Avantages et inconvénients de la réforme du bac

Comme tu as pu le remarquer, la réforme du lycée et du baccalauréat, conçue par le ministre Jean-Michel Blanquer, a fait couler beaucoup d’encre. C’est un sujet d’actualité brûlant : les premières promotions sont en train d’essuyer les plâtres ! Dans cet article, Major-Bac te propose un bilan des avantages et des inconvénients de la réforme du baccalauréat.

 

Les principaux changements apportés par la réforme

Avant de décrypter les points positifs et négatifs de la réforme, voici quelques éléments de contexte.

Son objectif principal est de former au mieux les lycéens pour qu’ils réussissent leurs études supérieures. Aujourd’hui, il est important de noter qu’environ 60 % des bacheliers ne réussissent pas à valider un diplôme de licence (trois années d’études après le bac) dans les trois ans normalement impartis !

Pour remédier à cet échec de masse, la réforme vise ainsi à apporter une certaine continuité entre la scolarité au lycée et le post-bac. Elle cherche notamment à modifier le rapport au savoir qu’ont les lycéens afin de valoriser un travail régulier dans le temps et plus d’autonomie.

 

Ce qui change avec la réforme du bac

  • La fin des filières S/ES/L pour la voie générale.
  • La mise en place d’un socle commun de connaissances.
  • Un parcours « à la carte » avec des spécialités à choisir.
  • Un accompagnement approfondi pour l’orientation.
  • L’apparition du contrôle continu pour les épreuves du bac (à hauteur de 40 %).
  • Une modification des épreuves finales, avec l’arrivée par exemple du Grand Oral.

 

Les choses qui ne changent pas

  • La possibilité de prendre des options pendant sa scolarité.
  • L’épreuve du bac de français en première.
  • L’enseignement obligatoire de la philosophie en terminale.
  • Les modalités du bac (l’obtention du bac si on a plus de dix de moyenne et le système des mentions).

Pour en savoir plus sur les modalités de la réforme, n’hésite pas à consulter notre article dédié.

 

Les potentiels avantages de la réforme du baccalauréat

Soyons optimistes et commençons avec les avantages du nouveau bac : il y a des mesures qui pourraient s’avérer bénéfiques pour les lycéens.

 

#1. La mise en place d’un socle commun de connaissances

Pour la voie générale, les séries classiques S/ES/L sont remplacées, en partie, par le fameux socle commun de connaissances. Ces dernières se veulent, à travers la réforme, solides et variées.

Pendant 16 heures de cours par semaine, tous les lycéens vont suivre en principe les mêmes enseignements. Cela va permettre d’homogénéiser le niveau des élèves et d’assurer l’acquisition de connaissances fondamentales dans les matières concernées :

  • Français en première
  • Philo en terminale
  • Histoire-Géo
  • Enseignement moral et civique
  • Enseignement scientifique
  • Langues vivantes A et B
  • EPS

 

#2. Une vraie spécialisation dans quelques matières

Au-delà du socle commun, les élèves vont pouvoir se spécialiser dans quelques enseignements.

À hauteur de 12 h par semaine, les lycéens vont étudier de manière approfondie d’abord trois matières en première (3 x 4 h) puis deux (2 x 6 h) en terminale.

avantages inconvénient réforme du bac

Les programmes officiels pour les spécialités sont assez robustes et exigeants. Grâce aux 12 h par semaine, on peut espérer que les lycéens auront un bon, voire très bon niveau pour les spécialités. Comme le nom l’indique, ils seront en quelque sorte « spécialisés » et n’auront pas uniquement survolé la matière.

Par ailleurs, le choix des spécialités permet aux lycéens d’avoir des parcours qui auraient été impossibles avec le système classique S/ES/L pour la voie générale.

 

#3. La revalorisation du niveau du bac

On verra dans quelques années, mais on peut espérer que la réforme permettra à terme d’augmenter le niveau général des bacheliers. En effet, le baccalauréat devrait être plus qualitatif : on aurait désormais des élèves bien spécialisés alors que la version précédente du baccalauréat était plus superficielle, avec des élèves « touche à tout ».

