Le devoir – Bac de philosophie

La notion de devoir appartient au champ de la morale qui elle peut se définir comme un ensemble de règles énonçant ce qui est bien et ce qui est mal. En philosophie, les grandes problématiques autour de cette notion portent sur les sources du devoir ( Dieu ? la société ? la conscience ? etc..) ou sa distinction avec le droit ou encore la force. Ou alors plus classiquement les sujets au baccalauréat questionnent cette notion au regard d’autres notions plus classiques comme la liberté (Faire son devoir, est-ce être libre  ou suis-je libre quand je fais mon devoir ? ) ou le bonheur ( Être heureux et être vertueux sont une seule et même chose ? )

On définit généralement en philosophie le devoir du côté de l’obligation ( puissance de commandement interne ou morale) par opposition à la contrainte  ( puissance de commandement externe ou physique).

Voici les principaux auteurs à connaître pour réussir haut la main tous vos devoirs en philosophie sur le devoir ! 

 

Le devoir selon Platon : Nul n’est méchant volontairement/ en le sachant car chacun cherche son bien

On retrouve cette formule de Platon sous diverses formes dans beaucoup de ses dialogues comme dans Protagoras, Gorgias ou Ménon. Dans ce dernier, par exemple, Socrate explique que si désir du mal il y a, celui-ci ne peut s’expliquer que par l’ignorance de celui qui le désire, qui prend un mal pour bien.

Pour Socrate, il est tout simplement inconcevable qu’un individu désire le mal tout en sachant que ce mal lui fera du tort et le rendra malheureux. En effet, dans la mesure où le Bien est la cause de toutes nos actions c’est-à-dire dans la mesure où tout homme agit en vue du Bien ou ce qu’il estime être tel, celui qui fait le mal est en vérité dans l’erreur car dans son for intérieur il prend ce mal pour bien.

Or l’erreur est un manque de connaissance. Donc c’est bien par ignorance qu’un individu peut agir mal. Nul ne peut vouloir le mal en connaissance de cause. Le bien est dans cette perspective le fruit de la pensée. Il y a une idée du bien qui permet de ne pas être dans l’erreur. La morale est donc une affaire de raison dans la mesure où elle dépend de l’idée de Bien qui est de l’ordre de la pensée, une idée. La morale est une affaire de raison dans la mesure où elle est un jugement de connaissance, un savoir rationnel.

Le Bien résulte de la connaissance de l’idée de Bien. Le mal résulte de l’ignorance de l’idée de Bien. Ainsi par cette formule « nul n’est méchant volontairement », Platon fait une distinction entre vouloir le bien et savoir ce qu’est le bien. On peut vouloir le bien et le confondre avec le mal si l’on n’a pas la connaissance de l’idée de Bien. Mais une fois acquise la connaissance de l’idée de Bien, on ne peut vouloir le mal car l’intellection du bien incline naturellement la volonté dans la bonne direction. Le tyran qui se croit libre et heureux est en réalité esclave.

Discerner le bien du mal est une affaire de raison au sens où cela requiert la connaissance ou savoir du bien, de l’idée de Bien.

 

 

Le devoir selon Spinoza: le bien et le mal ne sont pas dans la Nature

“ […] le bien et le mal ne son ni des choses ni des effets qui [sont] dans la nature”.

Court Traité (1663), partie I, chapitre 10

Spinoza est une référence intéressante sur la question du statut de ce que nous appelons le Bien et le Mal.

De manière générale, on a coutume de considérer le Bien et le Mal comme des choses ou des effets de la Nature c’est-à-dire comme des réalités objectives, des choses qui existent réellement et qui découlent de la Nature ou de la volonté divine.

Or cette vision des choses est une illusion que Spinoza s’efforce de dissiper dans son Court traité notamment. En effet, pour Spinoza, il n’y a ni Bien ni Mal absolument parlant dans la Nature mais que du bon ou du mauvais pour chaque mode d’existant.

L’illusion de l’homme consistant à voir le Bien et le Mal comme des réalités absolus de la Nature provient de son ignorance c’est-à-dire d’une non connaissance de ce qu’est réellement la Nature, ce processus dynamique d’enchaînement de causes à effets auquel nul être qui l’habite ou la compose ne peut échapper.

