Découverte du monde et pluralité des cultures – Bac option HLP

Dans le cadre du chapitre Les représentation du monde en Humanités, littérature et philosophie, la question du monde est envisagée comme un ensemble de cultures plurielles, variées, portées par des êtres et des peuples qui se rencontrent, se confrontent, se découvrent mutuellement à l’heure de la mondialisation.

Le monde, la culture, l’Autre, le sujet, sont des concepts philosophiques à maîtriser afin de comprendre leurs implications dans le parcours à la fois historique et littéraire que propose le programme.

Le concept de la pluralité des cultures dans l’histoire des idées



Angle historique sur la pluralité des cultures



Durant le Moyen-Age et l’Antiquité, le monde est envisagé comme un tout, un cosmos, qui tient à l’harmonie entre ses éléments, et notamment entre l’homme et la nature. Mais la Renaissance va être une période de bouleversement de cette conception, d’un point de vue géographique mais aussi philosophique. L’homme et ses représentations passent au premier plan de la réflexion.

Un bouleversement géographique : la découverte d’un autre monde


Les XVème et XVIème siècle constituent une première mondialisation qui se met en place avec l’expansion européenne. Avec les grandes découvertes, un monde, auquel on n’avait pas accès et qu’on n’avait pas imaginé jusqu’alors, s’ouvre.
Ces découvertes constituent non seulement une nouvelle opportunité commerciale, mais aussi l’occasion pour les Occidentaux de mettre en place une relation dominant-dominé qui se traduit par l’exhibition des hommes et des objets venus de l’autre monde dans les cours royales occidentales.
En effet, c’est une époque de confrontation avec des peuples et des cultures qui évoluent dans un système de valeurs et de croyances très différent du système occidental. Cette confrontation violente avec des peuples étrangers l’est aussi aux yeux de certains occidentaux qui, face à la cruauté de leurs semblables, adoptent un regard plus critique sur les sociétés européennes.

Un bouleversement philosophique : du monde clos à l’univers infini


Ce premier choc des cultures historiques est à l’origine d’une toute nouvelle vision de l’homme et de sa place dans le monde.
En effet, suite aux retours de ces grandes découvertes, une nouvelle réflexion apparaît sur la place de l’homme dans l’univers et sur le fonctionnement des sociétés, dans un monde plus étendu et complexe. Les fondements et les cadres de la pensée occidentale sont remis en question : l’homme devient “sujet”, notion qui permet de prendre en compte les pluralités et les diversités culturelles, mais qui n’empêche pas l’installation d’une tendance à l’ethnocentrisme : on considère, juge et voit l’autre à travers le prisme de sa propre culture. Cette tendance, qui existait déjà à l’époque de l’Antiquité avec la distinction entre l’homme et le barbare, s’intensifie avec l’élargissement de la vision géographique du monde, qui apporte des distinctions culturelles beaucoup plus nombreuses et un système de connaissances anthropologiques beaucoup plus élaboré.

Par la suite, le siècle des Lumières voit de nouveau se renouveler l’image de l’homme et du monde, alors que la représentation des peuples du Nouveau monde est encore hésitante : comment les appeler ? Quels sont les points communs et les différences avec les populations occidentales ? Quelles sont les problématiques qui leur sont propres et celles qu’ils partagent avec l’Ancien monde ?
L’ethnocentrisme ambiant est ainsi bousculé par la place centrale donnée à la diffusion du savoir, à l’usage de la raison, à l’autonomie de la pensée, et du coup par une “crise de conscience européenne”, qui relativise la position de domination des sociétés européennes.

Angle littéraire sur la pluralité des cultures



Un écho de la pluralité des cultures que l’on retrouve dans la littérature

L’imprimerie, qui date aussi du XVème siècle, permet à l’époque la diffusion des textes qui prouvent que ces mutations profondes se sont rapidement refléter dans l’art et la littérature de l’époque. Ces attestations d’un changement de paradigme prennent différentes formes : mémoires, récits de voyages, apparition de la notion d’exotisme, récits de rencontre avec des peuples et des cultures étrangères, traités et essais de critique sociale et politique.

Les ouvrages des Lumières sont aussi un témoignage de ces interrogations qui ne cesseront d’être reprises, retravaillées et ré-orientées, avec plus ou moins de distance, par d’autres auteurs et philosophes jusqu’à nos jours.

Auteurs-clés et citations sur la pluralité des cultures

 



Montaigne, Essais, 1588



Les Essais de Montaigne sont publiées dans un contexte de diffusion et de vulgarisation de la philosophie, animé par un engouement pour les idées et questions morales. Montaigne donne ici un éclairage sur les notions de barbarie et d’ethnocentrisme en insistant sur leur caractère relatif, dans la mesure où la vision occidentale des choses est soumise à un prisme fondé sur la culture, les idées, et les valeurs occidentales elles-aussi.

