Le temps – Bac de philosophie

Le temps est cadre et condition de l’existence humaine. On note trois dimensions du temps : passé, présent et futur. Il y a un temps objectif, mesuré par la physique et un temps subjectif, vécu, ressenti au travers de la conscience (voir Saint-Augustin).

 

En guise d’introduction

Le temps est un mouvement continu et irréversible par lequel l’avenir devient présent et le présent passé. Aristote, Physique : « On est dans l’impossibilité de représenter le temps sans faire appel à l’idée de mouvement ».

Le temps fini est la mort, l’avenir véritable du sujet. L’homme vit avec la conscience qu’il ne pourra pas revivre ce qu’il a vécu. La vie a-t-elle un sens si l’on finit par mourir ? L’irréversibilité du temps suscite l’angoisse d’une fin prochaine. Le mythe et la religion, en utilisant des notions telles que l’éternité ou la réincarnation cherchent à nier cette irréversibilité.

Au contraire, la conscience de la mort est-elle justement ce qui constitue la singularité de l’homme ? Grâce à la mort, la vie peut prendre un sens. La prise de conscience d’être mortel nous rend responsables d’assumer notre propre vie. Charge à l’homme de ne pas se laisser polluer par des considérations sur la vanité de son existence.

 

Positionnement de 3 auteurs majeurs sur le temps

Saint Augustin, Les confessions : l’impuissance de l’homme à définir la notion de temps

Dans quelle mesure peut-on dire que le temps possède une réalité ? Selon quelles modalités les trois dimensions du temps sont-elles vécues par l’homme ?

Pour Saint-Augustin, le présent est la dimension privilégiée du temps. « Il y a trois temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur. (…) Le présent du passé, c’est la mémoire ; le présent du présent, c’est la vision directe ; le présent du futur, c’est l’attente. » Bien que le passé et l’avenir n’existent pas à proprement parler, l’esprit est capable de les faire exister au présent, quand il se remémore le passé et anticipe l’avenir. C’est la conscience, l’attention au présent qui mesurent et constituent le temps.

 

Pascal, Pensées : l’homme n’est pas ancré dans le présent car il est douloureux

Le présent ne servirait qu’à programmer le futur proche, qu’on attend, et à se remémorer le passé. En attendant le futur et regrettant le passé « Nous ne vivons jamais mais nous espérons de vivre ». Ce rapport au temps et ce gaspillage du présent font que nous n’existons pas. Le présent est le seul temps dont nous disposons vraiment, et est vécu comme insupportable. L’inquiétude constante de la mort fait vivre soit au passé, soit au futur.

Pascal a pris conscience de la condition tragique de l’homme marquée par la mort. On trouve des passe-temps pour se distraire. « Le divertissement conduit insensiblement vers la mort. » Il s’agirait de remplir le temps pour ne pas penser à la mort.

 

Sartre, La nausée, L’Être et le Néant : se projeter (vers l’avenir) pour trouver un sens à son existence

Selon la pensée existentialiste de Sartre, l’homme (comme le monde) n’a pas de raison d’être préconçue, son existence n’a pas de justification. Il n’y a pas de Dieu qui définisse l’essence de l’homme. Loin d’être négatif, cette supposition libère chaque homme de tout déterminisme et lui laisse l’opportunité de trouver sa justification. C’est via l’existence que l’homme peut se trouver une justification. Sartre utilise la notion de projet. Se projeter vers l’avenir permet de trouver un sens à son existence. Des manifestations du projet sont des intentions, des choix… Le présent donne l’opportunité d’anticiper son avenir, anticipation conditionnée par les évènements passés.

 

 

Exemple de 2 sujets types de bac sur le temps

Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?

Le regret, le remords, une impression de non-sens de sa vie conduisent l’homme à demeurer sclérosé dans un passé qui l’oppresse si bien que ce qu’il a gardé en mémoire gêne son avancée vers l’avenir (amorce).

Pour que l’avenir ait lieu, il faudrait oublier le passé (présupposé du sujet).

Or, une disparition complète du passé priverait le présent et l’avenir d’expériences et de repères. Bien plus, au lieu d’ouvrir le sujet vers l’avenir, l’absence de passé bloquerait le sujet dans la répétition (problème).

