Corrigé d’annales de bac – Philosophie ES 2018 – Dissertation

Voici le corrigé des annales du bac de philosophie de 2018 donné en ES : Toute vérité est-elle définitive ? C’est un sujet compliqué. D’abord parce que la notion de vérité est très loin d’être évidente. Ensuite parce que le mot « définitif » nous laisse un peu désemparés.

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Remarques sur le sujet des annales de bac de philosophie de 2018

  • Il faudra bien traiter le « toutes » : la négation du sujet est en effet « Certaines vérités ne sont pas définitives ». Il s’agit de trouver lesquelles.
  • L’approche dite typologique sur ce sujet est ainsi incontournable. Dresser une typologie, c’est voir que le sujet se donne différemment pour différentes vérités : vérité religieuse, philosophique, scientifique…
  • Sur une question fermée comme celle-ci, il faut absolument faire simple en termes de plan : répondre d’abord par oui, puis par non, et enfin trouver une notion qui permette de sortir de l’opposition dialectique. Ici une question intéressante à se poser est celle de l’expression de la vérité.

 

 

Définir les termes du sujet

Voici les définitions à garder à l’esprit pour traiter le sujet des annales de bac de philosophie de 2018.

 

Vérité

Au sens augustinien, veritas est adequatio intelectus et rei, la vérité est l’adéquation entre la réalité et l’intellect.

La vérité peut être démontrée de différentes manières :

  • Par l’expérience: on vérifie un énoncé par son efficacité dans le réel (par exemple un énoncé mathématique)
  • Par la logique: certains énoncés sont vrais a priori. Kant distingue en ce sens les jugements analytiques (qui sont des jugements liant la proposition 1 et la proposition 2 par un lien logique : de telle manière que la proposition 2 « existe » déjà dans la proposition 1) et les jugements synthétiques (la proposition 2 « apporte » quelque chose qui n’était pas contenu dans la proposition 1). Pour lui, ces deux types de jugements peuvent être vrais a priori, grâce à ce qu’il appelle les « catégories » de l’entendement humain, autrement dit, les structures logiques.
  • Par l’opinion : tout le monde croit la même chose, elle doit donc être vraie. Par exemple, tout le monde croit que nous ne vivons pas dans un rêve, cela doit être vrai.
  • Par la cohérence : ce qui est vrai est organisé. Deux propositions vraies ne peuvent ainsi pas être contradictoires.

On peut parler de vérité dans les champs suivants :

  • En science
  • En histoire : par exemple la question de la vérité du génocide arménien a fait débat en France
  • En art
  • En philosophie
  • En politique : un homme politique peut-il dire toute la vérité ? Tout le monde doit-il croire dans la même vérité pour vivre ensemble ?
  • En religion

 

Définitive

Scellée. Autrement dit, non négociable, immuable, exprimée une fois pour toutes.

Le caractère définitif d’une vérité doit ainsi être fixé par quelqu’un, et il faut voir s’il est reconnu par tous.

 

 

Problématiser le sujet : “Toute vérité est-elle définitive ?”

Voici les grandes pistes pour problématiser le sujet des annales de philosophie de 2018.

Selon un premier point de vue, la vérité est Une et en tant que telle toujours définitive. Que l’on parle de la vérité comme « réel du réel » ou comme expression de ce réel, une fois que l’esprit l’a comprise, elle est définitivement entendue. Si elle n’est pas définitive ainsi, c’est qu’il ne s’agit pas vraiment d’une vérité.
Selon un second point de vue, la vérité ne désigne pas le réel profond, mais le discours qu’on porte dessus, toujours faillible car dépendant du langage, et imparfait car portant sur un monde mouvant. L’esprit humain ne peut saisir en une formule ni même par l’intuition un monde toujours indéterminé, et la vérité désigne davantage une démarche, qui n’est jamais fermée, qu’une proposition que l’on peut considérer comme acquise.

Ma problématique porterait ainsi sur la tension entre la vérité comme « réel du réel », que le sage cherche à atteindre, et l’expression de cette vérité.
La vérité, entre énoncé et objet de recherche, peut-elle trouver les moyens de s’exprimer de manière définitive ?

 

Plan possible pour le sujet d’annales de philosophie de 2018

I – Toute vérité assurée est aussi définitive.

II – Toutes les vérités ne peuvent être fixées définitivement ; la vérité est davantage une quête d’elle-même.

III – La vérité peut toujours être exprimée comme mystère et chemin, et fixée donc de manière définitive et atemporelle, mais qui nécessite que le sujet se l’approprie.

 

Plan détaillé du sujet : “Toute vérité est-elle définitive ?”

La première partie de la correction des annales de philosophie de 2018

a) La vérité est d’abord immuable et donc définitive.

Pour Platon la Vérité est dans le monde des Idées qui est un monde éternel portant les essences des objets que nous côtoyons ici-bas. Dans le mythe de la caverne (dans La République) il explique comment l’homme peut, en se détournant de la caverne, c’est-à-dire du monde matériel où s’agitent des ombres, accéder au soleil des Idées. L’homme a alors une fois pour toutes été en contact avec la Vérité.

 

b) La vérité ne peut porter que sur le passé ou l’atemporel : ainsi tout énoncé de la vérité, s’il est effectivement vrai, est définitif.