Nous sommes tous le barbare de quelqu’un d’autre


“Il n’y a rien de barbare et de sauvage en ce peuple, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas conforme à ses usages ; à vrai dire, il semble que nous n’ayons autre critère de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et des usages du pays où nous sommes.

 

Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1772



Dans ce texte, rédigé comme un dialogue, Diderot dépeint une société idéale confrontée à une société européenne qui se prétend être la seule forme de civilisation. Il utilise la parole des représentants de ce peuple à protéger pour dénoncer les travers de la société occidentale. Le passage suivant, extrait du réquisitoire et plaidoyer d’un personnage tahitien, rappelle une nature commune partagée tout en insistant sur ce qui les oppose avec des structures de phrase antithétiques.

Des peuples unis par leur nature et divisés par la culture
“Tu n’es pas esclave : tu souffrirais plutôt la mort que de l’être, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que l’Otaïtien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t’emparer comme de la brute, l’Otaïtien est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu’il n’ait pas sur toi ? (…) Nous avons respecté notre image en toi. Laisse- nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance, contre tes inutiles lumières.”

Claude Levi-Strauss, Race et histoire (1952), Race et culture (1971)


Claude Levi-Strauss, dont les travaux ont parfois suscité une grande incompréhension au moment de leur publication, est aujourd’hui décrit comme un visionnaire en matière de réflexion sur la société, les hommes et leurs interactions. Dans Race et histoire, il défend la richesse que représente la diversité des cultures, surtout lorsqu’elles collaborent, mais insiste surtout sur l’égalité avec laquelle il faut les traiter. A l’occasion d’une conférence intitulée Race et culture, il réaffirme sa position de manière plus brutale (et donc controversée) en disant que la diversité est une richesse qui le sera d’autant plus si chaque culture veille à préserver ses particularités.

La complexité : unité, diversité ou division ?


“L’humanité est constamment aux prises avec deux processus contradictoires dont l’un tend à instaurer l’unification, tandis que l’autre vise à maintenir ou à rétablir la diversification.”


Les cultures sont à la fois égales et résultat d’une histoire qui leur est propre


“En vérité, il n’existe pas de peuples enfants; tous sont adultes, même ceux qui n’ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence.”

Une mondialisation qui rapproche les cultures tout en risquant d’estomper leurs spécificités


“La fusion progressive de populations jusqu’alors séparées par la distance géographique, ainsi que par des barrières linguistiques et culturelles, marquait la fin d’un monde qui fut celui des hommes pendant des centaines de millénaires, quand ils vivaient en petits groupes durablement séparés les uns des autres et évoluaient chacun de façon différente, tant sur le plan biologique que sur le plan culturel. Les bouleversements déclenchés par la civilisation industrielle en expansion, la rapidité accrue des moyens de transport et de communication ont abattu ces barrières.”

Problématisation et réutilisation des exemples précédents sur la pluralité des cultures



Les questions sous-jacentes à ce chapitre et que vous pouvez réutiliser pour construire vos problématiques sont nombreuses :

• Qu’est-ce qui fait de l’homme un être de culture ? Qu’est-ce qu’un homme civilisé ? Un sauvage ? Un barbare ?
Exemple : Dans les Essais, Montaigne revient sur le terme “barbare”, apparu dans l’Antiquité, pour nuancer son emploi. On peut utiliser cette exemple pour montrer que toutes ces notions sont relatives au prisme employé pour les définir.


• La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain ? Constitue-t-elle une richesse ?
Exemples : Dans Supplément au voyage de Bougainville, la parole du vieillard tahitien reconnaît une unité entre les tahitiens et les occidentaux, parce qu’il partage leur nature humaine, mais les contradictions entre leurs cultures, chacun voyant l’autre comme un barbare, sont source de conflits qui ne peuvent que ternir cette unité. Claude Levi-Strauss au contraire, affirme que les cultures, bien que plurielles, sont capables d’établir une collaboration source de progrès et de richesse partagée. Diversité n’est pas synonyme de division.


• Comment l’ouverture à l’autre favorise la découverte de soi-même et l’engagement pour l’égalité ?
Exemples : Diderot, en mettant la parole sage d’un tahitien au service des ses propres idées, incite à revoir le jugement des systèmes de valeurs qui diffèrent du système européen. Il confronte les occidentaux à l’image qu’ils renvoient tout en rappelant le caractère universelle de la nature humaine, et ainsi les similitudes inévitables entre des peuples que tout oppose a priori. Levi-Strauss défend aussi l’idée qu’aucun jugement de valeur ne doit être établi entre les différentes cultures qui peuplent le monde.



Le programme permet de réfléchir, d’un point de vue historique et littéraire, à la découverte du monde comme une découverte de soi-même et comme une découverte de l’autre. La rencontre avec un peuple lointain enrichit la perception et la représentation du monde mais aussi celle de soi-même, en tant que sujet, en tant que société, en tant que culture. Il invite aussi en ouverture à se questionner sur les notions d’égalité et de droit. N’hésitez pas à poursuivre vos révisions avec d’autres articles de HLP