quand est-ce que le dénouement de son commencement prend-il fin ?

 

Pistes de plan :

  1. 1870-1879 : le véritable départ du régime ou un faux-départ ?

Exemple : Thiers dirige le pays et donne une couleur conservatrice à la République. Les monarchistes se rangent derrière Thiers dans l’espoir d’une restauration, ne voyant dans la République qu’un régime de transition. Si Thiers permet à la République de s’enraciner en l’assimilant à la stabilité, elle est encore dirigée par ses opposants… 

  1. 1879-1885 : début du vrai commencement ou renaissance d’un modèle ancien ?

Exemple : ce sont les années en faveur de l’évolution des institutions en faveur des libertés (la liberté des réunions publiques, la liberté de la presse, le droit à l’existence de syndicats professionnels…) : les institutions réformées par les républicains consacrent l’avènement de la République. De plus, on tente de donner une légitimité durable à la République à travers de rite et de symboles : la Marseillaise devient hymne national en 1879, le 14 juillet devient le jour de fête nationale en 1880, les grands hommes sont célébrés comme icônes du projet républicain (funérailles nationales de Victor Hugo le 1er juin 1885),

Cependant, les institutions restent cependant dans la continuité des lois de 1875, sans répondre aux exigences des républicains les plus radicaux et la République paraît encore fragile face aux crises : La République a commencé, mais rencontre encore une forte opposition (crise boulangiste débute).

  1. 1885-1889 : l’installation définitive de la République ou simple fin de commencement ?

Exemple : l’échec du boulangisme et réflexe de défense nationale des républicains fait reprendre la République des mains des opposants. La France rurale se rallie à la République comme les quartiers populaires…

Ouverture : les années 1890 voient de nouveaux ennemis se présenter au régime (nationalisme, syndicalisme…) – le régime n’est-il jamais acquis ?

 

Conclusion

La IIIème République naît d’une défaite et constitue alors un régime de transition pour la plupart des Français. Les Républicains forment eux-mêmes une forme d’opposition en 1870 et ce sont les monarchistes qui règnent. Le projet républicain s’impose peu à peu, d’abord constitutionnellement en 1875 puis symboliquement dans les années 1880, jusqu’à l’emporter sur le projet monarchiste. La République capte progressivement le patriotisme puis les catholiques, les masses rurales gagnées au radicalisme avant enfin le socialisme et le nationalisme qui se placent dans le spectre politique aux extrêmes. Le consensus républicain s’affirme. 

Ainsi, à la veille de la guerre, la IIIème République a su rallier un pays face à l’Allemagne revancharde. Ses ennemis ne sont plus en 1914 que groupusculaires. Seule l’Allemagne attire toute l’animosité de la République désormais incarnée dans l’Union Sacrée. La République est la patrie à défendre. 

 

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