Les métamorphoses du moi – bac de HLP

Voici une fiche ultime qui résume tout ce qu’il faut savoir sur les métamorphoses du moi pour la spécialité de Histoire Littérature et Philosophie ! C’est parti.

 

Les métamorphoses du moi – en guise d’introduction

Qui n’a jamais fait l’expérience d’une dualité au sein de sa propre personne ? Par exemple, au début, un amoureux est obsédé par l’être aimé et ne conçoit même pas la possibilité de ne pas l’aimer. Et pourtant, vient le jour où la lassitude fait effet. L’amoureux qui se sépare, en se remémorant les moments de fougue des premiers instants, fait alors l’expérience étrange d’un Moi qui a radicalement changé et qui est pourtant toujours le même. Il éprouve en lui à la fois le sentiment d’une continuité et une dispersion. Comment penser l’unité du moi à travers des expériences aussi différentes, qui tirent le moi dans des directions opposées.

« Métamorphose » vient du grec « morphos »=la forme et « méta » : après => la transformation. C’est le passage d’un état à un autre état, radicalement différent. Le Moi est un objet classique de la philosophie qui fait référence à des réalités différentes selon les époques. Traditionnellement, le Moi est associé à un invariant qu’est la conscience du Sujet mais une acception plus moderne en fait le synonyme de la personnalité et du caractère unique d’un individu.

 

Le moi dans l’histoire des idées

Le moi à l’antiquité

Le Moi à l’antiquité n’est pas un sujet d’interrogation en lui-même. Si des penseurs en sont venu à écrire et discourir sur le moi, c’est très souvent par le biais de réflexions métaphysiques beaucoup plus larges. Pour autant, la pensée antique n’est pas indifférente au sujet du moi. Contrairement à l’époque moderne où le moi est synonyme d’individualité et d’unicité il s’agit bien davantage pour les penseurs de l’Antiquité d’une réalité métaphysique identique à chacun et universelle qu’il convient de saisir.

L’une des grandes interrogations qui inaugure la réflexion sur le Moi est la dualité de l’âme et du corps. La réalité du Moi se situe-t-elle dans ma présence corporelle au monde ou dans l’immortalité de mon âme ? De très nombreux textes de Platon comme Le Phédon défendent l’idée que la réalité du sujet, du Moi n’est justement pas dans le corps mais dans l’âme puisque la vérité se trouve avec la raison. Ainsi, par les plaisirs qu’il procure, le corps représente un obstacle à l’activité de la raison qui s’efforce d’atteindre le vrai. La réalité et la vérité du Moi proviennent de l’activité de la raison.

L’autre grande interrogation qui porte sur le Moi est portée par Aristote dans Ethique à Nicomaque. En effet, l’élève de Platon décrit la tension qui existe au sein du Moi entre ce que je suis effectivement, en acte et ce que je pourrais être, ce que je suis en puissance. Pour Aristote, la réalité du Moi est ce que nous sommes en acte mais il y a toujours la possibilité d’être autre chose et de développer des habitudes différentes qui, à force de répétition, peuvent métamorphoser le Moi.

 

Le moi au XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, une véritable révolution a lieu dans la pensée du Moi. En effet, avec Descartes, le Moi devient la réalité substantielle primitive, ce à partir de quoi tout est vu, tout est pensé, tout est senti. Le Moi devient le centre du monde pour le sujet pensant (cf voir Descartes et le cogito). Descartes découvre et expose à tous que la première vérité, la seule dont on ne peut douter de son existence est le Moi, ce qu’il appelle le cogito. Le Moi n’est toujours pas assimilable à l’identité personnelle ; il est, comme chez Platon, une substance universelle que chaque homme découvre en lui en faisant l’expérience de la médiation. C’est une réalité universelle qui est au fondement de tout : le cogito de Descartes ne s’altère pas avec le temps. La grande rupture avec l’antiquité est que désormais, le Moi est au centre du monde puisqu’il devient le fondement de toute relation au monde. Ma relation au monde est conditionnée par l’existence d’un Moi, d’une substance qui éprouve cette relation au monde : c’est le moment du subjectivisme où l’on reconnaît que le Sujet pensant est le fondement de toute connaissance possible.

 

Le moi après le romantisme

Il faut attendre la révolution, le romantisme et les philosophes du XIXe siècle pour que le Moi devienne le synonyme de l’exceptionnalité de l’individu, de son caractère et de sa personnalité uniques. Avec la révolution française, l’individu ne se conçoit plus comme un Sujet mais comme un citoyen, un membre actif du peuple dont il constitue une partie irremplaçable. Héritiers de la révolution, les romantiques comme Lamartine font résonner la puissance poétique de l’âme à travers ses passions, ses pulsions, ses mélancolies…son vécu. Le Moi se rapproche de l’acception courante contemporaine. Avec Nietzsche, la notion philosophique d’un moi unifié et identifié jusque là à un mouvement de l’âme et de la raison éclate. Nietzsche affirme qu’il n’existe pas d’autre réalité du Moi que celle qui est effective. Cela permet alors de soulever une grande question pour les penseurs du XXe siècle : s’il n’existe pas d’autre Moi que celui que je suis effectivement et actuellement, alors il y a autant de Moi que de moments vécus. L’unité du Moi qu’avait trouvée Descartes vole en éclat : le Moi enfant n’est pas le Moi adolescent qui n’est pas le Moi adulte.

