L’action de l’École sur les destins individuels et sur l’évolution de la société

L’action de l’École est une thématique incontournable en sociologie. Découvre toutes les notions qui te seront utiles le jour du bac grâce à cette fiche écrite par Corentin Jousserand.

 

L’éducation des enfants est une préoccupation majeure des Hommes. Les parents veulent élever (au sens étymologique de soulever, rendre plus grand) leur progéniture pour la rendre apte à survivre dans le monde adulte. Au départ simple transmission des us et coutumes et des techniques, la civilisation et la société compliquent la tâche éducative. Elles ajoutent des valeurs de connaissance, de culture et de bonnes manières.

Au fur et à mesure de l’Histoire, les parents ont délégué une partie du rôle éducatif à la religion, puis à l’Ecole. A cet égard, l’Ecole a un rôle double et réciproque entre l’individu et la société. D’une part elle doit, en inculquant à l’élève les valeurs et références communes, permettre à l’individu de s’insérer pleinement dans une société. D’autre part, elle doit permettre à l’élève de s’émanciper, en développant sa culture et son esprit critique. L’Ecole relève donc un défi particulièrement complexe. Elle permet à la société d’être un bloc uni, composée d’individus libres et indépendants.

En 1793, naît en France l’idée d’un enseignement primaire obligatoire, laïc et gratuit. L’école républicaine développée par la suite est une fierté de la France. Elle a permis à de nombreuses générations de s’élever culturellement et socialement. La proportion d’illettrés en France passe de 48% en 1800 à 5% en 1885. Malgré ces résultats remarquables, l’Ecole républicaine est de plus en plus critiquée. L’ascenseur social semble être en panne. L’Ecole échoue à faire fusionner les communautés distinctes au sein d’une communauté nationale unie.

 

L’action de l’École sur les destins individuels et sur l’évolution de la société

L’éducation a connu plusieurs phases historiques avant d’être confiée à l’école. Elle était au départ le rôle des précepteurs, sortes de professeurs particuliers des enfants de la bourgeoisie et de l’aristocratie pendant l’Antiquité et le Moyen-Age. Puis l’éducation des enfants a été principalement confiée à la religion. Dès 789, Charlemagne crée des écoles dirigées par des abbés pour former ses futurs cadres. Il ordonna « Qu’on rassemble non seulement les fils de condition modeste, mais les fils bien nés. Qu’on établisse des écoles pour l’instruction des garçons ».

L’éducation religieuse, en particulier chrétienne, est remise en cause par les Lumières. Condorcet développe en 1792 un projet d’instruction publique fondé sur les principes républicains d’égalité, de laïcité et de liberté. Au début du XIXème siècle, les premiers lycées français ouvrent. C’est pendant cette même période que l’Etat affirme son rôle prépondérant sur l’école et donc l’instruction des citoyens. 

Peu à peu, l’école tente de se massifier et de se démocratiser. La massification, c’est-à-dire l’accès massif des enfants issues des classes populaires à l’enseignement secondaire et supérieur, se distingue de la démocratisation, la réduction des inégalités entre les classes sociales. La massification semble être une réussite. De plus en plus d’étudiants ont accès au lycée et à l’université. En revanche, la démocratisation reste un sujet car l’accès aux formations élitistes est toujours très inégalitaire.  

Aujourd’hui, l’Education Nationale représente le premier engagement de l’Etat, tant en termes de budget, 52 milliards d’euros en 2020, qu’en terme d’effectif, 52,8% des effectifs de l’Etat. La majorité des décideurs publics s’accordent à dire que ces dépenses sont justifiées et même insuffisantes.

 

Des exemples, des auteurs et des citations

Les auteurs ou personnages historiques références.

  • Jules Ferry (1832-1893). Homme d’Etat français, il rétablit l’instruction obligatoire, gratuite et laïque en 1881. Il est considéré par beaucoup comme le père de l’école républicaine moderne.
  • Pierre Bourdieu (1930-2002). Sociologue français extrêmement influent dans la pensée politique contemporaine, Pierre Bourdieu publie en 1979 son œuvre majeure, La Distinction. Il y développe une critique du déterminisme social qui dicte la vie des individus, en fonction de leur milieu et de leur lieu de naissance. Alors que les mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales étaient analysés par les marxistes comme uniquement financiers, Bourdieu insiste sur l’importance des facteurs symboliques et culturels. Il distingue d’une part le capital financier de la famille d’un individu, qui lui permet d’accéder à des formations d’élites payantes ; ce qui explique que les descendants de la bourgeoisie accèdent généralement à de bonnes formations. Et d’autre part le capital culturel, déjà largement analysée. Celui-ci permet à certains élèves d’avoir un niveau de connaissances bien supérieur à celui des autres élèves du simple fait du niveau culturel des parents, ce qui explique pourquoi les enfants d’enseignants réussissent généralement mieux aux concours.