Plus précisément, les épreuves finales doivent pousser les élèves vers le haut. En effet, ils ne pourront plus compter sur les autres petits coefficients pour remonter leur moyenne globale. Le contrôle continu aussi devrait jouer un rôle qualitatif : il a été mis en place pour favoriser le travail régulier tout au long de l’année. Il sera donc nécessaire de travailler régulièrement, ce qui favorise un ancrage durable des connaissances dans les cerveaux. Il n’est désormais plus question de bachoter en juin et de tout oublier en juillet…

 

#4. Une organisation plus facile des épreuves et des corrections

Jusqu’à présent, les épreuves du bac se déroulaient sur deux semaines, fin juin, auxquelles s’ajoutaient les épreuves orales. Résultat des courses : début juin, tout le monde s’arrêtait de travailler au lycée, y compris les élèves de seconde !

Désormais, seuls deux jours (voire trois pour le Grand Oral) seront nécessaires à la fin de l’année de terminale. Cette économie de temps permettra de poursuivre l’enseignement jusqu’à mi-juin et donc potentiellement d’arriver au bac en ayant terminé le programme !

De même, avec la fin des filières, les professeurs auront moins de copies à corriger en un temps record puisque les examens seront répartis toute l’année avec les épreuves de contrôle continu.

 

Les inconvénients de la réforme du baccalauréat

Au-delà de ces quatre avantages, Major-Bac a identifié un ensemble de potentiels inconvénients : décryptage !

 

#1. Le contrôle continu comme source de stress

Même si, comme nous l’avons dit avant, le contrôle continu permet d’éviter le bachotage contre-productif de dernière minute, il risque d’instaurer une très forte pression tout au long de l’année. Or, une forte pression n’est pas synonyme de réussite, au contraire !

Cet aspect de la réforme suppose que les lycéens sachent gérer cette pression. Or, tous ne sont pas égaux face à ce stress, certains élèves plus favorisés ont déjà les clés pour s’organiser et réussir leur année, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Il est donc nécessaire qu’un accompagnement méthodologique efficace se fasse dès la seconde, pour rendre ce point moins inégal.

 

#2. Le grand oral : un exercice discriminant

L’objectif de ce grand oral est louable : il cherche à préparer les lycéens au monde professionnel en instaurant un exercice de groupe, évalué par un oral final en face d’un jury.

Mais là encore, c’est un exercice qui peut être très discriminant ! De nombreux chercheurs en sciences sociales et en sciences de l’éducation ont prouvé que l’oral est un point très différenciant. Les meilleurs élèves à l’oral possèdent les codes pour réussir, grâce à leur éducation. Au contraire, d’autres élèves qui n’ont pas été suffisamment préparés pendant leur jeunesse à affronter cet exercice se retrouvent en grande difficulté dans ce type d’examen.

Il faut absolument que les élèves les moins préparés bénéficient le plus tôt possible d’une aide pour appréhender l’expression orale, sinon cet exercice fortement inégalitaire le restera.

 

#3. L’orientation très précoce

La question de l’orientation est au cœur de la réforme du lycée. Chaque année, 54 heures y seront dédiées. Au-delà de cet aspect positif, une vraie question se pose. Peut-on décider sereinement de son orientation dès 15/16 ans ?

Et bien en fait, les lycéens ne vont pas avoir trop le choix ! En effet, dès la classe de seconde, ils vont devoir se positionner en choisissant leurs enseignements pour la classe de première. A-t-on le droit à l’erreur ? Comment faire si je découvre en terminale que je veux faire médecine et que mes spécialités ne correspondent pas ?

Certains spécialistes en sciences sociales et en sciences de l’éducation ont d’ailleurs alerté contre cette orientation précoce qui va forcément fermer des portes, en anticipant les choix.

Même s’il existe un dispositif renforcé autour de l’orientation, un vrai travail de fond est à faire. Il faut construire un accompagnement personnalisé, car l’avenir des lycéens commencera à se jouer dès la seconde !

 

#4. Le risque de reproduction des matières types S/ES/L

Les séries classiques S/ES/L ont duré de nombreuses années. À ce stade de la réforme, le flou est énorme autour des choix d’enseignements à faire pour intégrer telle ou telle filière. Alors même si l’on ne parle plus de voie scientifique, économique et sociale ou littéraire, il existe un vrai risque de reproduction des fameuses séries dans le choix des enseignements de spécialité.

