L’Homme et l’animal, option Humanités, littérature et philosophie

Voici un chapitre clé de la séquence Les représentation du monde en Humanités, littérature et philosophie. À travers sa relation avec l’animal, l’homme apprend à mieux se connaître. Dans cet article on vous explique tout ce qu’il faut connaître sur l’évolution de la reation homme / animal à travers l’histoire, la littérature et la philosophie tout en illustrant les exemples cités avec des vrais sujets de dissertation. 

 

La relation entre l’homme et l’animal dans l’histoire des idées

 

Il semble qu’à l’époque préhistorique, le rapport homme-animal était assez équilibré, voire défavorable à l’Homme. Dans cette position de faiblesse, l’Homme n’a qu’une arme que le reste du vivant ne détient pas a priori : son intelligence (voir Mythe de Prométhée dans le chapitre L’humain et ses limites). C’est ainsi qu’il va peu à peu prendre du pouvoir sur les animaux jusqu’à être décrit dans la Bible comme un être supérieur. 

 

C’est d’ailleurs cette conscience qui le conduira, depuis l’Antiquité, à penser sa relation avec le monde animal. A cette époque caractérisée par une grande réflexion sur l’organisation en société, la supériorité de l’Homme en tant qu’”animal politique” est réaffirmée. 

 

La Renaissance hérite d’une pensée humaniste, datant du Moyen-Âge, qui dit que l’homme est une créature privilégiée. Il est un être exceptionnel qu’il faut formellement distinguer et séparer de l’animal.

 

Cette frontière va se voir particulièrement fragilisée à partir du XVIème siècle, même s’il y a en réalité toujours eu des défenseurs de l’intelligence et de l’ingéniosité des animaux.

 

Si la formalisation d’une remise en question à commencer, le siècle des Lumières casse cet élan. Dans un projet de conquête de l’autonomie, les Lumières travaillent sur l’opposition humanité/animalité et culture/nature. Il confirme le caractère exceptionnel de l’Homme, en tant que détenteur de raison et de moralité. En cela, l’humanité s’élève au-delà de l’animalité. L’animal lui, qui se laisse domestiquer, ne peut qu’être dénué de conscience. On pense que l’animal est soumis au déterminisme, notion philosophique selon laquelle les évènements et actions sont déterminés par des causes extérieurs qui impliquent un effet défini, prévisible (principe de causalité). 

 

De nombreuses théories s’opposeront à cette perception de l’animal. Mais le déterminisme de manière générale (et donc celui des animaux) sera largement remis en cause grâce au progrès scientifique qui améliore notre connaissance du vivant. C’est ce progrès qui conduira à la théorie de l’évolution. Le débat sur la reconnaissance et le droit animal va alors s’intensifier. La lutte contre l’exploitation animale, qui bénéficie aujourd’hui d’une certaine médiatisation, prend racine dans ce débat.

 

Aujourd’hui encore, la conception qui prévaut en Occident est qu’il y a une continuité physique entre l’homme et l’animal mais une rupture radicale en matière de qualités mentales. 

 

Auteurs-clés et citations sur la relation entre l’homme et l’animal

 

Aristote, La Politique, I.2, 330 av. J-C

 

Aristote réfléchit ici sur l’organisation des hommes en société. L’Homme dépasse ses simples instincts naturels pour construire une cité, gouvernée par la distinction entre le juste et l’injuste, entre le bien et le mal. Cette capacité prouve sa supériorité sur le reste du vivant. Si des formes d’organisation sociale ont été repérées chez certains groupes d’animaux, l’homme garde néanmoins le monopole de la parole (à différencier du langage). 

 

L’homme est un animal politique

“Mais que l’homme soit un animal politique à un plus haut degré que l’abeille quelconque ou tout autre animal vivant à l’état grégaire, cela est évident. La nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; et l’homme seul de tous les animaux, possède la parole. Or tandis que la voix ne sert qu’à indiquer la joie et la peine, et appartient aux animaux également (…), le discours sert à exprimer l’utile et le nuisible, et par suite aussi, le juste et l’injuste ; car c’est le caractère propre à l’homme par rapport aux autres animaux, d’être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l’injuste, et des autres notions morales, et c’est la communauté de ces sentiments qui engendre famille et cité.”

 

Montaigne, Essais II.12, 1580

 

Montaigne concède ici des différences indéniables entre l’Homme et l’animal, mais affirme que l’intelligence et l’ingéniosité ne sont pas le propre de l’Homme, qu’elles se retrouvent aussi chez les animaux, et qu’il n’existe donc pas de caractère suffisamment différenciant pour établir une quelconque supériorité de l’un ou de l’autre. 

 

Une différence de degré mais pas de nature

“Nous ne sommes ni au-dessus, ni au-dessous du reste, tout ce qui est sous le Ciel, sit le sage, court une loi et fortune sans pareille (…). Il y a quelque différence, il y a des ordres et des degrés ; mais c’est sous le visage d’une même nature.”

