La poésie de la Pléiade – Bac de Français

A la poésie en latin du Moyen Age, se succède une période de renouveau majeur – la naissance de la Pléiade. Dans ce deuxième article de la série sur l’histoire de la poésie, vous apprendrez tout ce qu’il faut savoir sur la Pléiade. Cette fiche vous sera très utile pour l’épreuve écrite de français, de quoi réussir à commenter n’importe quel poème qui pourrait tomber à l’écrit ! 

 

Ronsard, la Pléiade renouvelle-t-elle la poésie française ?

Rien d’étonnant, à ce que dans la préface des Odes (1550), Ronsard critique la poésie française qu’il trouve « faible et languissante ».

« Je ne fai point de doute que ma Poësie tant varie ne semble facheuse aus oreilles de nos rimeurs (…) pour le mons, je m’assure qu’ils ne me sçauroient accuser, sans condamner premierement Pindare, auteur de telle copieuse diversité.(…) Dans mes autres livres (…) tu pourras (…) contempler de plus près les saintes conceptions de Pindare, et ses admirables inconstances » (Odes, Livre I, vers 47 – 48)

Retranscription simplifiée : Je ne doute pas que ma poésie, si variée, choque les oreilles de nos rimeurs (les poètes contemporains) (…) mais au moins, je m’assure qu’ils ne puissent m’accuser sans condamner Pindare, à l’origine d’une telle diversité (Pindare, grand poète grec antique avait en effet révolutionné la poésie grecque en écrivant des odes qui avaient toutes des structures métriques différentes).

Les mots en gras sont clés, parce qu’ils soulignent l’importance que Ronsard donne à la formation d’une poésie qui ne serait plus artificielle et figée, mais émancipée et inspirée. C’est cette vision que défendent avec ferveur les poètes de la Pléiade. 

 

De la Brigade à la Pléiade

La Pléiade n’aurait jamais pu se former sans une succession d’heureux hasards.

 

Joachim du Bellay et la Pléiade

En 1546, Joachim du Bellay rencontre Jacques Peletier du Mans, traducteur d’Horace. Ce dernier considère que la langue française est trop négligée et qu’elle doit être renouvelée. Il parle à Du Bellay de Ronsard. Les deux poètes se retrouveront au collège de Coqueret où ils étudient la poésie grecque et italienne.

À l’image des écrivains contemporains italiens, tels que Dante ou Boccace, qui avait doté l’Italie d’une littérature nationale, Ronsard et Du Bellay suivis par de Baïf et d’autres étudiants décident de former la Brigade qui deviendra plus tard, la Pléiade. Ils prônent la noblesse de la poésie et la supériorité des genres antiques sur ceux du Moyen-Âge, idées défendues dans le manifeste Défense et Illustration de la Langue Française publié en 1549 par Du Bellay. Comme l’indique ce titre, la Pléiade veut

  • Défendre la langue française contre ses détracteurs
  • Illustrer la langue française en lui donnant une grande littérature, par imitation des Anciens (comme les Italiens)

 

La préface de l’Olive

On retrouve ces idées dans la préface au lecteur de l’Olive, publié en 1550.

« (…) Si je vouloy’gaingner quelque nom entre les Grecz, et Latins, il fauldroit employer le reste de ma vie(…) n’ayant où passer le temps, et ne voulant du tout le perdre, je me suis volonters appliqué à nostre poësie : excité et de mon propre naturel, et par l’exemple de plusieurs gentiz espritz françois, mesmes de ma profession, qui ne dedaignent point manier et l’epée et la plume, contre la faulse persuasion de ceux qui pensent tel exercice de lettres deroger à l’estat de noblesse. (…)

Considerant encores nostre langue estre bien loing de sa perfection, qui me donnoit espoir de pouvoir avecques mediocre labeur y gaigner quelqeu ranc, si non entre les premiers, pour les moins entre seconds, je voulu bien y faire quelque essay de ce peu d’esprit que la Nature m’a donné. Vouland doncques enrichi nostre vulgaire d’une nouvelle, ou plustost ancienne renouvelée poësie, je m’adonnay à l’immitation des anciens Latins, et des poëtes italiens, dont j’ay entendu ce que m’en a peu apprendre la communication familiere de mes amis. Ce fut pourquoy, à la persuasion de Jacques Peletier, je choisis le Sonnet et l’Ode deux poëmes de ce temps-là encores peu usitez entre les nostres. »

Olives, Livre I, Préface

Retranscription simplifiée : Si je voulais gagner une place entre les Grecs et les Latins, il aurait fallu que j’y emploie le reste de ma vie. N’ayant pas tant de temps et ne voulant pas en perdre, je me suis volontiers tourné vers notre poésie : passionné, moi-même et entraîné par l’exemple de plusieurs grands esprits français de mêmes profession (les autres membres de la Pléiade), qui osent manier et l’épée et la plume contre ceux qui pensent à tort qu’un tel exercice de lettres n’est pas noble.

