Création, continuités, ruptures – Bac option HLP

Dans le cadre du chapitre Créations, continuités et ruptures en Humanités, littérature et philosophie, on se concentre sur le XXème siècle pour étudier les contextes favorables à la création. Siècle de modernité, il a tantôt été question de rompre avec le passé, tantôt de s’y ancrer pour aller encore plus loin. Malgré les ruptures et les transgressions liées à une perte de foi dans l’humain et le progrès, la réappropriation de codes et thèmes du passé a assuré une certaine continuité dans le lien qui unit les hommes à travers l’histoire


Création, continuités et ruptures dans l’histoire des idées



Création, continuités et ruptures – Angle historique



Création, continuités et ruptures au XIXème siècle

C’est le siècle de la Révolution industrielle. Dans un mouvement de rejet de l’ordre bourgeois et de rupture avec les pratiques et codes qu’il tente d’imposer, la création artistique s’intensifie et Paris devient la capitale des arts.

Création, continuités et ruptures au XXème siècle

La Première guerre mondiale est un traumatisme pour l’ensemble de l’Europe. C’est à partir de ce moment qu’on peut parler d’une perte de foi dans l’humain et le progrès. Le rejet du monde réel se traduit par une volonté partagée d’évasion dans un autre univers, artistique, fictif, mais plus supportable.

La crise spirituelle qui suit conduit à une réflexion plus scientifique sur le monde, les évènements. On retrouve même cette méthode de réflexion empirique, appuyée par la conduite d’expériences, dans la philosophie. En effet, dans les années 1930, l’humanité veut se retourner vers des questions existentielles et y trouver des réponses après une guerre mondiale à la fois dévastatrice et inutile. Ces interrogations sont d’autant plus fortes que planent sur l’Europe une nouvelle menace de conflits, qui se confirmera avec la Seconde guerre mondiale.

La crise existentielle qui suit cette période est encore plus forte que la précédente. Au vu des responsabilités qu’ont pris certains hommes et femmes dans la Résistance et la libération, la question qui se pose est : Quel est le devoir de l’être humain ? De plus en plus, on se détache de l’idée que l’Homme subit une essence qui lui a été conféré à la naissance, voire par Dieu. On comprend que l’Homme est capable de se construire par ses choix, d’influencer son existence, qu’il n’est pas figé et qu’il a le pouvoir de résoudre les problèmes auxquels il est confronté. L’Homme ne doit plus être vu comme un pion dans un jeu d’échecs qui le transcende. Cette nouvelle pensée est à l’origine d’un élan de création. Les artistes cherchent à montrer le pouvoir de l’Homme sur le monde, son pouvoir de transformation, sa capacité à avoir un effet. Ils réfléchissent aux limites de la création, à la manière de les traiter, tout en cherchant à les repousser.

Créations, continuités et ruptures – Angle artistique et littéraire

Début XXème : entre ruptures et continuités

Le courant avant-gardiste cherche à déconstruire les conventions académiques du passé, le réalisme et la conception artisanale de l’art dans un esprit novateur. L’artiste avant-gardiste ne cherche pas le Beau universel mais la modernité. En se libérant de stéréotype sociaux et esthétiques, il décide que tout peut devenir objet d’art.

Le surréalisme, après la Première guerre mondiale, ne s’attache pas au réel et à la logique. Les surréalistes font la part belle au rêve, au hasard et au désir. Ce nouvel univers est un refuge où on laisse courir sa pensée, son inconscient. De cette façon, on aboutit à des idées et associations d’idées plus authentiques, plus vraies, que lorsqu’on cherche à répondre à des mécanismes et à une logique. C’est un mouvement transdisciplinaire qui va donner lieu à une collaboration entre des peintres, des poètes, des écrivains…

Ce mélange des arts dans le surréalisme se retrouve dans l’art moderne, dont la priorité n’est pas le beau mais l’expression et le choix de sujets inattendus. L’art abstrait naît dans cette mouvance, en se libérant de modèles et du besoin de représenter des choses réelles. Dans la littérature, les utopies donnent à voir des mondes parfaits quand les récits d’anticipation pointent les dérives possibles des innovations technologiques et la menace qu’elles représentent pour le futur de la civilisation. Ces deux genres interagissent en mettant en contraste deux mondes, deux issues possibles : une issue sombre, qu’on ne souhaite pas, et une issue qui semble inatteignable mais dont on peut quand même chercher à se rapprocher.