 

 

Les auteurs clés de la métamorphose du moi

 

Descartes et le Cogito

En se lançant dans les Méditations Métaphysiques, Descartes a pour ambition de trouver ce dont l’Homme est absolument certain, ce dont il ne peut douter. Pour ce faire, il passe toutes ses croyances au crible du doute hyperbolique qui consiste à considérer comme faux tout ce dont on peut douter. Ainsi, il peut déclarer qu’il ne sait pas si son corps existe réellement car ce qu’il voit, sens, touche… pourrait être un rêve. Après un long examen de toutes ses croyances, Descartes conclut qu’une seule chose ne peut pas ne pas exister : le cogito (ie. le moi pensant).

« Je suis, j’existe, est nécessairement vraie toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. »

  • Le Moi est la première certitude car puisque « je pense » alors « je » existe forcément sans quoi il ne pourrait pas penser.
  • Descartes est en cela le grand penseur du Moi mais d’un Moi qui n’est pas l’identité personnelle.

 

 

 

Nietzsche et l’illusion de l’unité du Moi

Nietzsche est un philosophe qui refuse fondamentalement l’existence de ce qui n’est pas effectif : les idées de Platon, le Cogito de Descartes sont pour lui autant de mensonges que l’homme a créés pour faire face à sa finitude. En cela, il n’existe pas un Moi substantiel universel et intemporel commun à l’existence de chaque individu. N’existe que ce qui est effectif, qui prend forme dans la matière. Ainsi le Moi n’est rien d’autre que ce que je suis au moment où je parle. Dès lors, une multitude de Moi existe pour une même personne.

Nietzsche explique dans Vérité et Mensonge au sens extra-moral que cette illusion d’un sujet permanent derrière tous les Moi provient du langage. Les mots sont des concepts et donc ne retiennent que ce qui est commun à toutes les réalités individuelles qu’ils désignent. Mais en réalité, il n’y a que la chose particulière qui existe.

Pour Nietzsche (héritier de Hume) il n’y a donc pas un sujet/moi mais des sujets/moi et rien à quoi on pourrait l’identifier durablement.

 

Ricoeur et l’identité narrative

Ricoeur est en penseur du XXe siècle qui hérite de ces deux grandes philosophie qui se font face. La question qui l’anime dans Soi-même comme un autre est : quelle unité du moi est alors possible ? S’il est vrai que je ne suis jamais le même et que le Moi est changeant, j’ai tout de même l’intuition qu’il y a une forme de permanence dans le Moi.

Cette unité n’est pas trouvée dans l’identité physique et biologique puisque le temps l’altère ; l’unité du Moi est obtenue par ce que Ricoeur appelle « l’identité narrative ». Pour lui, la seule manière de rendre compte de la dispersion du Moi est de raconter constamment l’histoire de ce Moi qui se disperse. La narration est un moyen de tenir ensemble à la fois l’unité (puisqu’il n’y a qu’une histoire) et le divers (puisqu’il y a de multiples Moi). Rendre compte de la dispersion dans une histoire, c’est déjà en faire un tout unifié et cohérent.

« L’identité narrative est une tension entre l’exigence de concordance et l’admission de discordances qui mettent en péril l’identité. » (Soi-même comme un autre)

 

Autres références possibles pour des sujets sur la métamorphose du Moi :

Kierkegaard : Traité du désespoir : il y a deux types de désespoir. Celui que l’on éprouve face à la finitude (la mort par exemple) et le désespoir du soi face aux possibilités infinis de devenir. C’est le vertige des possibles pour le Moi.

Sartre : la liberté de l’individu réside dans le fait de ne jamais être essentialisé, figé dans une acception du Moi et réduit à ce qu’il est au moment précis où l’on parle. La métamorphose constante du moi est en ce sens constitutionnelle de la liberté la plus fondamentale de l’être.

 

 

Problématiques possibles autour du Moi

Le Moi peut-il se métamorphoser ?

La problématique s’articulerait autour de cette tension entre unité du Moi dont on peut faire l’expérience (Descartes) et la capacité du Moi à être sans cesse radicalement différent (Nietzsche, Sartre). Ex : comment concevoir l’unité du moi malgré tous les changements qu’il subit ?

 

Deviens ce que tu es

Là encore une tension s’esquisse entre la volonté d’atteindre son vrai Moi, sa personnalité authentique et l’illusion d’un Moi pré-existant au Moi effectif.

 

Qu’est-ce qui fait que je suis Moi ?

Quelle adéquation au Moi est possible avec les changements permanents du Moi ? (Toujours la même tension entre multiplicité et unité du Moi).

 

Quelques références littéraires sur le sujet :

  • Les Métamorphoses d’Ovide
  • Le Loup des Steppes de Herman Hesse
  • La métamorphose de Kafka

 

N’hésitez pas à poursuivre vos révisions avec d’autres fiches d’histoire, littérature et philosophie. Bon courage !

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