Si l’on regarde les choix de spécialités pour ceux qui sont entrés en première en 2019/2020, le résultat est sans appel. Alors même qu’il existe 426 combinaisons possibles, la triplette la plus demandée (pour 25 % des lycéens généraux) associe maths/SVT/physique-chimie. Cela correspond à un profil S.

Idem, la deuxième triplette la plus demandée est histoire-géo/maths/SES, qui correspond à un profil ES. 7 % des élèves l’ont choisie.

Pour que la réforme soit pertinente et permette de sortir des schémas S/ES/L, deux mesures sont indispensables selon Major-Bac :

  1. Les établissements de l’enseignement supérieur devront indiquer rapidement les profils attendus dans le recrutement pour que les élèves de seconde puissent faire le bon choix de spécialités.
  2. De grands progrès en matière d’accompagnement et d’orientation de la part des lycées sont à faire pour guider un maximum les élèves.

 

#5. L’inégalité géographique face aux options

Sur le papier, la réforme du lycée offre aux élèves la possibilité de choisir leurs enseignements de spécialité. En réalité, tous les enseignements ne sont pas disponibles dans tous les lycées. Les établissements n’ont pas tous les ressources (matérielles ou professeurs) pour proposer toutes les spécialités. Autrement dit, la carte géographique des lycées est inégale.

Par conséquent : certains élèves vont être contraints de quitter leur lycée pour aller étudier ailleurs. Or, dans les faits, ce n’est pas si simple (cela peut-être plus coûteux si le lycée est plus loin, et puis, qui a envie de quitter ses amis à cause d’une spécialité ?).

Pour combler ces inégalités, il faut que l’État trouve rapidement des solutions efficaces (comme l’enseignement à distance ou le regroupement de lycées pour certaines spécialités).

Par ailleurs, le deuxième problème qui découle de ce que nous venons de dire concerne le respect de la carte scolaire et les stratégies d’évitement de certains lycées de secteur.

Étant donné que tous les lycées ne présentent pas toutes les spécialités, certains élèves réussiront facilement à ne pas choisir leur lycée de secteur, où ils seraient initialement attendus. Il leur suffira juste de dire que leur lycée de secteur ne propose pas les enseignements qu’ils souhaitent suivre, contrairement au lycée (plus prestigieux) où ils postulent.

L’enseignement à deux vitesses risque donc de s’accentuer.

 

#6. Deux difficultés majeures pour les profs

Les profs aussi risquent d’être bien bouleversés par la réforme. Leur façon de travailler sera entravée, pour deux raisons principales.

Premièrement : ils vont avoir des classes aux profils très hétérogènes. Par conséquent, même s’ils enseignent une spécialité, ils devront s’interdire certains ponts avec d’autres matières.

Prenons l’exemple d’un prof de la spécialité maths en terminale. Il a face à lui des élèves qui ont décidé de faire des maths, jusque là rien de compliqué. Mais à côté de la spécialité mathématiques, ils auront une autre spécialité, pour certains, comme physique-chimie, SES, histoire. Les exemples du prof de maths seront très limités, il ne pourra pas proposer d’application mathématique en physique-chimie si cela concerne trois élèves, idem pour les SES. Les profs devront se cantonner à leur discipline.

Deuxièmement : les profs devront aussi s’adapter au nouveau calendrier du lycée : ils auront moins de temps pour préparer leur cours, corriger les copies et aider les élèves. En plus de leurs tâches habituelles, ils devront organiser les épreuves communes de contrôle continu. Cela risque d’être très chronophage, car ils doivent construire le sujet de A à Z, le faire valider, définir les modalités d’évaluation et d’harmonisation, etc.

 

***

En bref, si on fait les comptes, on a quatre points positifs contre six points de tension. Le match est serré.

La réforme du bac et du lycée est ambitieuse. Elle met l’accent sur un bac plus méritant, considéré comme un tremplin vers les études supérieures et le monde du travail ; mais elle exige aussi des choix d’orientation décisifs, à réaliser très tôt dans la scolarité. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Une chose est sûre en tout cas, le nouveau bac pourrait porter ses fruits à condition que des moyens efficaces soient engagés, un vrai travail de terrain mené et certaines mesures ajustées.

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