Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté ? – Bac de philosophie

En guise de préambule, n’hésitez pas à consulter notre fiche sur le devoir – qui résume tout ce que les différents philosophes ont dit sur cette notion. 

 

Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté ? – Introduire le sujet

Essayez toujours de partir de l’opinion courante ou commune et d’analyser cette dernière. Il est vrai que l’on a coutume d’opposer devoir et liberté car on semble voir dans la première une contrainte extérieure à laquelle on doit se soumettre sous peine de sanctions. Repensons au vécu de notre enfance: le devoir est alors vécu comme soumission à une autorité extérieure en l’occurrence l’autorité parentale. Rien ne semble alors dans un premier temps distinguer le devoir du droit ou des lois.  L’autorité dit les règles et valeurs à respecter. Tout semble aller dans le sens d’un renoncement à sa liberté qui est ici vue comme capacité ou puissance d’autorité souveraine c’est-à-dire faculté à décider soi-même de ses actions sans avoir à répondre de ces dernières devant une quelconque autorité. 

 

 

Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté ? – Problématisation

Pensons aux dilemmes cornéliens auquels sont confrontés successivement  Rodrigue et Chimène dans le Cid. Les deux personnages se retrouvent dans des situations ou le choix est difficile et lourd de conséquence quel qu’il soit. Rodrigue se voit contraint de faire un choix entre l’amour qu’il porte à Chimène et le devoir qui est de sauver l’honneur de son père bafoué par le père de Chimène. Relisez quelques stances de Rodrigue à la scène 6 de l’acte I qui mettent en scène le conflit intérieur qui ravage celui qui deviendra le Cid. Faites en de même pour Chimène  qui doit choisir entre son amour pour Rodrigue et venger son père qui a été tué par Rodrigue.  Le devoir est vécu comme une contrainte. Le sujet se trouve dépossédé de toute liberté entendue comme  possibilité de choix et  il se sent comme prisonnier. Rodrigue se retrouve contraint de venger son père.

Mais la question qui nous est posée nous invite à faire une distinction que l’opinion courante ne semble pas faire de prime abord: à distinguer contrainte et obligation. Dans la contrainte, la nécessité qui nous pousse à agir est extérieure alors que dans l’obligation cette nécessité est intérieure. Cette distinction peut être très poreuse et fragile car dans les deux cas il y a bien quelque chose comme une violence mais dans le cas de l’obligation cette violence est reconnue comme légitime. L’essence de l’obligation repose sur la reconnaissance de la légitimité de l’autorité. Dans cette perspective, je ne renonce en aucun cas à ma liberté.  En faisant mon devoir, je me soumets librement à l’autorité. Dans le cas de la contrainte, il n’y a pas cette reconnaissance d’où découle le consentement.  Rousseau développe cette analyse dans le chapitre 3 “Du droit du plus fort” du livre I de Contrat Social avec l’exemple du brigand au coins d’un bois.

Répondre à la question “Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté” c’est donc se nourrir des deux thématiques, entre autre chose, de la liberté (revoir la fiche sur les références pour le thème de la liberté) et du devoir.

Répondre à une telle question est crucial car faire son devoir c’est normalement faire le bien ou faire ce qui est considéré comme juste par la communauté et être libre c’est en un sens ne rencontrer aucun obstacle mais aussi être autonome. Comment rendre compatible ce sens de la communauté auquel engage le devoir et ce désir individuel d’autonomie? Une telle question invite à reconsidérer notre conception de la liberté.

 

Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté ? – Le plan

Première partie

Dans un premier temps, on peut développer l’opposition entre devoir et liberté en approfondissant la notion de contrainte à travers divers exemples vu précédemment. Le devoir est une contrainte car la liberté c’est faire ce que je désire faire. Mais on peut montrer en fin de première partie que le désir peut être le plus souvent aveugle et tyrannique de sorte qu’être libre ce n’est pas suivre son désir ou ses désirs, c’est encore être contraint par quelque chose d’extérieur. On croit être libre en accomplissant ses désirs mais on est sous l’autorité de ses désirs. Être libre consisterait à s’émanciper de ses désirs mais comment faire?

Deuxième partie

Dans un second temps on pourrait adopter la perspective kantienne qui permet de répondre à la question posée.  Dans un tel sujet, la réflexion de Kant dans Fondements de la métaphysique des moeurs est très féconde puisqu’il y montre notamment dans la troisième section de cet ouvrage que devoir et liberté sont étroitement corrélés. En effet, Kant nous dit qu’une volonté libre et une volonté soumise aux lois morales sont une seule et même chose. Autrement dit faire son devoir, c’est nullement renoncer à sa liberté. Bien au contraire, c’est actualiser, concrétiser ou réaliser sa liberté. Faire son devoir, c’est accepter sa nature suprasensible d’être libre. Agir par devoir et agir librement/être libre sont une seule et même chose aux yeux de Kant car la liberté est autonomie, c’est-à-dire capacité à se prescrire à soi-même sa règle. Dans l’action par devoir, le sujet n’est pas soumis aux inclinations ou à tout autre intérêt sensible. Il est soumis à lui-même, à sa raison pratique c’est-à-dire sa volonté. En tant que tel, il est libre. Le devoir est un impératif catégorique et non hypothétique. De sorte que le devoir loin d’être une contrainte est la possibilité qui m’est donnée d’être libre, c’est-à-dire non seulement de m’affranchir des déterminations sensibles mais aussi et surtout de m’auto-déterminer. Quand bien même je ne peux me connaître que déterminé en tant qu’être phénoménal, en tant que chose en soi, rien ne m’empêche de penser libre. Et je dois me penser libre.

Troisième partie

On pourrait alors s’intéresser dans un dernier mouvement à l’ancrage politique de cette question. Quelle place accorder aux lois, au droit dans cet horizon?  Encore une fois la référence à Kant s’avère très précieuse puisqu’elle permet d’étayer l’idée que la loi ou le droit est la condition de réalisation du progrès moral des hommes et de leur liberté. On peut alors reprendre ici l’opuscule Idée d’une Histoire universelle au point de vue cosmopolitique et l’idée qui y est développée d’une ruse de la nature pour permettre à l’homme de s’épanouir ou de se développer. L’insociable sociabilité pousse les hommes à s’associer et à produire le droit dans lequel la raison se reconnaît peu à peu. En ce sens, obéir aux lois, c’est progresser moralement et tendre vers la réalisation de sa nature, tendre vers la réalisation de la liberté.

 

N’hésitez pas à poursuivre vos révisions en consultant d’autres fiches de philosophie !

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