La philosophie change aussi d’approche en passant de l’interprétation à l’expérimentation. Les philosophes se penchent sur l’idée que la connaissance est aussi le fruit de l’expérience. La compréhension des lois qui gouvernent ce qui n’est pas visible peut se construire sur l’accumulation d’expériences sensibles, c’est-à-dire l’observation et la mesure des faits.

Malgré une volonté de rupture tantôt avec le passé, tantôt avec le réel, le XXème siècle remet aussi au goût du jour certains thèmes et codes anciens. En crise existentielle, le monde a besoin de revenir à des questions fondamentales, originelles, qui ont en fait toujours existées. On les retrouve donc dans la mythologie que des auteurs, notamment au théâtre, vont reprendre pour parler de leur propre époque. Les écrivains quant à eux se tournent vers des genres littéraires connus et approuvés depuis des siècles, comme les romans amoureux.

Période post-Seconde Guerre mondiale : crises et ruptures

L’existentialisme naît d’une conviction que l’Homme peut agir sur son existence. L’Homme a une subjectivité, il peut se construire et peut donc chercher à s’accomplir en tant qu’être sans se limiter et se figer dans une essence qui est en fait illusoire.

Le théâtre de l’absurde confronte l’Homme à l’absurdité et à l’incohérence de sa vie, de la mort, des hommes eux-mêmes, dont l’humanité a fait l’expérience directe pendant la Seconde guerre mondiale. En rupture totale avec les genres théâtraux classiques, celui-ci associe l’absurdité des situations à une déstructuration du langage. De cette façon, les auteurs donnent à voir une humanité en perdition, qui a perdu tout son sens et qui est incapable de communiquer. Ce genre théâtrale marque la chute de l’humanisme.

La publication de romans dont le sujet est le roman lui-même est aussi tout à fait nouvelle. Les auteurs s’interrogent sur leur rôle et celui de leurs textes, et sur la manière de les écrire. La narration classique se trouve bousculée.

Auteurs-clés et citations – création, continuités et ruptures

Bergson, L’évolution créatrice, 1907

D’après la théorie de l’évolution, la vie est apparue à partir d’une matière existante, de formes élémentaires qui se sont transformées. Il n’y a donc pas eu à proprement parler de création mais plutôt une continuité dans les changements et transformations perpétuels de l’Univers. Bersgon lui parle d’un “élan vital” qui guide l’évolution : l’esprit créateur de l’Homme conçoit de la matière et des solutions de plus en plus complexes pour répondre à des nécessités vitales. L’esprit est à l’origine de la création de matière. L’évolution créatrice s’oppose donc à l’idée d’une évolution prévisible dont l’origine est l’existence de matière.

L’évolution tient à un élan créateur qui ne sait pas à l’avance ce qu’il va produire
“Le portrait achevé s’explique par la physionomie du modèle, par la nature de l’artiste, par les couleurs délayées sur la palette ; mais, même avec la connaissance de ce qui l’explique, personne, pas même l’artiste, n’eût pu prévoir exactement ce que serait le portrait, car le prédire eût été le produire avant qu’il fût produit, hypothèse absurde qui se détruit elle-même. Ainsi pour les moments de notre vie, dont nous sommes les artisans. Chacun d’eux est une espèce de création.”

Breton, Manifeste du Surréalisme, 1924

André Breton donne dans ce manifeste définit le mot “surréalisme”, de la même manière que cela serait fait dans un dictionnaire. En lui attribuant ainsi une définition, en le faisant rentrer dans le dictionnaire, il légitime la création et l’existence du mouvement.

“SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.
ENCYCL. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie.”

Camus, L’Etranger, 1942

L’Etranger, Le mythe de Sisyphe et Caligula constituent le triptyque sur l’absurde de Camus. Il y exprime le sentiment amer des hommes qui prennent conscience d’une vie dénuée de sens puisqu’elle conduit inévitablement à la mort. selon Camus, l’absurde traduit un “divorce” entre l’homme et l’univers : l’Homme, égaré, troublé, ne comprend plus les raisons et les conditions de son existence, surtout après avoir vécu les deux guerres mondiales.

L’absence de sentiment dans un monde absurde
“Il l’avait battue jusqu’au sang. Auparavant, il ne la battait pas. Je la tapais, mais tendrement pour ainsi dire. Elle criait un peu.”