C’est en ce sens que Hegel a dit que « la chouette de Minerve prend son envol au crépuscule » : le philosophe ne peut recueillir qu’une totalité en fin de vie, auparavant la vérité n’existe pas car l’histoire n’a pas mené son mouvement à terme. On peut alors bien, puisque les faits sont connus dans leur entièreté, établir leur vérité de manière définitive.
Mais cela est également possible pour les vérités n’appartenant pas au temps : ainsi des vérités religieuses. Pour les musulmans par exemple, le Coran fixe la vérité en matière métaphysique de manière définitive. Il en va de même de vérités scientifiques comme les grands énoncés mathématiques par exemple.

 

c) Toute vérité est définitive pour qui l’énonce.

Il est très important d’apporter ce questionnement à la réflexion : qui sanctionne le caractère définitif d’une vérité ? Certaines vérités sont des vérités au sens subjectif, et non pas des vérités absolues ; Jean-Paul II dans Splendeur de la vérité affirmait ainsi qu’on peut être authentiquement et honnêtement dans l’erreur. Dès lors, le sujet peut parfaitement affirmer comme vérité ce qui n’est en réalité que véracité (vérité subjective) ; et quand il le fait il engage son affectivité dans son propos. La vérité est en ce cas définitive pour lui, même si elle ne l’est pas universellement.

 

 

La deuxième partie de la correction des annales de philosophie de 2018.

 

a) La vérité est davantage une démarche, que l’on ne peut fermer en disant qu’elle est définitive, au risque de la mettre en danger

Comme disait Nietzsche, « la vérité avance à pas de colombe » ; la vérité est avant tout un élan vers la vérité, plutôt qu’un contenu fossilisé. Karl Popper, dans La logique de la découverte scientifique (1934), va encore plus loin : il parle pour un énoncé scientifique de « critère de falsifiabilité » ; en sciences, une proposition n’est vraie que si elle est potentiellement falsifiable, c’est-à-dire qu’elle est vraie dans la mesure où elle n’a pas encore été remise en question.

 

 

b) Dans certains champs de la pensée on ne peut pas établir de vérité définitive

En sciences, des vérités peuvent être établies de manière définitive : si comme le disait Fontenelle le monde est en plus grand ce qu’une montre est en petit, des lois existent qui le régissent et ces lois sont connaissables. En philosophie en revanche, il est difficile d’établir des vérités ; toute vérité est dépendante d’un point de vue plus général sur le monde. En histoire, de même : la mémoire a tendance à voir les choses d’après le prisme des enjeux du présent ; établir une vérité de manière définitive met une barrière à une archéologie du passé toujours insatisfaite d’elle-même qui est l’horizon de la science historique.

 

c) En réalité le concept même de vérité est une erreur au vu de la nature mouvante du monde ; celui-ci n’étant jamais définitif, il ne peut y avoir d’autre vérité définitive que son éternel mouvement

C’est en tout cas ce que dit Nietzsche au long de son œuvre : tout est toujours en perpétuel devenir, et il est ainsi ridicule de vouloir essentialiser le monde. Vouloir fixer des vérités définitives, c’est se chercher, dans son vocabulaire, un « arrière-monde » pour fuir l’angoisse de l’éternel possible.

 

La troisième partie des annales de philosophie de 2018.

 

a) Des vérités philosophiques, historiques, scientifiques, artistiques, peuvent être exprimées dans le langage, sous réserve de sa purification

C’est toute l’ambition du courant de la philosophie analytique, mené en France par Jules Vuillemin, et dont un des plus éminents représentants est Ludvig Wittgenstein. Dans leur esprit, des vérités peuvent bien être exprimées de manière définitive, mais il faut au préalable procéder à une purification du langage, en évinçant par exemple tous les termes vides de sens, ou toutes les mauvaises connexions logiques. Toutes les vérités ne peuvent cependant être mises en mot : « ce dont on ne peut parler, il faut le taire », écrit Wittgenstein.

 

 

b) On peut exprimer la vérité par morceaux ; toute vérité ne peut être définitive, mais des fragments de la vérité peuvent prétendre à l’universalité

La Bruyère, dans ses Caractères, La Rochefoucauld, dans ses Maximes, ne veulent pas exprimer la Vérité toute entière, mais simplement des fragments de celle-ci, dans un style lacunaire qui ne délivre ainsi pas la vérité dans le contenu à proprement parler mais aussi dans le style de l’expression. C’est que la vérité n’est pas seulement rationnelle, elle est aussi, comme l’ensemble de l’expérience humaine, parée de mystère, et l’intuition indicible s’approche parfois davantage de la vérité qu’un enchaînement rigoureux de formules mathématiques.

 

c) On peut enfin exprimer la vérité de manière définitive par d’autres moyens que le langage

La musique est un moyen d’exprimer une vérité de manière définitive : Vladimir Jankélévitch a ainsi écrit que la musique de Fauré permettait de comprendre l’idée de la mort. La poésie exprime aussi des vérités : le haïku japonais exprime ainsi le mujo, l’impermanence du monde… Vérité des vérités, puisqu’elle empêche l’existence de toutes les autres.

 

Conclure le devoir

Voici un exemple de conclusion rédigée pour le corrigé des annales de philosophie de 2018.

En conclusion, toute vérité n’est pas définitive car la plupart sont toujours insuffisamment formulées. L’intellect humain, limité, ne peut jamais contenir en lui le réel. La vérité doit ainsi se donner comme un chemin, toujours à parcourir.

 

N’hésitez pas à consulter d’autres dissertations des annales de philosophie corrigées, ou le commentaire de texte corrigé des annales de philosophie de 2018.