Le temps (à travers 4 philosophes) – Bac de philosophie

Réfléchir sur le temps est une expérience difficile tant le temps se laisse difficilement saisir. L’individu humain est capable de détailler ses effets, ses manifestations mais incapable de définir le temps lui-même, de l’expliquer alors qu’il est une composante essentielle de notre existence. Nous naissons, nous grandissons, nous évoluons , nous changeons et nous mourrons. Devant l’angoisse de la mort, l’individu cherche constamment à échapper au temps. Un tel objectif est-il réalisable? Les grandes questions classiques sur le temps portent sur sa nature ou sa réalité : Le temps est-il objectif? Existe-il en nous ou en dehors de nous? Peut-on faire l’expérience du temps? … mais aussi sur ses manifestations les plus évidentes comme la mort : la mort est-elle la fin de l’existence humaine?

 

Saint Augustin : le temps n’existe que par et dans l’âme humaine. C’est la présence de cette dernière aux choses.

“Il y a trois temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur”.

Les Confessions, livre XI, chapitre 20

Saint-Augustin aborde la question du temps dans le livre XI des Confessions car toute attitude de confession suppose que l’on réfléchisse sur ce que l’on a fait et donc inévitablement ou nécessairement l’individu qui se confesse est amené à réfléchir sur sa propre temporalité.

Saisir le temps, le définir c’est faire face à un redoutable paradoxe que Saint-Augustin déplie dans le chapitre 14 du livre XI des Confessions: d’une part le temps semble quelque chose qui nous est familier, une évocation ordinaire, que nous comprenons bien quand nous en parlons ou quand nous entendons autrui en parler mais d’autre part cette même chose qui nous est familière devient un mystère ou une énigme quand nous tentons de l’expliquer, de le saisir en pensée ou en mots. Nous employons au quotidien des marqueurs temporels mais nous avons beaucoup de mal expliquer ce qu’est le temps.  Pourtout, il y a bien quelque chose qui passe fait remarquer Saint-Augustin qui discute alors la conception aristotélicienne du temps que l’on trouve dans le livre IV de la Physique et selon laquelle le temps est le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur. Dire ceci pour Saint-Augustin, ce n’est pas saisir le temps mais la mesure du temps. Ce n’est pas l’être du temps. 

Comment le passé pourrait être alors qu’il désigne ce qui a été et donc ce qui n’est plus? Comment le futur pourrait être alors qu’il désigne ce qui n’est pas encore?  Comment le présent pourrait être alors qu’il devient passé et que s’il est il devient éternité? Au vu donc de ces caractéristiques, le temps passe et donc l’être du temps est de tendre au non-être.

Le temps n’est pas un objet que l’on peut saisir ni une mesure telle que l’envisageait Aristote selon Augustin. 

 

Chapitre 20

Au chapitre 20 toujours du livre XI des Confessions fait remarquer qu’ on a coutume de diviser le temps en passé, présent et futur. Mais ces divisions n’existent pas en soi mais existent que pour l’âme humaine. Le passé existe si je m’en souviens. Le futur existe si j’y pense à un moment présent.

De sorte que l’on devrait dire qu’il existe ou qu’il y a trois modes du présent: le présent du passé, le présent du présent et le présent du futur. Le présent désigne l’attention. Le passé désigne un souvenir. Le futur désigne une attente. Le temps n’existe pas par lui-même mais n’est que pour et par l’âme. Au chapitre 26, Augustin souligne que le temps n’est rien d’autre qu’une distension de l’âme elle-même.

 

 

Kant : le temps n’est pas quelque chose qui existe en soi.

“Le temps n’est autre chose que la forme du sens interne”.