 

Les indicateurs.

Il existe différents indicateurs que l’on peut utiliser pour mesurer l’efficacité d’un système scolaire. Cette mesure peut être tantôt de manière statique, en comparant un système à un autre, tantôt de manière dynamique, en mesurant l’évolution d’un indicateur dans le temps.

  • Taux d’alphabétisme. Il permet principalement de mesurer la qualité de l’école élémentaire des pays en voie de développement. Dans les pays développés, ce taux est proche de 100% (99% pour la France). À l’inverse, dans les pays plus pauvres ce taux est beaucoup plus faible (37,8% en Somalie). A l’échelle mondiale, le taux d’alphabétisme augmente depuis plusieurs années, passant de 81,5% en 2000 à 86,3% en 2016.
  • Taux de scolarisation. Il est le total des inscriptions dans le système éducatif exprimé en pourcentage de la population officiellement scolarisable. Il permet de mesurer l’efficacité du maillage territorial du système scolaire. Ce taux est d’environ 99% en France et dans les pays développés en général, mais peut atteindre 14% en Somalie ou 28% en Afghanistan.
  • Enquêtes PISA. Les enquêtes PISA sont des évaluations annuelles et mondiales du niveau scolaire des élèves. Il permet de classer les pays selon le niveau de leurs élèves du primaire et du secondaire. Les pays asiatiques et scandinaves performent généralement bien dans ce type de classement, la France étant plutôt en milieu de tableau.
  • Taux d’accès à un diplôme ou à un type de formation. Ce taux permet de connaître l’évolution de l’accès à l’enseignement supérieur. Il est souvent utilisé pour comparer les taux d’accès en fonction du sexe ou de la classe sociale pour déceler les discriminations au sein de certaines formations.

 

Exemple détaillé d’un sujet du bac

Dissertation de SES Baccalauréat session 2019.

Sujet : L’école est-elle le seul déterminant de la mobilité sociale ?

 

Pour traiter ce sujet, il convient en introduction de rappeler le rôle d’ascenseur social que joue l’école et donc son importance pour l’égalité sociale entre les citoyens. Une prise de recul historique, en expliquant que l’école, sous la forme que nous connaissons actuellement, est une invention relativement récente, peut être appréciée. Il faut également citer et expliciter le terme de méritocratie, notion qui est au cœur du sujet.

En première partie, il faut expliquer que l’école se veut comme un facteur essentiel de la mobilité sociale. La société a une forte tendance à l’inertie sociale, rares sont les individus qui changent de classe sociale au cours de leur vie si rien n’est mis en place par l’Etat. L’école donne aux enfants issus des classes modestes des outils pour réussir professionnellement et ainsi grimper dans l’échelle sociale. La méritocratie confère à l’école un rôle de sélection des meilleurs profils pour leur permettre de progresser intellectuellement et professionnellement.

 Néanmoins les chiffres montrent une claire sur-représentation des classes supérieures dans les formations d’élite et une mobilité sociale décevante. L’école ne permet pas de combler le déficit de capital culturel dont souffrent les classes populaires (cf. Pierre Bourdieu) et d’autres déterminants comme le milieu, la famille et le territoire entrent en jeu dans la mobilité sociale.

En conclusion, on peut expliquer qu’il est utopique de considérer que l’école est le seul et unique déterminant de la mobilité sociale. D’autres facteurs entrent forcément en compte, ce qui rend les classes sociales en réalité plus rigides qu’en théorie. Les politiques visant à améliorer l’égalité entre les citoyens et donc la mobilité sociale s’appuient donc largement sur l’école. Une ouverture intéressante qui mériterait d’être creusée consiste à dire que, si la méritocratie est vantée comme un modèle en France, elle a également des effets pervers. En effet, quand la méritocratie fonctionne parfaitement, les classes populaires sont vidées de leurs élites et la pensée intellectuelle est uniquement le fait des élites.

 

Conclusion sur l’action de l’École sur les destins individuels et l’évolution de la société

Après avoir vu l’évolution historique de l’école et son rôle dans la mobilité et la cohésion sociale, nous pouvons conclure en explicitant le rôle de l’école pour la démocratie. La démocratie permet au peuple d’exercer le pouvoir. Cette lourde tâche suppose donc que les citoyens s’intéressent à la vie de la Cité (au sens large, de la commune au pays). Les citoyens doivent donc recevoir une instruction dans tous les domaines, de l’Histoire à la littérature en passant par l’économie et les mathématiques. L’Ecole est donc une condition nécessaire à la démocratie. Elle permet aux citoyens d’exercer leurs droits et permet également d’unir les citoyens autour de connaissances et de valeurs communes. 

 

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