La technique – Bac de philosophie

La technique est présente dans tous les aspects de la vie. Elle a accompagné la naissance et l’essor des civilisations.  De sorte qu’il est nécessaire de questionner  son être, son utilité, ses effets. Les questionnements philosophiques portent essentiellement sur le pouvoir de la technique ( libération ou aliénation?/ Faut-il avoir peur de la technique? ), ses relations avec la science ( la technique n’est elle qu’une application de la science? ) ou encore l’idée de progrès ( Peut-on parler de progrès technique? )

Platon : le mythe de Prométhée

Dans Protagoras, Platon raconte le célèbre mythe de Prométhée.  Les dieux chargèrent deux frères Titans, Prométhée et Epiméthée de répartir parmi les animaux créés les qualités qui leur permettrait à chacun de survivre. Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser le soin de faire, seul, la distribution des qualités. Prométhée accepta et Épiméthée donna ainsi à certains animaux la vitesse, à d’autres la force et il essaya de procéder à une distribution équilibré. Ceux qui reçurent la vitesse ne reçurent pas la force et inversement. Quand il arriva à l’espèce humaine, il se rendit compte qu’il n’y avait plus de qualités à offrir. L’homme était donc l’espèce la plus fragile car entièrement démuni c’est-à-dire “nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes.” Face à cet imprévu, Prométhée décida de dérober la connaissance des arts et le feu à Hépaistos et Athéna nécessaires à la conservation de l’homme.

Le mythe de Prométhée met ainsi la condition fragile ou précaire de l’homme. C’est cette faiblesse originelle qui explique l’apparition et le développement de la technique nécessaire à la conservation de l’homme. La technique est là pour compenser la nature fragile de l’homme. L’homme est destiné par nature à se transformer lui-même et à transformer son environnement par la technique. La technique lui est consubstantielle c’est-à-dire qu’elle fait partie de son être, de son identité.

 

 

Descartes : se rendre “comme maîtres et possesseurs de la nature”

“[…] connaissant la force et les actions du  feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité  d’artifices, qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie.”

Discours de la méthode, 6ème partie

L’expression “comme maîtres et possesseur de la nature” est ici employée par Descartes afin d’orienter le progrès et le développement de la connaissance scientifique et des techniques, afin de les mettre au service de la conservation de la vie.  Descartes affirme ou assigne donc ici une fin, une finalité, une destination à la connaissance scientifique et à la technique: servir la médecine, servir la vie humaine, permettre sa conservation. La technique est affiliée ou soumise à une fin: l’amélioration de la santé ou de l’existence humaine. Descartes fait part ici de son espoir que la technique permette un jour de repousser les limites de la condition humaine, de devenir comme maître de sa propre nature par la connaissance de la nature.

 

 

Heidegger: la technique ou arraisonnement de la nature

“ La technique n’est pas ce qui est dangereux. Il n’y a rien de démoniaque dans la technique, mais il y a le mystère de son essence. C’est l’essence de la technique, en tant qu’elle est un destin de dévoilement, qui est le danger.”

“La Question de la technique” in Essais et conférences

Pour Heidegger, la technique est un rapport particulier de l’homme aux choses qui dans son essence tend à faire oublier l’Être. La technique est arraisonnement dans la mesure où elle objectifie le réel, le soumet à la raison. De sorte que tout  est soumis à des lois, prévisible, et par conséquent manipulable, transformable voire corvéable. Tout devient maîtrisable, manipulable, disponible pour le sujet qu’est l’homme.  La technique tout comme la science est au service d’un projet de domination de l’étant. La technique rend objectif, rend “objet” le réel pour le rendre disponible et exploitable par l’homme. Mais cette domination du réel rendue possible par l’objectivation de la technique laisse échapper tout ce qui, du réel, est inobjectivable. La technique n’est qu’un mode de dévoilement de la présence des choses mais elle nous incite à ne voir les choses que comme des ustensiles, comme des outils, des objets oubliant la vérité fondamentale qu’est l’énigme de l’Être, l’énigme de la présence.  L’objectivation permis par la technique empêche les  choses de se dévoiler dans leur vérité propre et ne laisse aucune place à la dimension qualitative du réel.  À l’opposé, l’art a cette mission de nous ramener vers cette vérité de l’Être.

 

 

Hans Jonas : l’humanité est responsable

“ L’avenir de l’humanité est la première obligation du comportement collectif humain à l’âge de la civilisation technique devenue “toute puissante” modo negativo. Manifestement l’avenir de la nature y est compris comme condition sine qua non, mais même indépendamment de cela, c’est une responsabilité métaphysique en et pour soi, depuis que l’homme est devenu dangereux non seulement pour lui-même, mais pour la biosphère entière.”

Le Principe responsabilité (1979)

La technique a permis à l’homme de se protéger face à la menace qu’était la nature. Le rapport  de force est aujourd’hui inversé. Le développement des connaissances scientifiques et techniques a fait de la nature un objet dont il nous faut être responsable. La nature est menacée, fragilisée, rendue vulnérable par l’intervention humaine, par l’intervention technique. De sorte que la technique qui a permis notre émancipation est aujourd’hui le plus grand des dangers si elle n’est pas cadrée par une éthique pour la nature. Il nous faut user de la technique avec sagesse car nous avons une obligation vis-à-vis des générations futures ou de l’humanité et une obligation vis-à-vis de la nature . Ces deux obligations n’étant pas séparables l’une de l’autre. Pas de générations futures sans avenir de la nature. Nous avons un devoir envers la nature comme nous avons un devoir envers l’humanité. L’humanité est responsable.

 

N’hésitez pas à consulter d’autres fiches de philosophie, notamment celle sur le devoir ! Bonne révisions !