Les actes répétitifs d’un homme lassé
“Deux fois par jour, à onze heures et à six heures, le vieux mène son chien promener. Depuis huit ans, ils n’ont pas changé leur itinéraire. (…) Alors, ils restent tous les deux sur le trottoir et ils se regardent, le chien avec terreur, l’homme avec haine. C’est ainsi tous les jours. (…) Il y a huit ans que cela dure.”

Yourcenar, Mémoires d’Hadrien et Carnets de notes, 1951

Si Marguerite Yourcenar a écrit les Mémoires d’Hadrien, c’est parce qu’elle a vu un parallèle entre son époque d’après-guerre et celle où a vécu l’empereur Hadrien. Elle y pense après avoir lu cette phrase de Gustave Flaubert : “Les dieux n’étant plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été”. Cet ouvrage consiste alors en une réécriture de l’Antiquité, une re-création de l’Histoire, à travers la voix d’un personnage lucide, tolérant et désabusé tant sur la condition humaine que sur les illusions dont l’humanité semble ne pouvoir se passer.

Un personnage de l’Antiquité pour traduire la continuité des époques
“Une grande partie de ma vie allait se passer à essayer de définir, puis à peindre, cet homme seul et d’ailleurs relié à tout.”
“Ces libres sages du monde antique pensaient comme nous en terme de physique ou de physiologie universelle : ils envisageaient la fin de l’homme et la mort du globe. Plutarque et Marc Aurèle n’ignoraient pas que les dieux et les civilisations passent et meurent. Nous ne sommes pas les seuls à regarder en face un inexorable avenir.”

Création, continuités et ruptures – Problématisation et exemples 

 


Y a-t-il des ruptures radicales en art, en littérature ou dans la pensée ?

Exemple : Le surréalisme repose sur une critique de la société et sur un mouvement de rébellion qui présente l’acte créateur comme un moyen d’affirmation de soi. La conception traditionnelle de l’oeuvre d’art est complètement remise en question. D’ailleurs, si André Breton propose une définition de surréalisme dans son manifeste, c’est bien qu’il le voit comme quelque chose de radicalement nouveau qui doit donc entrer dans le dictionnaire. Les chefs de file de mouvements artistiques et littéraires les présentent souvent comme l’abolition de pratiques dépassées. Pour autant, on pourra toujours rétorquer que la continuité se trouve dans cet élan que l’on retrouve toujours dans l’apparition d’un mouvement.


Quels sont les liens entre l’ancien et le nouveau ? L’ancien ne subsiste-t-il pas, en accord ou en tension, à côté du nouveau ou à travers lui ?


Exemple : Avec les Mémoires d’Hadrien (n’hésitez pas à consulter notre fiche complète sur cet ouvrage), Marguerite Yourcenar met en avant le lien entre l’ancien et le nouveau. Elle montre qu’ils ne sont parfois pas si différents, qu’il existe de nombreuses constantes. En écrivant au XXème siècle les mémoires d’un personnage de l’Antiquité, elle fait de nouveau exister une époque ancienne, à la lumière d’événements nouveaux, tout en questionnant le passé pour mieux comprendre le présent. L’un et l’autre s’éclairent et se répondent mutuellement.

Le XXème siècle est-il une exception ? D’autres époques ont-elles connues des évènements historiques qui ont suscité autant d’élans créatifs, de prises de position dans l’art et la littérature ?


Exemple : Si l’on en croit Bergson, qui écrit au tout début du XXème siècle, l’élan créatif est en fait un élan vital qui est l’origine de toute l’évolution de l’humanité, et qui la guide donc depuis l’apparition des premiers hommes. Et si la traduction de cet élan général a été particulièrement vive au XXème siècle, il convient de ne pas oublier par exemple l’époque de la Renaissance. Les Grandes Découvertes ont bouleversé tous les domaines du savoir mais aussi l’art, la littérature, la philosophie. Sont alors apparus un grand nombre de nouvelles techniques, de nouveaux genres, de nouveaux mouvements, que l’on voit et étudie toujours aujourd’hui.



N’hésitez pas à poursuivre vos révisions avec d’autres fiches d’Humanités-Littérature-Philosophie, comme par exemple notre fiche sur la pluralité des cultures ! Bon courage !