Le Bien et le Mal ne sont pas des êtres réels (entia realia) mais des êtres de raison ( entia rationis). L’erreur de l’homme est d’en faire une propriété intrinsèque des choses qui composent la nature  alors qu’il ne s’agit que de relations ou rapports momentanés à notre mode fini d’existence. Les hommes jugent une chose bonne relativement à une autre qu’ils ne jugent pas bonne ou utile. Les choses ne sont en soi ni bonnes ni mauvaises. Le bon et le mauvais sont relatifs. Est bon ce qui augmente ma puissance d’exister, est mauvais ce qui la diminue.

 

 

Le devoir selon Kant ou la bonne volonté

“ De tout ce qu’il est possible de concevoir dans le monde, et même en général hors du monde, il n’est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n’est seulement une bonne volonté”.

Fondements de la métaphysique des moeurs (1785), section I

Comment évaluer la moralité d’une action?  Comment savoir si j’agis moralement? Comment savoir si je fais effectivement mon devoir? Ce sont ces questions que Kant analyse dans ses Fondements de la métaphysique des moeurs.

Dans cette dernière, Kant répond que la moralité d’une action réside dans l’intention de son auteur, dans l’intention de celui agit.  Évaluer la moralité d’une action c’est-à-dire savoir si l’action qu’on projette d’exécuter ou que l’on exécute est bonne ou mauvaise moralement ne consiste pas à analyser ses conséquences ou ses effets. La moralité d’une action réside dans l’intention de celui qui agit. Ce n’est donc pas l’action qui doit être jugée morale ou bonne mais l’intention de celui agit c’est-à-dire dit Kant sa volonté. Le philosophe distingue sur ce point l’action conforme au devoir du devoir lui-même autrement agir conformément au devoir et agir devoir. Ce sont deux choses différentes. Agir par devoir c’est agir sans être déterminé par un penchant ou un désir sensible. Agir par devoir c’est agir selon la loi de la raison pratique ou de sa volonté qui sont une seule et même chose pour Kant.

Agir moralement et agir librement sont une seule et même chose : le devoir n’est pas une contrainte mais l’occasion d’expérimenter notre liberté.

Dans la troisième section des Fondements de la métaphysique des moeurs, Kant est très clair: une volonté libre et une volonté soumise à loi morale sont une seule et même chose. Ainsi donc la liberté doit être comprise comme autonomie c’est-à-dire comme puissance d’autodétermination. Autrement dit pouvoir de s’auto-déterminer, de se donner à soi-même sa loi. La liberté dans son versant négatif est la capacité à s’affranchir des déterminations sensibles mais dans son versant positif c’est la capacité à être un pouvoir de causalité, à se donner ses propres lois.

Il faut alors remarquer que les lois ne sont pas en tant que telles des obstacles à la liberté mais ses conditions de possibilité. être libre ce n’est pas se soumettre à rien. C’est se soumettre à soi-même à sa raison pratique ou sa bonne volonté.

 

 

Le devoir selon Nietzsche ou la cruauté du devoir

“Comment la souffrance peut-elle être la compensation de la “dette”? Pour autant que faire souffrir faisait un bien extrême, pour autant que la victime du dommage obtenait de son côté un plaisir extraordinaire en contrepartie du préjudice, augmenté du déplaisir qu’il causé: faire souffrir, véritable fête…”

Généalogie de la morale (1887), deuxième traité, §6

La référence à Nietzsche permet d’entrer dans une critique de l’idée de devoir. Le philosophe prétend, à travers une démarche généalogique, démasquer l’origine voilée et honteuse du devoir que l’on a coutume à placer au centre de toute l’existence humaine. Pour Nietzsche le devoir n’est rien d’autre que la forme déguisée ou travestie d’une tendance d’une puissance collective dont l’existence s’avère minimisée ou niée.

Selon Nietzsche, le devoir prend sa source dans le droit d’obligation qui lie créanciers et débiteurs. Un droit qui, aux yeux du philosophe, consiste dans un plaisir de faire souffrir. Ainsi donc en creusant la parenté entre le devoir et la notion de dette, ce qu’atteste à nouveau l’étymologie même du mot devoir, Nietzsche dévoile la cruauté originelle de toute morale et de tout devoir.

 

 

N’hésitez pas à poursuivre vos révisions en consultant d’autres fiches de philosophie – notamment la fiche sur la philosophie politique vulgarisée.

Poursuis ta lecture sur ces sujets