 

La thèse défendue par Du Bellay

Considérant que notre langue est encore bien trop lointaine de sa perfection, j’espérais que par mon médiocre travail, j’y gagnerais une place, si non entre les premiers, du moins entre les seconds, je voulus essayer de faire quelque chose avec le peu d’esprit que la Nature m’a donné. Voulant donc enrichir notre poésie française (vulgaire n’est pas péjoratif ici, on retrouve l’opposition entre la langue haute, le latin, et la langue basse, le français), je me mis à imiter des anciens Latins et des poètes italiens, que je connus par les récits de mes amis. Voilà pourquoi, convaincu par Jacques Peletier, je choisis d’écrire des Sonnets et et des Odes, deux genres encore trop peu utilisés en France.

 

Défense et illustration de la langue française

Comment faire de la poésie française un genre noble ?

Accroître le nombre de mots de la langue française

    • Par l’utilisation de mots qui existent déjà (les vieux mots, les dialectes provinciaux, les mots techniques).
    • L’introduction de mots nouveaux (mots composés (aigre-doux, mal-rassis…), nouveaux mots formés à partir des racines qui existent déjà)
    • L’invention de nouveaux mots dérivés du latin (révolu, floride, inversion…) ou du grec (ode, lyrique, stratagème, périphrase…)

Petite anecdote : Même si les poètes de la Pléïade ont su globalement se limiter dans l’invention de nouveaux mots, certains poètes comme Du Bartas en ont abusé : « O Terre porte-grains, porte-or, porte-santé, porte-habits, porte-humains, porte-fruits, porte-tours… ».

Petite anecdote 2 : Ronsard affectionnait tout particulièrement les diminutifs, à en juger notamment par son épitaphe : « Amelette Ronsardelette, Mignonnelette, doucelette. »

 

Enrichir le style

  • S’inspirer du style latin et grec (par l’utilisation de l’infinitif substantivé (l’aller, le chanter, le vivre…), de l’adjectif substantivé (le vide, le frais), le recours aux articles et démonstratifs …
    • Inventer de nouvelles figures de rhétorique : « Métaphores, allégories, comparaisons… et tant d’autres figures sans lesquels tout oraison et poème sont nus, manques et débiles » (Défense et illustration de la langue française, livre I, 5)
      • Invention de la périphrase : pour désigner les dieux
      • Développement des métaphores et comparaisons

 

Réinventer la versification (établie suite à des centaines d’essais)

  • La rime doit être riche et d’autant plus riche que le vers est long ; mais le sens du vers ne doit en aucun cas être sacrifié à l’utilisation d’une rime riche.
  • Essayer d’alterner les rimes masculines et féminines pour le plaisir de l’oreille. La poésie doit pouvoir être « mise en musique » (Art Poétique de Ronsard).
  • Utilisation de l’alexandrin coupé à l’hémistiche (parfait pour la grande poésie lyrique ou philosophique)
        • La strophe doit former un tout harmonieux

 

Réinventer le genre de la poésie

  • Condamner les genres du Moyen Age (Rondeaux, ballades, chants royaux …)
  • Approuver les petits genres antiques (épigrammes, élégies, épîtres, satires, églogues à condition de les utiliser comme à l’Antiquité
    • Imiter les grands genres antiques : Odes, épopée, sonnet.
  • Une nouvelle inspiration
    • Ne plus traduire : la traduction ne permet pas de travailler un style unique et raffiné.
    • Se contenter d’imiter : « bien suivre les vertus d’un bon auteur et quasi comme se transformer en lui ». (Défense et illustration de la langue française, livre I, 8)
    • Se nourrir des œuvres antiques pour créer une œuvre originale personnelle.

« Sache, lecteur, que celui sera véritablement poète que je cherche en notre langue, qui me fera indigner, apaiser, éjouir, douloir, aimer, haïr, admirer, étonner, bref, qui tiendra la bride de mes affections, me tournant ça et là à son plaisir. » (Défense et illustration de la langue française, livre II, 11)

 

Les poètes de la Pléiade ont réinventé la poésie française. C’est une partie très importante du programme de français. Il faut absolument maîtriser les notions fondamentales prônées par Défense et illustration de la langue française. Pour découvrir la suite, la poésie du XVII ème siècle, suivez ce lien.