  1. Raisons pour lesquelles le sujet oublierait le passé
  • Oubli d’un passé douloureux
  • Le temps subjectif : on mesure son passé avec la densité des évènements qui y figurent : le sujet ne se souvient pas d’une période pauvre.
  • Oublis pathogènes

2. Conséquences de l’oubli du passé

Les traces du passé constituent la continuité individuelle, continuité qui fait l’identité. Les oublier aurait un impact négatif sur la constitution de son identité. Exemple de l’amnésique : l’oubli du passé fait que l’amnésique ne peut plus se rapporter à soi et au présent.

3. Peut-on séparer radicalement passé et avenir ?

Sartre, La nausée, L’Être et le Néant. Notion de projet : le projet est tiré de notre histoire/rapport au passé. Projet : 1. Projeter un sens à son existence 2. Se projeter (vers l’avenir). Séparer passé et avenir nuirait à toute projection. Or, l’existence est absurde si on ne lui a pas prescrit un sens. Un projet nécessite d’utiliser son passé et son présent pour pouvoir se projeter vers l’avenir. L’avenir ne se construit pas à partir de rien.

Devoir oublier son passé pour se donner un avenir signifierait que le passé est subi, figé et qu’il n’est pas possible de lui donner un sens (par ses actions futures). Dès lors que l’avenir permet de trouver une signification au passé, le présent trouve toute son importance. Cela suppose que pour se donner un avenir, il faudrait donc tenir compte du passé. (conclusion)

 

Que signifie l’expression « perdre son temps ? »

Perdre son temps c’est paresser, ne rien faire ou être occupé à faire quelque chose sans résultat. C’est ne pas utiliser son temps à bon escient, ne pas utiliser le temps qui est alloué à chacun pour remplir un objectif correctement. (conception générale de l’expression perdre son temps)

L’expression « perdre son temps » revient à considérer le présent comme le cadre d’une obtention constante de résultats. Le temps passé est perdu. C’est aussi considérer que chacun a son temps qui lui est propre. Enfin, perdre son temps c’est le considérer comme une ressource, dont l’homme peut disposer à sa guise.

Peut-on considérer que l’homme bénéficie du temps comme d’une ressource mobilisable pour remplir ses objectifs ? (Problème)

  1. L’expression perdre son temps culpabilise l’utilisation que l’homme fait de son temps
  • Perdre son temps c’est d’abord une sensation, une émotion. C’est ce dégoût de l’homme à l’égard de l’usage personnel qu’il fait de son temps (la procrastination par exemple). Peut-on passer du temps sans produire de résultat ? Perdre son temps, ce serait ne pas l’utiliser pour réaliser son projet (Sartre) et génèrerait un sentiment de culpabilité.
  • L’expression perdre son temps fait référence au temps présent, son ici et maintenant. L’expression perdre son temps, c’est donner beaucoup d’importance au présent (voir c. partie III).

2. L’homme est-il détenteur ou tributaire du temps ?

  • « Son temps » suppose que chaque homme a le sien : temps subjectif
  • Son temps : l’homme le possède-t-il ?

3. Perdre son temps, est-ce vraiment une perte pour l’homme ?

  • Perdre son temps permet de mettre en lumière des moments plus riches, les accomplissements, et de créer des souvenirs
  • Perdre son temps permet de supporter l’angoisse

Pascal, Pensées : A lire Pascal, dès lors qu’on ne consacre pas son temps à la foi, on le perd. Perdre son temps, c’est se divertir, le remplir. Perdre son temps, c’est justement ce qui maintient l’homme en vie. Autrement, il ne pourrait supporter l’angoisse de la mort.

  • Perdre son temps permet de se connaître, de trouver un sens à son existence

Proust, A la recherche du temps perdu. C’est le temps passé, le temps du souvenir (ou temps perdu) qui permet à l’homme de connaître sa vérité, son sens. Le présent, qui par définition ne se fixe jamais, ne permet pas le recul qu’exige une introspection (objectif de connaissance de soi). Le souvenir, qui une fois ramené à la conscience du sujet par un évènement (croquer dans une madeleine, retrouver le titre d’un livre que sa mère a lu à son moi enfant), permet de retrouver un ancien moi et donc de se connaître. On pourrait tirer profit du temps perdu.

 

N’hésitez pas à consulter d’autres fiches de philosophie pour poursuivre vos révisions ! Bon courage !