Critique de la raison pure

 

Le temps est une forme a priori de la sensibilité c’est-à-dire de notre constitution subjective, c’est-à-dire de notre être en tant que sujet. Dire cela c’est dire d’une autre manière que le temps n’est pas une substance, une chose mais un système de relations qu’on exprime par le terme forme. Le temps n’est pas quelque chose ou une idée qui nous est donnée dans les phénomènes que nous percevons ou dont nous faisons l’expérience. Le temps conditionne notre réceptivité c’est-à-dire cadre notre rapport aux choses. Le temps est un ordre qui conditionne, cadre notre réceptivité, ordonne notre rapport ou notre relation aux choses. Le temps cadre notre perception c’est-à-dire que notre esprit perçoit nécessairement dans le temps. Tout comme l’espace. L’esprit humain est constitué d’une telle manière qu’il perçoit nécessairement les choses dans un cadre spatio-temporel. Dit autrement, dire que le temps n’est autre chose que la forme du sens interne c’est dire que le temps n’est pas une propriété des choses mais une condition de leur apparition pour l’homme ou l’esprit humain. Les choses apparaissent donc à l’homme toujours et nécessairement en tant que phénomènes c’est-à-dire dans le temps et dans l’espace. Le temps ne peut donner lieu à une expérience spécifique. Il ne peut être perçu en lui-même mais nécessairement à travers les phénomènes. Le temps n’existerait donc pas sans le sujet lui-même. Un tel fait est important dans la mesure où il concerne notre expérience et non les choses en elle-même. Ce qui rend possible une pensée de la liberté.  ( voir fiche sur la liberté)

 

 

Pascal : le divertissement ou comment échapper au temps?

“Nous ne nous tenons jamais au temps présent[…]. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous le soyons jamais.”

 

Pensées, 147-172

L’homme est un être fini c’est-à-dire un être mortel. Autrement dit un être soumis au temps.Il naît, se développe, grandit, vieillit et finit par mourir. Cette condition étant synonyme de souffrance, de crainte, de peur ou encore d’angoisse, il cherche naturellement et nécessairement par tous les moyens d’éviter d’y penser. Une telle attitude est nommée par Pascal divertissement. C’est le caractère tragique de la finitude de l’existence humaine qui conduit l’homme sans foi en Dieu à l’angoisse. Il cherche alors à s’occuper afin d’éviter cette pensée de la mort.  L’homme est incapable de saisir le temps présent et s’occupe du passé et de l’avenir. De sorte qu’en fin de compte il ne se retrouve ni dans le présent, ni dans le passé, ni dans le futur. Il ne vit plus. Le divertissement désigne donc un ensemble d’activités destinées à nous détourner des pensées fondamentales comme notre condition, notre existence. Il s’agit de se divertir pour oublier sa condition et les activités de divertissement sont aussi bien la chasse, la danse que la guerre ou l’étude. L’homme cherche toujours à s’occuper l’esprit. Le divertissement correspond à une vie sans réelle consistance, qui fuit toute interrogation profonde sur la condition humaine.

 

 

Epicure : la mort n’est pas à craindre

Réfléchir sur le temps c’est évidemment questionner ou faire face à la problématique de la mort signe de notre finitude.  Dans sa lettre à Ménécée, Épicure analyse la crainte que nous avons de la mort. Celle-ci n’est rien pour nous. Cette thèse d’Épicure prend appui sur deux postulats ou principes issus de la physique ( étude de la nature ) épicurienne. D’une part l’âme est matérielle dans la mesure où tout dans la nature est composé d’atomes en mouvement dans le vide et l’âme est le siège de la sensation ou de la faculté de sentir. d’autre part tout bien et tout mal réside dans la sensation. Or la mort entraîne la désagrégation des atomes et la privation de sensation. De sorte que quand la mort est là, je ne suis plus là. Il n’y a aucune souffrance à craindre dans la mesure où il n’y a plus de sensation quand la mort est là. Or tout bien et tout mal réside dans la sensation et si la mort est privation de sensation alors il n’y a pas de souffrance à craindre. Un mal non senti n’est plus un mal.  Connaître ainsi la vraie nature de la mort, c’est mieux appréhender le temps et la condition de l’homme. Connaître la vraie nature de la mort, c’est se débarrasser d’une crainte non fondée et commencer à vivre. La mort n’est rien ni pour les vivants car ils sont vivants et donc la mort n’existe pas encore  ni pour les morts car ils sont déjà morts et donc ils n’existent plus.

 

N’hésitez pas à consulter également notre deuxième fiche de philosophie sur le temps, avec plusieurs sujets corrigés ainsi que nos autres fiches !