 

Descartes, Discours de la méthode (Lettre au Marquis de Newcastle), 1637

 

Dans ce texte, l’intelligence attribuée aux animaux par Montaigne est formellement niée : les animaux sont des machines, des automates, incapables de penser, accomplissant des gestes mécaniques en réponse à des stimuli. C’est le déterminisme.


Le plus stupide des hommes est encore supérieur au plus intelligent des animaux

“On peut aussi connaître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. Car c’est une chose bien remarquable, qu’il n’y a point d’hommes si hébétés et si stupides (…) qu’ils ne soient capables d’arranger ensemble diverses paroles, et d’en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ; et qu’au contraire, il n’y a point d’autre animal, tant parfait et tant heureusement né qu’il puisse être, qui fasse le semblable.”

 

La Fontaine, Fables, 1668-1694


Les Fables de la Fontaine sont un bel exemple d’anthropomorphisme. Il s’agit de décrire les animaux avec des caractéristiques, des sentiments et des comportements humains. La Fontaine utilise ce procédé pour dénoncer la société dans laquelle il vit en contournant la censure. Ce recours à l’anthropomorphisme montre deux choses :

 

  • l’animal ressemble à l’Homme,
  • il permet ainsi de renvoyer une image de l’Homme, de faire miroir, pour que ce dernier comprenne mieux ce qu’il est et s’aperçoive de ses travers. 


La figure de l’animal comme outil d’instruction pour l’humanité
“Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :
Ce qu’ils disent s’adresse à tous tant que nous sommes ;

Je me sers d’animaux pour instruire les hommes.”

 

Problématisation sur la relation entre l’homme et l’animal

 

En quoi l’humanité fait-elle figure d’exception par rapport à l’animalité ?

Exemple : Pour Aristote, l’exception humaine tient à la capacité de l’Homme à se construire socialement, à s’organiser en société et à gouverner. Sa maîtrise de la parole et du discours sont des preuves qu’il est fondamentalement différent de l’animal. Même s’il est difficile, sur ces points, de nier le stade avancé de l’Homme, on pourra nuancer la position d’Aristote en rappelant que des formes de sociétés et de maîtrise du langage ont été observées chez les animaux.

 

Les différences indéniables entre l’Homme et l’animal suffisent-elles à ériger un frontière radicale entre eux ? Peut-on dire au contraire que l’Homme s’inscrit en fait dans le règne animal ?

Si Aristote sépare formellement l’Homme de l’animal, Montaigne affirme que malgré les différences, la nature de l’Homme et de l’animal est la même. Il n’y a donc pas de frontière entre eux, simplement des degrés de différenciation. Cet exemple est une bonne entrée en matière pour un paragraphe de dissertation visant à modérer l’idée d’un Homme radicalement opposé à l’animal. 

 

En quoi peut-on rapprocher l’argument contre l’anthropocentrisme à celui contre l’ethnocentrisme (vu dans le chapitre Découverte du monde et pluralité des cultures) ?

 Le parallèle entre l’éthnocentrisme et l’anthropocentrisme est le suivant : de la même manière qu’une culture en juge une autre selon ses propres croyances et pratiques, l’Homme juge les autres êtres vivants selon son propre système de valeurs. Descartes par exemple, condamne les animaux à un rang inférieur parce qu’ils ne pensent pas et ne réagissent que par instinct. Or, c’est l’Homme lui-même qui dit que la conscience et la parole font la supériorité. Il s’octroie donc cette position dominante selon des critères qu’il a lui-même choisi de valoriser, et qui ne le seraient peut-être pas par d’autres espèces. 

 

S’il est différent de l’homme, comment l’animal peut-il lui servir à mieux se comprendre lui-même ?

La Fontaine part du postulat qu’hommes et animaux ont des différences qui ne les empêchent pas de se ressembler. En associant des comportements humains à des figures animales dans ses Fables, il met les hommes face à eux-même. Les fables sont un miroir de la société. Elles en reflètent l’absurdité, les excès, les dérive, pour finir sur une morale sur laquelle l’être humain doit méditer. 

 

Conclusion

 

Le statut de l’animal est un enjeu majeur pour la société. Il reflète à la fois l’Homme mais aussi son éthique et sa capacité à remettre sa propre place en question afin d’atteindre des relations justes avec les autres êtres vivants. On voit bien aujourd’hui qu’il s’agit d’une véritable préoccupation et que l’humanité progresse sur les questions d’intelligence et de communication animale. D’ailleurs, tout au long de ce chapitre, il faut bien garder en tête que l’Homme a aussi choisi de distinguer l’animal sauvage de l’animal domestique. Le programme ouvre aussi cette réflexion : alors que l’animal dit sauvage représente plutôt un danger, une menace pour l’Homme, les animaux domestiques tissent un lien affectif avec l’Homme qui peut s’avérer bénéfique pour la santé et le bien-être. 

N’hésitez pas à poursuivre vos révisions en consultant d’autres articles d’Humanités, Littérature et Philosophie – notamment celui sur l’éducation.

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